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31 juillet 2009 

Les traitements VIH peuvent prévenir la transmission du virus. Et si nous le savions déjà ?

pas_scoop.jpgActualité quand tu nous tiens ! Cela fait des mois maintenant que nous parlons des conséquences de l'annonce faite à propos de l'effet des traitements VIH. Ceux-ci, quand ils sont bien pris, réduisent tellement la quantité de virus dans l'organisme que la personne séropositive ne peut plus transmettre ce virus y compris sexuellement (1).

Nous en avons beaucoup parlé dans le cadre de procès qui se sont tenus contre des personnes séropositives au VIH et qui étaient accusées d'avoir exposé des partenaires à ce virus sans même qu'il n'y ait eu de contamination(2). De, « ces personnes sont des criminels qui doivent être punis », et lourdement punis, puisque la sanction était tout de même de la prison avec sursis et une très grosse amende. Nous en sommes arrivés, aujourd'hui, tout du moins sur le canton de Genève, au point où, la justice considère que les personnes séropositives n'étant plus en capacité de transmettre le virus ne peuvent se voir reprocher ces faits. Il est indéniable que l'annonce sur l'effet du traitement et la non infectiosité de la personne a joué un rôle, ici, décisif, pour faire respecter les droits des personnes séropositives et ainsi faire que la justice soit juste.

Mais, ce que nous essayons de mettre en avant, depuis l'annonce faite autour du premier décembre 2007, c'est plutôt quelles sont les conséquences de l'annonce de la non infectiosité des personnes sous traitement VIH en termes de prévention pour la population générale ?
Est-ce que c'est vraiment le plus important ? Est-ce que nous ne nous posons que trop tard la question en ces termes ? Tout du moins dans les pays du Nord, en Suisse ?

Tout d'abord, il faut rappeler que cette annonce scientifique s'est faite sur la base d'études (3), tout autant scientifiques, qui ont montré la non infectiosité de personnes sous traitement dans des couples hétérosexuels sérodifférents (un partenaire est séropositif, l'autre est séronégatif) qui notamment n'avaient pas de relations sexuelles protégées car ils cherchaient à concevoir un enfant. Tout cela permet d'évaluer la faisabilité de la conception naturelle d'enfants entre personnes de statuts sérologiques différents, en réduisant considérablement le risque d'infection pour le partenaire séronégatif. Cela apporte une réponse très importante notamment aux effets ou conséquences lourdes de la procréation assistée, qui est chère, pas disponible dans tous les pays, moins efficace que la méthode naturelle et plus dangereuse du fait des grossesses multiples qui en découlent la plupart du temps.

Cette conséquence, pour les couples, n'est pas négligeable, réalisons-nous le gain de qualité de vie que cela peut engendrer pour eux ?

Autre aspect de la question, la maladie du sida, a une image extrêmement forte dans la société et génère des peurs bien souvent irrationnelles, liées à la dangerosité de la maladie qui est véhiculée depuis ses débuts et la notion de protection individuelle qui en découle, ce que nous appelons aussi les règles, ou pouvons-nous aussi parler maintenant du dogme, du Safer Sex (4). Être malade du sida, en Suisse, ou ailleurs, n'est pas sans conséquences sociales, parler de sa maladie n'est pas chose facile sans en craindre des regards pesants, jugeants, accusateurs, réprobateurs. Et quand il faut en parler à un partenaire, la mission est encore quasi impossible, si l'on ne veut pas tout simplement essuyer un échec amoureux. Et dans les familles. Des gestes sont encore trop souvent rapportés qu'une personne est mise à l'écart car on a peur pour les enfants, on a peur...

Que de temps perdu, pour faire changer le regard que nous portons sur la maladie et surtout sur les personnes malades. Quand on réalise que des traitements efficaces sont disponibles depuis près de quinze ans (5), et que toutes ses fausses images auraient pu être combattues plus efficacement depuis...

Enfin, nous pouvons dire que l'effet d'un traitement efficace, quand il est bien pris, entraine la non possibilité de le transmettre de la personne qui est séropositive. Il s'agit d'un effet préventif indéniable ! Mais, là, deux idées ne semblent pas assez répandues et pourtant elles sont tellement évidentes !

