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5 juin 2009 

Au coeur de la recherche vaccinale

par Deborah Glejser

Bart Pierre-Alexandre.jpgEntretien avec le Docteur Pierre-Alexandre Bart, spécialiste en maladies infectieuses et immunologie clinique et responsable du centre de vaccinologie et d'immunothérapie du Centre Hospitalier Universitaire vaudois (CHUV).

Qu'est-ce que le VIC, le Centre d'immunothérapie et de vaccinologie du CHUV, dont vous êtes le responsable ?
Le centre fait partie du service d'immunologie du CHUV. C'est avant tout une plateforme vouée à la vaccinologie. Par exemple, si quelqu'un développe un vaccin contre l'allergie aux framboises, il peut s'adresser à nous pour faire tester son vaccin. Il peut nous demander de mettre sur pied un protocole, de le soumettre à la commission d'éthique, de recruter des patients, etc.
Au départ, le VIC était une plateforme destinée avant tout aux protocoles VIH, et notamment à ceux développés dans le contexte d'EuroVacc, puisque le Professeur Pantaleo, chef du service d'immunologie, est également le président de la fondation et du groupement EuroVacc. Ce sont donc les premiers protocoles auxquels nous avons participé.

Quel est le plus grand défi de la recherche vaccinale sur le VIH : l'argent ? Le recrutement de volontaires ?
Le plus grand défi est de trouver la stratégie vaccinale la mieux tolérée et la plus efficace pour se protéger ou contrôler le virus. Pour y parvenir, il est clair qu'il faut de l'argent parce que le travail en laboratoire a un coût important. Le recrutement n'est pas le plus difficile, les gens sont coopérants et participent volontiers.

On entend souvent dire que la recherche coûte cher. Mais l'on ne on ne sait pas vraiment si plus d'argent signifierait plus de résultats, plus vite. Y a-t-il une relation entre l'investissement et les résultats ou est-ce le facteur chance qui compte le plus ?
De l'argent, il en faut certainement, et même beaucoup. Mais il y a de toute façon un timing que l'on doit respecter et que l'on ne peut pas réduire, même avec des budgets supplémentaires. Entre le moment où le procédé vaccinal est étudié, où on le met au point et celui où on le teste sur les animaux puis encore plus tard sur l'humain, il y a de toute façon un très grand laps de temps nécessaire.
Le facteur chance compte donc beaucoup, pour trouver le plus rapidement possible la bonne combinaison et obtenir des résultats. L'argent est toutefois essentiel pour que les équipes de chercheurs s'intéressent au VIH et qu'elles soient performantes. Le fait que la Fondation Bill et Melinda Gates ait injecté 286 millions en 2006 a boosté cette recherche : on peut engager plus de chercheurs et réaliser ainsi plus d'essais. Cela accélère certes un peu les choses. Néanmoins, si l'on doublait l'argent je ne suis pas sûr que l'on doublerait la rapidité d'avancée des recherches.

Autre refrain que l'on entend fréquemment : on met beaucoup d'argent pour la recherche contre le sida et pas assez pour d'autres maladies, comme par exemple le paludisme ou le cancer ? Est-ce la réalité ?
Ce n'est pas tout à fait vrai même si l'on met effectivement beaucoup d'argent pour le VIH. Mais les autres maladies ne sont pas du tout abandonnées. Si l'on regarde par exemple les 16 projets soutenus par la Fondation Gates, tout n'est pas dédié exclusivement à la recherche sur le VIH. Et nous-mêmes, au VIC, mettons sur pied des protocoles sur la malaria. Actuellement, il y a aussi chez nous des tests de vaccination contre la tuberculose en cours. On s'intéresse à d'autres maladies, mais le VIH représente, il est vrai, le plus grand financement que nous ayons. Toutefois l'accent mis sur le VIH est aussi susceptible de produire des bénéfices ailleurs...

