contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

10 octobre 2018

Une personne séropositive sous traitement ne transmet pas le VIH - 10 ans après le Swiss statement - Une vérité qui dérange 2/3

Hirschel image.pngL'histoire d'Antoine, un homme vivant avec le VIH, poursuivi par la justice suisse alors que sa charge virale était indétectable mais avant la publication du Swiss statement, vous est présentée ici, en trois parties. Retrouvez la première partie ici.

Mon avocate avait fait intervenir un médecin spécialiste de l'épidémie, qui avait affirmé à la barre que, depuis le début de l'administration des trithérapies, de très nombreux cas de couples dits sérodiscordants (un partenaire séropositif et un partenaire séronégatif) avaient été suivis de par le monde, représentant des millions de rapports exposants, et qu'aucun accident n'avait été à déplorer quand le partenaire séropositif était sous traitement, suivi et avirémique. De telle manière que le risque n'était pas quantifiable puisque, avait-il dit : « Il y a un zéro au numérateur ». La juge insiste : « Peut-on affirmer que le risque n'existe pas ? ». Réponse du médecin : « On ne peut jamais prouver qu'un risque n'existe pas ». La question qui n'a pas été posée est : « Peut-on prouver que le risque existe ? ». La réponse aurait certainement été qu'on ne peut non plus le prouver, puisqu'aucun cas de matérialisation du risque n'avait été identifié dans un volume très important de données. Un autre élément a été soumis à l'attention des juges. Il s'agit d'un document interne à un hôpital, qui venait de paraître, indiquant la marche à suivre au cas où un employé serait blessé par une seringue usagée, c'est-à-dire prendre la décision de faire ou de ne pas faire administrer un traitement immédiatement (de type trithérapie) pour protéger cet employé d'une infection par le VIH. Selon ce document, si on connaissait le « patient source », celui pour lequel la seringue avait été utilisée, et que ce patient était ou bien séronégatif avec une absence d'exposition au risque dans les mois précédents, ou bien séropositif sous traitement, suivi et avirémique, alors le traitement ne devait pas être administré ; dans tous les autres cas, si le patient source était n'importe qui, alors le traitement devait être administré. Autrement dit, l'hôpital considérait qu'il n'y avait pratiquement pas de risque à être exposé au sang d'une personne séropositive sous traitement, suivie et avirémique, en tous les cas beaucoup moins que s'il s'agissait d'un individu tiré au hasard dans la population. Si on transpose cela aux rapports sexuels que la plaignante avait eu avec moi, pour autant que le risque existe, on peut dire qu'elle a pris beaucoup moins de risque avec moi qu'avec n'importe qui d'autre. D'ailleurs la doctoresse qui me suivait à l'époque l'avait aussi dit à la barre : si la plaignante était allée la consulter immédiatement après le premier rapport, elle ne lui aurait pas prescrit de traitement, suivant la même démarche que l'hôpital avec ses employés.

Lire la suite…

9 octobre 2018

Médecin et séropositive, "je n'ai plus peur mais je me méfie"

blekswj1oecby5d4n03b_0.jpg

Source: Aides

Depuis 2012, AIDES organise le 6 octobre la Journée de la Disance. L'idée : parler de sa séropositivité pour en finir avec les préjugés. L'année dernière, 8 personnes avaient accepté de témoigner, à la suite de notre appel. Cette année, c'est spontanément que cette médecin a décidé de se livrer, pour la première fois.

Pour la première fois, je décide de franchir ce pas et témoigner.

Un témoignage en demi teinte car je ne le ferai pas à visage découvert et je ne donnerai pas mon nom.

Je suis séropositive depuis l'âge de 25 ans et j'en ai 48. Cela fait donc 23 ans que je vis avec ce virus.

Je suis médecin. J'exerce à Paris, dans mon cabinet médical.

En 23 ans, je n'ai pas eu le moindre problème de santé et je n'ai pas pris ne serait ce qu'un jour d'arrêt maladie.

Pas la moindre rupture dans ma vie professionnelle en dehors d'un congé maternité rétréci du fait de mon statut de libéral.

Ma fille a 20 ans. Elle n'a pas été contaminée, évidemment. Elle va bien.