La première, c'est que pour être efficace, un traitement aussi puissant soit-il, doit être bien pris (6). Donc l'effet du traitement est d'abord dû à la personne qui le prend. Et aujourd'hui si autant de personnes séropositives, sous traitement, ont une charge virale indétectable, c'est qu'elles sont autant de personnes responsables pour elles-mêmes et pour les autres, et qui prennent efficacement et durablement leur traitement. L'effet préventif du traitement n'étant plus à démontrer, les premiers acteurs de la lutte contre le sida ce ne sont pas les acteurs traditionnels de la prévention, mais bien celles et ceux qui vivent avec la maladie au quotidien.

La seconde idée, c'est qu'il s'agit d'une fausse nouveauté. Les traitements anti VIH ont été introduits il y a près de quinze ans maintenant. Leur effet protecteur pour la population est donc en action depuis tout ce temps, cela n'est pas nouveau (7). Le nombre de nouvelles contaminations serait lui bien supérieur sans cela.

Alors, que faut-il attendre de l'effet préventif, dit « nouveau », du traitement VIH ?

En Suisse, il ne faut pas en attendre une baisse des nouvelles contaminations en tout cas. Il a déjà fait son travail ! L'enjeu se porte plus vers la création de nouvelles solidarités avec les personnes concernées et souvent bien marginalisées par rapport à leur contexte de vie et pour lesquelles la santé n'est bien souvent pas la priorité. Enjeu, encore celui de dépister toujours plus tôt ceux qui sont porteur du virus et qui l'ignorent (8). Ici il va bien falloir innover !

Par contre nous pouvons attendre, de ce « nouvel » effet, une qualité de vie accrue pour les personnes séropositives et leurs conjoints, et leurs partenaires, et leurs familles. Nous pouvons en attendre des relations nouvelles dans la vie de tous les jours avec les personnes séropositives qui nous entourent. Faut-il encore accepter que nos peurs du passé n'aient plus lieux d'être. Et ce sont bien ces démons là qui sont les plus difficiles à combattre. Nous pouvons en attendre aussi plus de justice, car, qu'est-ce qu'une société qui menace et condamne ses malades car elle en aurait peur? (9)

Ailleurs, au Sud. L'OMS (10) se pose la question depuis ce mois-ci, tout du moins officiellement dans son bulletin d'information. La lutte contre le sida dans le monde et dans les pays du Sud, où l'épidémie est la plus forte, doit passer par une plus grande prise en charge des personnes malades et notamment les soins et les traitements qui leurs sont apportés. Tout cela nous le savons bien, en témoigne la création et les succès du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Mais en temps de crise, il est plus souvent difficile d'activer ces solidarités internationales et les menaces sur la pérennisation de ces mécanismes de soutien aux programmes de santé de bon nombre de pays semblent au-jourd'hui bien réelles (11). Alors, la prévention, si chère aux financeurs du monde entier, ne constitue-t-elle pas ici une raison de poursuivre ce travail et cet investissement? Ne faut-il pas accélérer l'accès aux traitements anti VIH partout? Non pas en envisageant la mise sous traitement la plus précoce possible, comme nous commençons à l'entendre, dans l'intérêt de la santé d'une population mais simplement un accès aux traitements anti VIH de même qualité qu'en Suisse, par exemple, dans l'intérêt d'abord de la personne séropositive, les effets sur la population ont dès lors été largement constatés.

Les traitements VIH peuvent prévenir la transmission du virus. Cela ne fait aucun doute et les preuves scientifiques bien établies. Mais nous le savions déjà. La transmission du virus de la mère à l'enfant est contrôlée grâce à l'utilisation des traitements VIH. La réduction du risque de contamination lors d'un accident d'exposition au VIH (Pep) est possible grâce aux traitements VIH. Posons-nous la question de ce que nous voulons faire de ces connaissan-ces, qui ne sont pas nouvelles, rappelons-nous en.

Nicolas Charpentier, Groupe sida Genève

(1) Pietro Vernazza, Bernard Hirschel, Enos Bernasconi et Markus Flepp, in Bulletin des médecins suisses, I 2008, p. 165 ss
(2) Remaides n°71, printemps 2009.
(3) Conseil National du Sida, France, Avis suivi de recommandations sur l'intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l'épidémie d'infections à VIH, avril 2009
(4) www.aids.ch
(5) introduction des traitements combinés avec antiprotéase en 1996
(6) Enquête Vespa - premiers résultats, ANRS-Actalités en santé publique, novembre 2004.
(7) le traitement VIH prévient déjà maintenant la moitié ou plus des nouvelles infections selon le professeur Bernard Hirschel, présentation «Le Swiss Statement 15 mois après» lors du colloque de l'unité VIH-sida des Hôpitaux universitaires de Genève, 23 juin 2009
(8) Programme national de lutte conter le VIH et IST, Office fédéral de la santé, www.bag.admin.ch/hiv_aids/
(9) revue Plaidoyer, 4/09 à paraître
(10) Prévention de la transmission du VIH par les antirétroviraux, Kevin M De Cock a, Siob-han P Crowley a, Ying-Ru Lo a, Reuben M Granich a & Brian G Williams, Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé 2009;87:488-488. doi: 10.2471/BLT.09.067330
(11) http://campagne5milliardspourlefondsmondial.over-blog.org


