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30 avril 2009 

Le Conseil National du Sida (France) suit à son tour les recommandations suisses

remaides 70 couverture.jpgNous le prédisions il y a quelques jours à peine: la décision de la Deutsche AIDS Hilfe risquait d'être la première d'une longue série, d'autres pays étant également sur le point de reprendre les recommandations helvétiques. Pour rappel, l'organisation allemande considérait que « les personnes séropositives ne souffrant d'aucune autre infection sexuellement transmissible et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettaient pas le VIH par voie sexuelle. »

C'est donc aujourd'hui au tour du Conseil National du Sida (France) de suivre les mêmes recommandations. L'avis paru aujourd'hui propose de nouvelles pistes de réflexion qui amèneront la population à porter un nouveau regard sur la maladie.

Pour le Conseil National du Sida, la publication de ces recommandations a, en plus d'études médicales avérées, une légitimité morale "à l'égard de toutes les personnes concernées, au premier rang desquelles les personnes vivant avec le VIH". Le but du CNS est bel et bien "de promouvoir le partage de l'information et du savoir, considérant que (le personnes séropositives) seront capables d'en apprécier la portée et les limites, et que l'un des fondements d'une société démocratique est l'égal accès aux connaissances".

Voici quelques extraits saillants de l'avis du CNS:

De manière plus pratique, différents résultats montrent en effet que pour obtenir un impact sur la dynamique de l'épidémie, les variables essentielles sont le pourcentage de personnes sous traitement parmi les personnes infectées, la précocité de l'initiation au traitement et la bonne observance. Une augmentation de la fréquence des pratiques à risques peut cependant venir contrebalancer l'impact positif des traitements.

Après la Suisse, l'Allemagne, l'Australie et la France, on apprend par ailleurs dans cet avis très étayé que les autorités de Colombie Britannique sont allées plus loin et se sont d'ores et déjà engagées dans la voie d'une politique de prévention basée en partie sur l'efficacité du traitement estimée capable d'infléchir la dynamique de l'épidémie. Cette stratégie est en outre jugée "coût-efficace". Pour les personnes sceptiques et inquiètes de voir ainsi les efforts de prévention sapés, la CNS justifie que "une telle réorientation des politiques de lutte contre l'épidémie suppose de parvenir à dépister mieux et plus tôt, tout comme d'assurer ensuite la prise en charge plus précoce des personnes dépistées positives".

Les données sur le relâchement des pratiques montrent qu'il est plutôt le fait des personnes non infectées ou ignorant leur statut, que la découverte de l'infection et la prise en charge est un facteur fort d'adoption des pratiques de prévention. Des résultats tirés de l'étude SMART offrent des données sur la modification des comportements des personnes sous traitement et montrent que les personnes infectées prennent moins de risque après la mise sous traitement, et que ces pratiques se maintiennent dans le temps.

La réduction de la mortalité et l'allongement de l'espérance de vie grâce aux traitements font que le nombre de personnes infectées va continuer de croître. Il en résulte une augmentation progressive de la prévalence qui, si rien ne change sur le plan de la transmission, produit arithmétiquement un accroissement du nombre de contaminations. Il importe donc, y compris en situation d'épidémie concentrée, de parvenir à mieux contrôler la transmission.

Ne pas opposer traitement et usage du préservatif et penser leur complémentarité consiste à affirmer que l'usage de l'un n'exclut pas l'autre et que la combinaison des deux apparaît garante d'une sécurité maximisée.Mais c'est également affirmer qu'à défaut, l'usage d'un seul de ces moyens apparaît toujours préférable à une absence totale de protection.

La perception et la gestion du risque sont subjectives et dépendent davantage d'une appréciation du rapport entre niveau de risque perçu et bénéfice attendu dans une situation donnée que d'un risque en soi abstrait. A cet égard, la pratique de fellations non protégées par un préservatif témoigne de l'acceptation d'un risque faible mais non nul de contamination.

Intégrer l'usage du traitement dans la palette des outils de prévention de la transmission est en outre susceptible de modifier les perceptions sociales de la maladie. Une personne suivant un traitement pourra ainsi être considérée comme ayant un comportement responsable et conscient de son statut sérologique, sans risque de contaminer son partenaire sexuel.

A long terme, la diffusion dans la population générale de l'information sur la réduction du risque de transmission chez les personnes traitées peut contribuer à banaliser l'idée que les personnes infectées ne représentent pas un danger quand elles assument leur statut et suivent un traitement. La restauration de la dignité des personnes vivant avec le VIH - la perspective d'un rapport moins dramatique tant des personnes atteintes à la maladie et à la transmission que de la société aux personnes atteintes et au risque qu'elles incarnent - devrait favoriser une restauration de la prudence. On peut notamment espérer le développement d'un climat plus favorable à la discussion du statut sérologique entre partenaires, en retour plus favorable à l'adoption de comportements de prévention adéquats, en particulier l'usage du préservatif.

Texte entier: Avis suivi de recommandations sur l'intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l'épidémie d'infections à VIH


Commentaires

Justement ce n'est pas le cas.
Le CNS ne suit certainement pas l'avis Suisse. Bien au contraire, il se positionne en terme de santé publique pour venir renforcer son avis concernant l'urgence de renforcer le dépistage dans la population.

A l'inverse de la commission Suisse, il se garde bien de se prononcer sur l'efficacité du traitement en matière de suppression du risque de transmission. Tout au plus considère-t-il la question du traitement comme mieux que rien dans des couples où il y a absence de protection.

De ce point de vue l'avis Suisse est relativement comparable à l'avis émis en Australie récemment et prend en compte les dernières données publiées par la recherche et une revue exhaustive de la littérature scientifique sur le sujet. Ce n'était pas le cas de la commission Suisse comme l'a assez brillamment montré Suzanna Attia à la conférence de Mexico et dans une méta-analyse récemment parue.

Nicolas Charpentier
30 juillet 2009 14h26

Effectivement le CNS ne suit pas l’avis suisse, il s’agit bien entendu d’un avis indépendant mais qui intègre la démonstration de l’avis suisse et surtout va beaucoup plus loin, comme vous le soulignez.

En revanche, cet avis prend bien en compte les données scientifiques montrant l’impact du traitement en matière de « REDUCTION » du risque de transmission, et non pas de « suppression du risque » tel que vous le formulez. C’est malheureusement une approximation que nous retrouvons souvent dans les débats et qui nuit indéniablement à l’évaluation rationnelle de ces données validées.

Enfin, force est de constater que les études citées dans l’avis suisse sont reprises dans l’avis du CNS.

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