Mais, mais elle a vécu toute son enfance sous le poids écrasant du secret qu'était ma séropositivité.

Pendant 15 ans, j'ai vécu avec la terreur du regard des autres.

Je suis guérie de cette terreur.

Lire la suite…

3 octobre 2018

A vos agendas!

autotest banniere evenement fb.pngLe Groupe sida Genève a le plaisir de vous inviter à une démonstration d'autotests VIH au stand de la Direction Générale de la Santé (DGS) lors de l'évènement Planète Santé.

Le Groupe sida Genève présentera les trois autotests désormais disponibles en pharmacie en Suisse et en fera la démonstration sur place.

Vendredi 5 octobre 2018

10h - 14h à Palexpo sur le stand de la Direction Générale de la Santé (DGS)

A vos agendas!

autotest banniere evenement fb.pngLe Groupe sida Genève a le plaisir de vous inviter à une démonstration d'autotests VIH au stand de la Direction Générale de la Santé (DGS) lors de l'évènement Planète Santé.

Le Groupe sida Genève présentera les trois autotests désormais disponibles en pharmacie en Suisse et en fera la démonstration sur place.

Vendredi 5 octobre 2018

10h - 14h à Palexpo sur le stand de la Direction Générale de la Santé (DGS)

24 septembre 2018

43% des personnes vivant avec le virus mentent "souvent" à leur entourage sur leur maladie, selon une enquête

cacher a son entourage.pngSource: France Info

Quatre personnes infectées par le VIH sur dix cachent leurs rendez-vous médicaux et leurs traitements à leurs proches, selon une étude menée par le laboratoire pharmaceutique Gilead Sciences en partenariat avec l'institut Ipsos, publiée mercredi et que franceinfo révèle.

43% des personnes vivant avec le virus du VIH mentent "souvent" à leur entourage sur leur maladie. C'est ce qui ressort de l'étude* menée par le laboratoire pharmaceutique Gilead Sciences en partenariat avec l'institut Ipsos, publiée mercredi 19 septembre et que franceinfo révèle. Quatre personnes sur dix (41%) cachent même leurs rendez-vous médicaux et leurs traitements à leurs proches.

Un tabou auprès de l'entourage proche

Selon cette enquête, l'évocation de la maladie semble toujours être un tabou, notamment vis-à-vis de l'entourage proche. Un tiers des personnes interrogées (31%) estiment que personne ne peut comprendre ce qu'elles vivent. Un tiers d'entre elles (31%) n'ont parlé de leur contamination qu'à trois personnes de leur entourage au maximum.

Lire la suite…

13 septembre 2018

Fin des épidémies ? Nouvelle sonnette d'alarme !

get back on track.pngSource: Seronet

Chaque édition de la Conférence internationale sur le sida donne l'occasion de faire le point sur les besoins financiers pour mettre fin au VIH/sida, à la tuberculose et au paludisme. À Amsterdam, la nouvelle édition du rapport "Get Back on Track !" du Global fund advocates network (GFAN) a été publiée. Ce rapport se fonde sur les estimations des partenaires techniques du Fonds mondial (1). Il estime les besoins annuels d'ici 2020 à 46 milliards de dollars.

Le document porte un titre évocateur : "Revenir sur la bonne voie pour mettre fin aux épidémies". Il entend être un signal d'alarme : si rien n'est fait et les besoins financiers actuels non satisfaits, les "épidémies de VIH, de tuberculose et de paludisme persisteront et risquent de ressurgir", là où elles auront pu être contraintes. En fait, c'est simple à comprendre : on peut mettre fin aux trois épidémies -- techniquement, c'est possible --, mais on ne peut le faire qu'à la condition d'une "augmentation significative des financements internationaux (...) immédiate".

Des résultats importants... mais fragiles

Quelques chiffres montrent qu'il y a eu des résultats importants ces dernières années, grâce, notamment à un engagement financier. Ainsi, fin 2016, 20,9 millions de personnes avaient reçu un traitement contre le VIH, soit plus de la moitié de toutes les personnes vivant avec le virus. Le nombre de personnes infectées chaque année a diminué de moitié au cours de la dernière décennie, rappelle le rapport du GFAN. Les cas de tuberculose ont diminué de 1,5 % par an et les décès de 30 % depuis 2002, sauvant ainsi plus de 50 millions de vies. Depuis 2000, les nouvelles infections au paludisme ont baissé de 37 % et la mortalité de 60 % dans le monde. Grâce à ces progrès, les expert-e-s estiment que sept millions de vies ont été sauvées, en majorité chez les nourrissons et les enfants.