Commentaires

"au point où, la justice considère que les personnes séropositives n'étant plus en capacité de transmettre le virus ne peuvent se voir reprocher ces faits"

Cela n'en valide pas pour autant l'affirmation de la commission Suisse. Elle peut bien prétendre s'appuyer sur des recherches scientifiques, il n'empêche que de nombreuses autres commissions médicales ont très largement critiqué depuis cet avis en montrant qu'il ne s'appuyait pas sur des données scientifiques étayées (à titre d'exemple la méta-analyse de Suzana Attia qui est Suisse elle aussi).

Alors vous êtes gentils avec votre effet bénéfique, mais lorsque l'un de nous séropositif transmettra le virus à son partenaire parcequ'il aura choisi en couple de suivre le cadre des recommandations Suisse on en reparlera de votre effet bénéfique.

Et ne me répondez pas avec ce bazar d'argumentaire oiseux sur le risque 0, je vous en prie.

Ne disposer que d'une étude portant sur 79 personnes années pour prétendre quantifier un risque de transmission (Castilla) pour moi c'est simplement irresponsable.


Au fait, il est quelque peu malhonnête de mettre en note au sujet de l'avis Suisse le rapport du Conseil National du Sida français qui s'écarte notablement de la position adoptée par les Suisses.

Nicolas CharpentierAuthor Profile Page
18 août 2009 12h01

Cher Akrobat,

Merci pour cette nouvelle contribution sur cet espace qui se veut un espace de débat et d'échange.

Je vous assure que vous n'êtes pas le seul à partager cette opinion. Ce qui nous importe au Groupe sida Genève c'est de favoriser cet échange mais dans le respect de chacun. Pour vous répondre sur ce point, je ne suis ni gentil, ni malhonnête.

Je crois comprendre que vous êtes très sensible à cette thématique, puisque vous avez contribuez par vos commentaires à plusieurs billets. Mais ne vous y trompez pas, exprimez-vous, sentez-vous libre de le faire. Mais le combat à mener est contre la maladie, et que vous soyez d'accord ou pas avec cela, vos partenaires dans ce combat sont aussi bien ceux qui pensent comme vous que ceux qui pensent différemment mais qui poursuivent ce même but de lutte contre le sida.

C'est toujours avec intérêt que je vous lis et vous réponds, mais pas dans n'importe quel climat...

A bientôt

Le sida comme maladie mortelle est fini depuis 1995. Cela n'a rien changé à la prévention, donc en toute logique, la réduction du risque de transmissibilité ne changera rien à un discours tout capote dogmatique. Les traitements protègent mieux que la capote désormais....et ceux qui rappellent un risque résiduel de contamination sous les traitements Hirschel utilisent le procédé de Benoit XVI quand il rappelle qu'il y a des accidents de capote ! Ridicule, n'insistons pas, l'opinion publique a tranché sur ce procédé !


Il est évident que les gens ne sont globalement pas du tout au courant des études Suisse, tellement elles sont hallucinantes et très lourdes de conséquences morales ( les médecins ont laissé des malades soignés transmettre le VIH en leur cachant les moyens de ne pas être contaminants ! ). Ayant encouragé moi-même, barebacker PROSELYTE ( = intelligent et sagement en accord avec lui-même ), les gens à prendre le risque d'attraper le sida , ces transmissions d'une maladie banalisée ne me font ni chaud ni froid, mais il est clair que ce que les acteurs de la prévention appellent une faute criminelle, ils en sont à l'origine .

Depuis l'aventure tragi-comique de séronet, il est clair que les barebackers soft tenants d'une conciliation ont été boulés, et je preche désormais le boycott du dépistage, l'affrontement ouvert : retour à la case départ : augmenter le nombre des séropositifs. J'expliquerai pourquoi après.

