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Fil Rouge

8 juillet 2009 

Ma cinquième révision de l'AI

Un parcours de vie : La grande maladie avec le petit nom

Par Saturnin

Fin des années 80, le temps se gâte. Des nuages sombres se dessinent et arrivent en formation serrée, tels des FA/18. Le prix à payer se révélera également exorbitant.
Je me réveille, dans un quartier non loin de l'Hôpital cantonal. Mes yeux sont jaunes, presque électriques. Je me sens las, très fatigué. L'usage de drogues dures (héroïne et une large plage de perte de maîtrise sous cocaïne) devenu quotidien et obligatoire me force à nourrir une dépendance et me confronte à un pouvoir beaucoup plus fort que moi.

A ce moment, je me prépare à un mauvais moment de plus à passer (Hépatite C) mais je n'imagine même pas ce qui m'attend. La réalité va se révéler dans un bureau médical des HUG, clinique, glacial.

J'ai été consulter un samedi soir d'été. Le médecin de piquet des urgences semble préparé à mon cas. Je me rendrais compte plus tard à quel point. A la question « Avez-vous fait le test du Sida ? », je réponds clairement par la négative en précisant ne pas désirer le faire, surtout aujourd'hui, compte tenu de ma situation (fatigue extrême, dépendance à l'héroïne). Je soupçonne ne pas avoir les ressources nécessaires pour faire face et gérer le résultat d'un test.

Je me présente à la consultation, la semaine suivante, pour les résultats de la prise de sang effectuée censée contrôler les valeurs relatives à une hépatite C. Le Dr Martin J. me reçoit très gentiment et m'annonce: « ... et j'ai une mauvaise nouvelle, vous êtes contaminé par le virus du sida, et à un niveau très important (sous-entendu : pas d'erreur possible) ».

Dans ce chaleureux contexte, mes propos du week-end en question ayant été extrêmement clairs mais non transmis ni pris au sérieux, je n'ai d'autres réactions que d'écouter religieusement le bon Dr. Martin J. et ses précieux conseils.

A l'arrivée des trithérapies, mes ressentiments envers le monde médical sont encore tels que j'ai besoin d'être hospitalisé à deux reprises durant deux ans pour des problèmes pulmonaires pour capituler et accepter avec difficultés les traitements.
Dans l'intervalle, je me retrouve à l'AI fin 99 début 2000 après une longue attente qui m'empêche de faire face à mes obligations (loyers, frais divers et variés, etc.).

Je quitte les HUG, remis sur pieds, et me retrouve sous traitements (vraiment dessous, carrément écrasé). Je reçois désormais une rente mensuelle et des prestations cantonales complémentaires et, vu la durée de l'attente pour les obtenir, mon plaisir s'en trouve décuplé.

J'ai accumulé une montagne sacrée de dettes dans l'intervalle entre ma demande et le ok de l'AI (mais plus c'est long, plus c'est bon); et en plus, je ne suis pas décédé avec la première volée des désespérés sans traitements (1980-1996) donc je ne cache pas ma joie d'entrer dans cette nouvelle ère.

Les longues journées à occuper, les traitements contraignants à intégrer quotidiennement....

Je consomme du cannabis pour arriver à me nourrir pas trop mal et retrouver quelques kilogrammes (lors de mes hospitalisations successives j'ai abaissé la barre à 45 kg).
Malgré un traitement de substitution en rapport avec mon problème de drogues, je rechute souvent. La déprime s'installe, voire la dépression.

Je me mets à penser que quitte à vivre misérablement ici, autant le faire près de la mer et sous le soleil d'un pays asiatique où mon pouvoir d'achat sera revalorisé.

Je commence à partir de trois mois en trois mois. La routine s'installe et l'insatisfaction de n'être ni vraiment ici, ni là-bas, m'amène à goûter à la production locale de produits stupéfiants divers et variés. Cela devient chaud, brûlant; mais l'effet des substances fait inexorablement baisser ma vigilance.

En 2003, je finis par être incarcéré pour consommation de drogue puis trafic de drogue mais je le vis toujours comme un mauvais moment à passer. A la sortie, ma déprime devient une vraie belle dépression et je survis durant deux ans à Genève. Tant mal que bien.

Eté 2005, j'arrête subitement de fumer, cigarettes et cannabis. Durant trois mois, je suis déstabilisé, émotionnellement fragile. Je participe, totalement par hasard, à une réunion de dépendants abstinents. Quelque chose me touche. Malgré ma mauvaise volonté, je retourne tous les jours de la semaine. Sans le réaliser, j'emprunte le chemin de l'abstinence totale de drogues.

Je cesse de contempler mes instruments de musique pour me remettre à leur faire émettre toutes sortes de sons merveilleux. Je m'inscris au Conservatoire afin d'y acquérir les bases du solfège. Je frappe à la porte du professeur de guitare Jazz qui me prend en liste d'attente.

Aujourd'hui je passe des examens avec succès (autres que sanguins auxquels j'étais habitué et que je réussissais sans trop d'investissements) et j'ai la possibilité de terminer une formation musicale l'année prochaine et d'obtenir un Certificat d'Etudes Musicales.

Ma santé reste incertaine et je me sais fragile (hivers, bronchites récurrentes, troubles du système digestif, etc.) mais j'ai réellement changé de point de vue. Ma quête spirituelle désespérée à travers l'usage de drogues a trouvé une résonance au plus profond de moi-même. Je ne me nourris plus des mêmes choses de la même façon, je fais du Tai-Chi, je médite; désormais ma vie m'appartient.

5e révision de l'AI

Cette révision de l'assurance invalidité, je désire la voir positivement (bien qu'imposée par les pouvoirs économiques). Mais est-ce à la portée d'une administration d'aider les gens désireux de reprendre pieds dans une activité professionnelle ? en premier lieu, de les soutenir en leur offrant des perspectives ? ou est-ce juste une suite donnée sur ordre de politiques à l'incompétence passée, voire feinte, afin de provoquer une situation actuelle qui va de toute évidence être encore aggravée par les retombées de leur crash financier ?

Dans une société idéale, on inciterait plutôt que de menacer de supprimer brutalement des rentes, on donnerait des perspectives aux gens désirant travailler plutôt que feindre de se débarrasser de gêneurs qui coûtent trop cher, de désigner des boucs-émissaires qui feront comprendre aux masses laborieuses en bonne santé qu'elles doivent s'estimer heureuses et demeurer silencieuses.

Le monde idéal reste à construire. Pour ma part je l'ai trouvé où je m'y attendais le moins. Je me demande ce qu'en pense le bon Docteur Martin. Et toi, dans quel camp es-tu camarade ?

et ce sera tout pour aujourd'hui.


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