Lire la suite…

12 septembre 2018

Le Groupe sida Genève réagit à l'aveu d'impuissance du Conseil Fédéral face à l'industrie pharmaceutique

Vignette de LOGO - GSG Coalition Plus.jpgCommuniqué de presse du Groupe sida Genève

Le Conseil fédéral avoue son impuissance face à l'industrie pharmaceutique !

En réponse à l'interpellation du Conseiller national Mathias Reynard 18.3595 « Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) - accès à une mesure efficace », le Conseil fédéral indique qu'aucune demande concernant la PrEP n'a été soumise à la Commission fédérale des prestations générales et des principes (CFPP) et qu'aucune autorisation de Swissmedic ou admission dans la liste des spécialités n'a été sollicité. Le Conseil fédéral souligne que seules les entreprises pharmaceutiques peuvent demander une autorisation ou une admission.

Par cette réponse le CF admet que la mise en œuvre de mesures de prévention concrètes afin de garantir la santé publique, dont la PrEP fait partie, ne peuvent être prises qu'avec l'aval de l'industrie pharmaceutique mais surtout, qu'à leur initiative.

La PrEP est une mesure efficace qui protège la personne qui la prend d'une transmission du VIH et pourrait, si elle était disponible dans les pharmacies en Suisse, éviter des nouvelles transmissions du VIH et ce, tout en économisant des sommes considérables à l'assurance maladie en traitements à vie qui ne seraient donc plus nécessaires. Dans de nombreux pays, la PrEP démontre déjà son efficacité depuis des années et les nouvelles transmissions de VIH en Angleterre, en Australie et aux États-Unis ont considérablement diminué grâce à son utilisation.

Lire la suite…

10 septembre 2018

Autotests VIH : un bilan à deux ans en France

autotest.pngSource: Seronet

Le 6 juillet dernier, à Paris, une conférence de presse était consacrée aux autotests de dépistage du VIH, lancés, il y a maintenant deux ans. L'occasion de lancer un bilan de l'impact de ce nouvel outil qui élargit l'offre en matière de dépistage et qui reste, une solution parmi d'autres.

"Autotest VIH : enfin l'espoir d'enrayer l'épidémie !" Le slogan du dossier de cette conférence de presse ne fait pas dans la nuance. Pourtant, comme le rappelle le professeur Gilles Pialoux (chef de service Maladies infectieuses et tropicales, Hôpital Tenon, AP-HP, Paris), c'est un outil parmi d'autres dans l'offre de dépistage diversifiée qui existe en France : Trod (1) dans et hors les murs, tests en laboratoires de ville, dans des centres spécialisés dans le VIH, dans les Cegidd (2). Une offre conséquente et pourtant le bilan du dépistage à la française à ses limites. En 2016, on a réalisé en France, 5,4 millions de tests de dépistage, rappelle Gilles Pialoux. Les Trod représentent environ 5 % des tests réalisés et les Cegidd ne réalisent que moins de 15 % des tests de dépistage du VIH en France... ce qui est peu. Mais rappelle Gilles Pialoux, le nombre d'autotests utilisés en 2016 a dépassé le nombre de Trod. Les expert-e-s se demandent d'ailleurs s'il y a un effet de vase communicant : des personnes qui effectuaient des Trod qui utiliseraient désormais des autotests. Il n'y a pas moyen de savoir si c'est le cas. La grande majorité des programmes de Trod concernent le dépistage associatif chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Enfin, il y a l'achat d'autotests par les pouvoirs publics (notamment dans le programme Vers Paris sans sida) et mise à disposition via les associations, les Cegidd... mais quelle est l'efficience sur le terrain, s'interroge Gilles Pialoux. Dans sa présentation, il se demandait d'ailleurs, avec ironie et regard critique, si la France n'était pas la championne d'Europe du dépistage des séronégatifs. Le nombre de dépistages est conséquent, mais ne permet pas de trouver les milliers de personnes qui ignorent encore leur séropositivité.