Le rapport Suisse ( mon atout maître )

Rationnellement , je donne raison aux tenants du tout capote quand ils disent que lé révélation des études Suisse est dangeureuse ( pour eux et pour les chiffres de l'épidémie ) . Ce qui détermine l'évolution de l'épidémie, c'est d'abord la propension des gens à se protéger. Un pédé qui a décidé de ne plus se protéger contractera le VIH car il est multipartenaire. Or, ce qui décide un individu à se protéger n'est plus la crainte de la maladie sida pipi de chat, mais la crainte de contaminer. Qu'on dise à quelqu'un qu'il ne contaminera pas s'il devient séropo, et on fait sauter le dernier verrou qui empeche la reprise des risques.
Pour que la stratégie RDR-HIRSCHEL réussisse, il faut que 95% des séropositifs pédés soient dépistés. ( chez les hétéros, un taux de 50% est suffisant pour stabiliser l'épidémie ).

Les gens iront-ils au dépistage ?
NON ( évidemment ). Quand je dis qu'il faut licencier tous les responsables actuels de la prévention, c'est une condition sine qua non , mais ce n'est même pas suffisant ! La terreur irrationnelle entretenue par les tout-capote a fait trop de mal, mais remarquons que même en bonne santé, même à l'abri de la terreur, les gens ne font pas des controles de santé très régulièrement.

Pour vaincre l'épidémie du sida avec les traitements actuels, il faut une politique ultra coercitive de dépistage opbligatoire ( et l'accompagner de révisions complètes sur la réalité du sida, complètement gérable désormais , avec une restauration d'un secret médical intégral).

Je suis tellement écoeuré qu'une part négative de moi-même crie fortementà ce que les pédés de base soient chatiés et vivent dans une terreur éternelle du sida, tandis que moi, exclu de chez exclu, mais sans crainte, je m'éclate loin de leurs fantômes et de leurs démons car j'ai tout verouillé autour de moi : vie en couple , vie de famille, boulot, et baise à tout va sans capote car je ne suis plus contaminant. Je suis rabougri socialement mais peinard , oisif et jouisseur , avec la bagarre en "prime" où chaque défaite me donne envie de rejouer !

Le tissus de contradictions de la prévention tout capote est insurmontable : il n'y a plus qu'à attendre l'effondrement du régime sibérien.


Pour finir, je dirais que la gravité d'une maladie ne se mesure en aucune façon au nombre de personnes qu'elle touche, et les chiffres m'indiffèrent désormais.

Le sida n'est plus une maladie, c'est un instrument politique. La guerre froide se termine et la guerre chaude commence. Avant je disais sur les forums, la capote, c'est nul. Maintenant, le discours se tient dans le lieu de drague : je ne contente pas de décliner poliment le plan capote, je le commente en direct : " à mon âge, je ne veux que de la qualité !"

Comme la reprise des risques est inéluctable d'une part, et que le problème c'est le mal vivre de tous, et que la cause de ce mal vivre réside dans le choix préventif en vigueur ( messages de peur , de culpabilité ) , il faut accélérer l'éviction de ses promoteurs par un refus motivé du dépistage tant que les responsables actuels de la prévention seront aux commandes. Il ne sera pas difficile d'interpréter les raisons du refus du dépistage : conséquence directe de ceux qui agitent encore la peur , c'est à dire de ceux qui argumentent pour cacher le rapport Hirschel et répètent :"surtout, sortez couvert".

Le plastique fond fond fond, trois petits trous et puis s'en vont.

car PS : finalement, le mythe des perceurs de capote a du bon : les sérophobes ont peur même avec la capote : ils ne baisent plus .... du tout !
Donc : comme je ne suis plus contaminant avec ma charge indétectable, maintenant, je vais percer les capotes pour y foutre ma semence....en toute impunité. Je fous une trouille max au minus et je raconte à mes complices acquittés !

Lol : le bareback prosélyte va désormais progresser .....dans la duplicité innocente ! En toute lumière, je peux déposer ma semence dans un trou de sérophobe, lui dire que je suis séronégatif, c'est à dire mentir sans risque, car je ne suis pas contaminant. C'est moins folklo que de dire je suis séropo et je baise sans capote. Transformer la pintade en toupie insomniaque , et rentrer chez soi avec une bonne bière !

De Don Quichotte, je deviens Polichinelle.....c'est moins grandiloquent, mais plus fun !

pas de quartier ! Ralliez-vous à mon panaché blanc ! ( Henri IV, celui qui "est né en 2 coups de cul hier à Pau" a dit un jour son père .../ authentique origine de l'expression ! ).

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