Vous voulez dire que la recherche sur le sida peut profiter à d'autres pathologies et amener à faire de nouvelles découvertes dans d'autres domaines ?
J'en suis convaincu. Toutes les découvertes immunologiques, tous les développements vaccinaux et autres que l'on fait pour le VIH, peuvent ou vont profiter à d'autres stratégies vaccinales et thérapeutiques, et vice-versa. Rien qu'au sein de notre laboratoire, nous étudions actuellement d'autres virus que le VIH pour comprendre les mécanismes immunologiques qui font que les vaccins qu'on a développés contre ces virus sont efficaces. Le vaccin contre la fièvre jaune, par exemple. Il s'agit d'un vaccin vivant qu'on injecte donc contre une maladie virale et pour laquelle on suscite une réponse de type cellulaire. On ne sait pas précisément pourquoi et comment il est efficace, mais toujours est-il que l'efficacité de ce vaccin est prouvée. L'idée est donc d'essayer de mieux en comprendre les mécanismes afin d'arriver à les reproduire pour le VIH. C'est un exemple parmi d'autres, l'essentiel étant de savoir que les avancées actuelles sont profitables à tous les domaines et permettent d'accroître les connaissances de façon générale.

La recherche actuelle peut-elle aussi profiter à la santé et à l'espérance de vie des personnes vivant avec le VIH ?
C'est un volet que nous avons aussi développé. C'est pour cela qu'un consortium européen dénommé TheraVac (pour vaccin thérapeutique) a été créé. Les tests effectués jusqu'à présent ont montré que l'on pouvait induire une réponse immunitaire supplémentaire à celle présente au début de l'infection. Ce serait un véritable succès si l'on trouvait une formule de vaccin efficace qui permette aussi, si l'on est infecté, d'avoir un contrôle amélioré sur le virus sans prise de médicaments.

Tous les trois mois dans les médias, un laboratoire annonce une découverte et affirme tenir le bon bout pour un vaccin. Est-ce un effet d'annonce pour attirer les sponsors ?
Effectivement, chaque fois que notre centre avance sur un protocole, un communiqué est envoyé à la presse. Cela a plusieurs buts. Le premier est évidemment de faire connaître l'avancée des travaux. Deuxièmement, il y a un élément de publicité indéniable, pour le sponsor et pour le public. L'impact sur la population est tout à fait positif pour nous, car cela a permis d'en parler, de recruter des gens et d'avancer dans l'évaluation de ces vaccins.

Mais à force, ne risque-t-on pas de ne plus être crédible quand une véritable découverte sera annoncée ?
Je suis d'accord. Il faut que les chercheurs communiquent clairement que l'on est dans des phases d'évaluation, que l'on ne sait pas du tout si ce type de vaccin donnera ou non quelque chose de valable, mais que l'on a besoin que les gens participent aux études pour faire progresser la recherche.

N'existe-t-il pas une certaine rivalité parmi les chercheurs entre les pro-traitements et les pro-vaccin ? Notamment en matière de priorités d'investissement, tous les experts ne semblent pas d'accord ...
Je déplore un peu cette rivalité. Ce que les traitements ont apporté est indiscutable, c'est même extraordinaire. Je suivais des gens moribonds à ma consultation il y a dix ans, qui sont maintenant en pleine forme. C'est donc un volet fantastique de la recherche, dont on apprend énormément et que je respecte beaucoup. Je trouve dommage en revanche de tirer à boulets rouges sur le développement vaccinal sous prétexte que cela coûte cher et que la formule gagnante n'a pas encore été trouvée. D'abord, il faut savoir que sur la totalité de l'argent investi pour le VIH, le développement vaccinal ne représente qu'à peine 10%. En chiffres absolus, c'est vrai, cela représente des millions, mais ce n'est pas énorme par rapport à la totalité de l'argent qui est engagé contre le virus. Ensuite, les développements qui ont été réalisés ou qui sont en train d'être réalisés dans la recherche vaccinale vont apporter des résultats complémentaires à ceux du traitement. Les rivalités ne devraient donc pas exister.

La recherche sur le vaccin est donc toujours prometteuse, malgré les récents échecs ?
On est dans une nouvelle ère. J'ai pris part à une conférence scientifique à Seattle en novembre 2008, des résultats de recherches toutes récentes ont été présentés, notamment des résultats chez le singe qui sont spectaculaires et très encourageants. Mais à nouveau, on est dans des phases préliminaires. On a perdu une bataille, mais on est loin d'avoir perdu la guerre. On est encore pleins d'espoirs.

Propos recueillis par Deborah Glejser pour Remaides Suisse


Commentaires

Vachement intéressant, ces sujets. Le prochain rendez-vous avec un médecin aura lieu le lundi, 22 juin 2009, à 19h30 à la house34.ch. Le Dr Renaud Du Pasquier, professor assistant au service de Neurologie et service d'Immunologie parlera des effets neurocognitifs d'une infection VIH. Après un vidéo d'introduction, nous allons discuter, et le Dr. Du Pasquier répondra à vos questions.

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