Lire la suite…

3 août 2018

AIDS 2018: qu'avons-nous retenu?

Image result for aids 2018

Amsterdam accueillait fin juillet la conférence mondiale AIDS 2018, organisée par l'International AIDS Society. L'événement, qui se tient tous les deux ans dans une ville différente, réunit plusieurs milliers d'acteurs de la lutte contre le VIH, qu'il s'agisse de militant-e-s, d'expert-e-s, de politicien-ne-s, de personnalités publiques ou encore de représentants de compagnies pharmaceutiques. Plus de 500 sessions se sont tenues en l'espace de quatre jours. Autant dire : impossible d'assister à tout ! Mais alors, qu'avons-nous retiré de cette édition de AIDS ? Quel est l'état de la lutte, sur ses multiples fronts, et quelles nouveautés ?

Médical

Image result for aids 2018 dolutegravir

  • En ouverture de la conférence, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié de nouvelles directives sur le traitement antirétroviral recommandant le traitement à base de dolutégravir comme l'option à privilégier pour tous les adultes. Cependant, chez la femme en âge de procréer, cette recommandation ne s'applique que si elles ont accès à une contraception fiable et constante en raison de risque de non-fermeture du tube neurale. Alors que le Brésil annonce que les personnes qui reçoivent un traitement à base de dolutégravir sont beaucoup plus susceptibles d'avoir une charge virale indétectable 6 mois après avoir commencé le traitement, certains pays ont décidés de restreindre l'accès aux dolutegravir aux femmes en âges de procréer. Cette décision met clairement en évidence les difficultés d'accès à une contraception fiable et le manque d'intégration dans les programmes de VIH, particulièrement en Afrique sub-saharienne. De plus, une étude de modélisation a montré qu'éviter l'administration du dolutégravir chez les femmes en âge de procréation comportait des risques pour les femmes, les enfants et leurs partenaires qui pourraient l'emporter sur les risques de malformations du tube neural.
  • Concernant la PrEP, plusieurs présentations ont montré son efficacité notamment aux Etats Unis où les états ayant la plus grosse utilisation de PrEP ont observé une chute de 4.7% de nouveaux diagnostics depuis 2012. De plus, l'étude Prévenir menée en région parisienne rapporte que parmi 1668 utilisateurs de PrEP (en majorité HSH) aucune nouvelle infection n'a été observée. Dans cette cohorte, la moitié des personnes prenaient la PrEP à la demande ce qui montre que cette modalité de prise est aussi efficace que la prise en continu. Finalement, l'accès à la PrEP reste encore difficile dans la majorité des pays. Des efforts sur la réduction des coûts, sur la simplification de la prise en charge et sur l'implication des communautés doivent être entrepris.
  • Une initiation plus rapide du traitement anti-VIH après le diagnostic, et le raccourcissement de la période avec une charge virale détectable, a coïncidé avec un déclin des nouveaux diagnostics de VIH à San Francisco et à Melbourne. Plusieurs études menées dans les pays à bas ou moyen revenu ont également montré un meilleur taux de réduction de la charge virale et une meilleure rétention en soin lorsqu'une politique de dépistage intensive et de mise sous traitement rapide est mise en place dans les communautés cibles. En Ouganda ou au Kenya, il a même été constaté que la mortalité en liée au SIDA chutait de 11% lorsque de tels campagnes étaient mises en place.
  • Un obstacle majeur à la rétention en soins est la mobilité des populations. Les établissements de santé doivent rester sensibles aux besoins des individus des populations mobiles ou migrantes s'ils veulent les retenir dans les filières de soins. Malgré tout, la rigidité de nombreux services de santé reste un obstacle (même à Genève...).
  • Concernant le virus de l'hépatite C (VHC), une campagne menée par Coalition PLUS et ces partenaires a eu pour but d'attirer l'attention sur la nécessité de mettre en place des politiques de réduction des risques et de stopper la criminalisation les consommateurs de drogue intraveineuse. Par ailleurs, l'accès au traitement reste difficile, notamment pour les populations vulnérables qui sont les plus touchées par le virus, en raison du coût du traitement et de la difficulté de prise en charge de ces populations. La pression est mis sur les génériqueurs indiens afin de rendre disponible des traitements surs et efficaces, à prix abordable. De plus une simplification de la prise en charge est nécessaire notamment en proposant le traitement directement dans les salles d'injection (comme Quai 9) où le dépistage du VHC est offert dans deux tiers des centres (sur 200).

Prévention

Image result for global village aids 2018

  • Quelques statistiques : de plus en plus de personnes séropositives sont mises sous traitement antirétroviraux dans le monde (sauf en Europe de l'Est et en Asie centrale, dite région EEAC). S'il y a moins de mort du fait du VIH, (de nouveau, sauf en région EEAC sauf en Europe de l'Est et au Moyen Orient), par contre le nombre de contaminations ne diminue pas. Sur les 36,9 millions de personnes vivant avec le VIH ; 21,7 millions sont sous TAR. Le nombre de contaminations en 2017 est de 1,8 million. Les zones à mauvais résultats sont pour l'essentiel observées dans la Fédération de Russie, qui concentre les 3/4 des nouvelles infections. Les progrès, bien que persistants, ralentissent en Afrique de l'Ouest et centrale.
  • Certaines études de différentes régions du monde ont fait l'état des lieux concernant le programme 90-90-90. En guise d'exemple nous pouvons faire la comparaison entre l'Afrique Subsaharienne et la Colombie Britannique au Canada cela donne le scénario suivant :
  • Colombie Britannique : 83% testés - 78% sous TAR - 94% de charge virale indéterminée.
  • Afrique : 75% testés - 59% sous ART- 47% de charge virale indéterminée. Nous pouvons en conclure quand on vit dans un pays du Sud ou du Nord, on ne tire pas dans la même catégorie pour atteindre l'objectif des 90-90-90. Le Botswana est l'un des premiers pays africains en route vers cet objectif. La Namibie, quant à elle, possède une cascade comparable à la cascade genevoise !
  • Dans une session consacrée aux politiques de la PrEP, force est de constater que malgré son efficacité incontestable et scientifiquement prouvée (notamment auprès des populations-clé), elle se butte aux politiques encore très frileuse à la rembourser. C'est le cas en Angleterre, où des activistes ont engagé une bataille juridique contre le National Health System (NHS) pour obtenir qu'il finance l'accès à la PrEP.
  • Nous fêtions cette année les 10 ans du Swiss Statement, à savoir la déclaration faite en 2008 confirmant l'évidence scientifique qu'une personne sous traitement rétroviral efficace ayant atteint une charge virale indétectable, ne peut plus transmettre le VIH. Le Pr Vernazza, l'un des médecins à l'origine de la publication qui a fait date a d'ailleurs reçu un prix pour sa contribution à la lutte contre le VIH. Loin des honneurs, si la notion de « Treatment as Prevention » (TasP) et le slogan U=U étaient omniprésents à Amsterdam, se dégageaient surtout de la communauté une grande frustration quant au fait que ce message soit si peu entendu par les politiques publiques et dans la population dans son ensemble.
  • Concernant le slogan U=U (undetectacle=untransmisttable). Le cas de Kerry Thomas nous a tous ému, ce dernier sous traitement, avec une charge virale indétectable, il avait utilisé un préservatif, est condamné à 30 ans de prison à Idaho aux US pour exposition au VIH à autrui. Ce cas symbolise les méfaits des lois criminalisant la transmission voire la simple exposition au VIH. La communauté scientifique réunie à Amsterdam a voulu réaffirmer la primauté des faits et des preuves scientifiques.
  • Petite nuance par rapport à U=U : l'allaitement dans des contextes où l'accès à la santé ou aux substituts de lait est impossible. En effet, des données montrent un risque très faible, mais des essais ont vu des cas de transmission. Se profilent donc des recommandations dépendant du contexte économique et de la mortalité infantile plus forte si l'allaitement n'est pas fait.

Militantisme

Image result for bad pharma tour

  • La conférence internationale d'Amsterdam, c'est aussi un moment de rassemblement et de mobilisation pour les militant-e-s et activistes du monde entier, notamment au « Global Village », section cosmopolite où se côtoyaient organisations de la société civile, activites et artistes. Dès le premier jour, la célèbre marche qui a lieu en marge de chaque conférence pour rappeler les combats actuels de la lutte contre le sida a traversé la ville d'Amsterdam . Cette année on pouvait y voir des pancartes appelant à la décriminalisation du travail du sexe ou de la consommation de drogues alors que d'autres rappelaient le principe qu'une personne séropositive sous traitement ne transmet pas le VIH ou dénonçaient les scandales de l'industrie pharmaceutique. Ici encore, le slogan U=U était sur toutes les lèvres. Notre partenaire Coalition PLUS (ainsi que nous-mêmes !) avons marché aux couleurs de la campagne « Just Say No to the War on Drugs » appelant à la fin de la meurtrière guerre aux drogues, une décriminalisation des usagers de drogue et une approche compréhensive de réduction des risques.
  • Le « Bad Pharma Tour » a été un événement militant venu interrompre la quiétude de l'espace prévu aux exposants pharmaceutiques. Un groupe, sous le slogan #PharmaLies , invitait les personnes à passer de stand en stand et d'exposer les pratiques douteuses des industriels pharmaceutiques. On peut dire que la Suisse (notamment avec Roche, ViiV) en a pris pour son grade ! Le clou de la visite a été l'arrêt fait au stand de Gilead, où les activistes ont laissé éclater leur joie suite à la défaite juridique du fabricant, dont le CCP du Truvada, qui empêchait la commercialisation de génériques pour trois années supplémentaires, n'avait pas lieu d'être. Des génériques vont donc être commercialisables dans toute l'UE comme c'est déjà le cas en France ou en Allemagne. Nous rappelons qu'en Suisse, en juin dernier, le Tribunal Fédéral a confirmé le CCP du Truvada. Par conséquent Gilead Science garde le monopole sur la vente de Truvada en Suisse et aucun générique ne sera donc disponible avant 2021.
  • Une grande manifestation menée par les travailleuses et travailleurs du sexe (avec leurs célèbres parapluies rouges) est partie mercredi du centre de conférence et s'est dirigée vers le quartier rouge pour revendiquer les droits des personnes exerçant ce métier. Elles et ils ne veulent plus être mises à la marge de la conversation les concernant et elles le font savoir ! Le slogan « Nothing about us without us » (rien pour nous sans nous) étaient à toutes les lèvres.
  • Au cours des quatre jours de conférence, les sessions ont aussi été ponctuées d'actions militantes comme l'interruption de la cérémonie Positive Flame organisée par la ville d'Amsterdam par un groupe d'activistes demandant que la prochaine conférence (en 2020) n'aie pas lieu aux Etats-Unis où le Président Trump est hostile à la plupart des revendications portées par la lutte contre le sida et discrimine clairement contre les populations qu'elle défend (travailleuses du sexe, personnes usagères, personnes trans*, minorités ethniques, personnes migrantes). Cette question a été récurrente tout au long de la semaine qui s'est close avec une action choc lors l'intervention de l'ancien président Bill Clinton durant la cérémonie de clôture quand un groupe de militantes de plusieurs horizons l'a interrompu et interpellé afin de demander la décriminalisation du travail du sexe aux Etats-Unis ainsi que rappeler que nombres d'entre eux auront probablement des difficultés pour se rendre à la prochaine conférence si celle-ci a lieu comme prévu à San Francisco et Oakland, comme cela avait par ailleurs été le cas lorsqu'elle s'était tenue à Washington.

Politique

Image result for hiv and the law aids 2018

  • Cette conférence n'aura pas été l'occasion d'annonce de nouvelles avancées significatives scientifiques ou thérapeutiques. En soi, nous avons déjà tous les outils en main pour en finir avec le sida, a-t-on souvent répété... si seulement la volonté politique y était ! Les experts sont formels, la décriminalisation (du VIH, des personnes LGBT, de la consommation des drogues, du travail du sexe) sont la pièce manquant du puzzle pour avancer vers un monde sans sida. Un consensus d'experts a été formellement publié pour appeler à des politiques intelligentes, respectueuses des droits humains et privilégiant l'approche de réduction des risques. Notons que dans de nombreux pays, on est encore loin du compte : aux Etats-Unis, par exemple, des personnes vivant avec le VIH, pourtant en virémie indétectable, et ayant eu des relations sexuelles sans préservatif, sont parfois encore inscrites sur des registres de criminels sexuels.
  • Plus que jamais, le VIH est abordé comme une question globale. Les ramifications économiques de la lutte contre le VIH ont été abordées sous deux aspects : premièrement la question du financement de la lutte, qu'il s'agisse de financements domestiques, internationaux ou privés. Deuxièmement, la question des prix pratiqués par les compagnies pharmaceutiques. Dans ce dernier cas, un atelier a notamment expliqué en détail dans quelle mesure les accords de libre-échange mettaient en danger l'accès aux médicaments vitaux à des millions de personnes en Afrique, en Amérique Latine et en Asie. Des cas pratiques de mobilisation et de plaidoyer réussis ont été présentés.
  • Un des grands défis dans les années à venir reste le financement des traitements et la prise en charge des PVVIH. En effet avec l'augmentation des personnes sous TAR, il faudra inéluctablement que les finances suivent. Il est à constater pour les donateurs ces dernières années sont de moins en moins généreux, le fond mondial n'arrête pas de tirer sur la sonnette d'alarme. Avec l'accès aux traitements de plus en plus de personnes, il faudra selon les calculs de ONUSIDA 7 milliards de dollars de plus chaque année. La grande peur reste que les financent ne suivent pas et que les contaminations reprennent de plus belle. Une étude a montré des situations similaires déjà arrivées avec l'arrêt des traitements contre la malaria en Afrique de l'Ouest et Centrale.
  • Pour toucher les personnes issues des population-clé les plus marginalisées, l'approche communautaire a été largement reconnue comme la plus efficace, en plus d'être la plus économique. Il revient alors aux politiques publiques de reconnaître ce rôle de la communauté et de lui donner le moyen de décider et d'agir. Des modèles innovants de gouvernance et de coopération avec les communautés (par exemple pour le dépistage, la distribution des TAR ou les programmes de soutien par les pairs) ont donné d'excellents résultats, en Inde, au Kenya, et dans tant d'autres contextes.

4 juillet 2018

Recommandations en matière de santé pour la mise en oeuvre du développement durable en Suisse

suisse DD.png

La « Plateforme Agenda 2030 » réunit une quarantaine d'organisations issues de la société civile et actives dans les domaines du développement, de l'environnement, de la paix, des droits humains, de la santé, de l'économie durable et des syndicats. Elle entend contribuer à la mise en œuvre en Suisse et par la Suisse de l'Agenda 2030 de développement durable adopté par l'ONU, ainsi que des objectifs de développement durable (ODD) qu'il contient. Dans ce cadre, la Plateforme a publié un rapport de recommandations (disponible en francais, allemand et anglais), dont vous trouverez les extraits relatifs à l'accès à la santé ci-dessous.


Le rôle de la Suisse face aux défis sanitaires mondiaux

Partout dans le monde, les systèmes sanitaires sont confrontés à de nombreux défis. L'Agenda 2030 est donc d'une grande importance en tant que cadre d'action commun pluridimensionnel. L'Objectif de développement durable (ODD) concernant la santé et le bien-être est universellement valable, de même que tous les sous-objectifs portant sur la santé. Tous relèvent des droits humains, ce qui signifie que chacun et chacune en sont responsables.

[...]

Pour être en mesure d'atteindre les objectifs de santé, il est essentiel d'aller au-delà d'une approche restrictive des problèmes sanitaires. Le concept holistique proposé par l'Agenda 2030 fournit un cadre approprié. En Suisse et dans le monde, ce sont des facteurs sociaux, économiques et politiques qui déterminent les risques auxquels sont exposées les populations, ainsi que leur accès à l'information, à la prévention et aux soins de santé. Les discriminations fondées sur l'origine, le sexe, le genre, l'orientation sexuelle et le handicap peuvent avoir de lourdes conséquences sur la santé. La lutte contre les inégalités et le rétablissement de l'égalité des chances jouent donc un rôle essentiel pour la santé et les objectifs en vue d'une stratégie globale pour le développement durable. Garantir à toute personne l'accès aux soins de santé est l'une des tâches principales dictée par l'Agenda 2030 aux autorités sanitaires suisses. Dans la mesure où la Suisse héberge de grandes sociétés multinationales (industries

pharmaceutique, alimentaire et industrie du tabac) influençant mondialement la santé, le gouvernement suisse porte une responsabilité particulière dans la prévention des comportements nuisibles pour la santé ou l'adoption de réglementations qui favorisent cette prévention. Une telle responsabilité implique de soutenir le développement de systèmes sanitaires efficaces et adaptés dans les pays à faibles ressources. Elle commande également de mener une politique financière et fiscale qui n'aille pas à l'encontre des efforts de ces pays pour mettre en place leurs propres structures fiscales. Elle doit enfin conduire à proposer des mesures complémentaires, par exemple dans le cadre de la coopération internationale.

[...]

Recommandations

1. Le sexe, le genre, l'âge, l'origine, le handicap ou le statut socio-économique sont des facteurs déterminants pour la santé, dont la Suisse doit tenir compte dans sa politique sanitaire et sa coopération internationale. Elle doit promouvoir le respect des droits humains et lutter contre les discriminations et inégalités de toute nature.

2. Conformément au principe « Leaving no one behind », la Suisse doit mener une politique sanitaire garantissant à toutes et tous l'accès aux informations, à la prévention et aux soins médicaux. Elle doit en particulier veiller à y inclure les groupes vulnérables comme les personnes migrantes, les personnes ayant déposé une demande d'asile, les sans-papiers, les jeunes, les personnes LGBTI et les personnes en situation de handicap.

3. Le Conseil fédéral doit concevoir sa politique économique et commerciale de manière à ne pas mettre en danger la santé des populations suisse et étrangères. Il doit en outre s'engager au niveau international pour des réglementations qui favorisent la santé dans toutes les régions du monde.

4. Dans le contexte global, la Suisse doit mettre à disposition des moyens financiers afin de soutenir les pays ne pouvant pas édifier des systèmes sanitaires solides par leurs propres moyens. Pour cela, elle s'engage à lutter contre les flux financiers illicites en provenance des pays en développement et elle veille à ce que ces pays puissent générer leurs propres sources de financement par des recettes fiscales. Elle s'engage en particulier à renforcer les compétences et ressources spécifiques à la santé dans le cadre de son aide humanitaire.

5. La Suisse doit garantir à toutes et tous l'accès à un système de santé de qualité dont les prestations demeurent abordables et mettre à disposition les ressources nécessaires à cette fin.

6. La Suisse doit définir des objectifs pour toutes les cibles, y compris les sous-objectifs 3.7 et 5.6.

Billets plus anciens

Derniers commentaires

  • Le dernier commentaire a été posté le 18 mai 2016 par BANA ROSEE à propos de L'espérance de vie des patients souffrant du VIH augmenterait petit à petit
  • Lire les autres...








A chacun son Remaides !

Numéro 102 - France (hiver 2017).png

Depuis 17 années déjà Remaides est une revue pour les personnes touchées et leurs proches. Remaides apporte une information claire et précise sur les traitements du VIH et les hépatites comme sur toutes les difficultés (sociales, juridiques, professionnelles...) auxquelles chacun peut se trouver confronté dans sa vie quotidienne. A travers les témoignages de ses lecteurs Remaides est attaché à rendre visible la réalité intime de l'épidémie et à enrichir chacun de l'expérience des autres. Information et témoignages sont les outils que Remaides a toujours voulu mettre à la disposition de ses lecteurs au service de leur autonomie et de leur qualité de vie. Remaides est une revue francophone avec des comités de rédaction en France, Suisse et au Québec. Bonne lecture

Vous souhaitez participer au Fil rouge ?

carburant2.jpg

Rien de plus facile !

1/ D'abord restez en lien avec le Fil rouge et abonnez-vous au flux RSS.
2/ Un billet vous a révolté ou au contraire vous soutenez une idée retrouvée sur ce blog : dites le à tous et postez un commentaire.
3/ Vous voulez partager un moment de votre vie, envoyez votre témoignage à filrouge@groupesida.ch.


© 2008-2018 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum