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13 avril 2010 

Opinion : VIH et action humanitaire, la Suisse doit trouver sa voie

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A l'accueil des associations de lutte contre le sida, il n'est pas rare de rencontrer des personnes séropositives qui sont originaires d'un pays où l'épidémie est forte, comme c'est le cas dans certains pays d'Afrique Subsaharienne. Certaines d'entre elles sont sans statut légal en Suisse et bloquées pour leur retour au pays faute de disponibilité effective, pour tous, des traitements anti-VIH dans leur pays d'origine. Pour ces personnes, bénéficier d'un véritable accès à la santé, c'est être obligées de demander l'accueil à titre « humanitaire » à la Suisse.

« Humanitaire » cela veut bien dire ce que ça veut dire : « qui vise au bien de l'humanité ». Plus précisément il s'agit d'intervenir pour sauver des vies humaines et soulager les populations dans une situation d'urgence.

La Suisse, comme d'autres pays du Nord, permet cet accueil à titre humanitaire et remet un permis de séjour reconnu comme un cas de rigueur.

Mais seulement voila, bonne nouvelle, les années 2000 laissent apparaître l'arrivée des trithérapies dans les pays du Sud. Enfin tout dépend, nous le verrons, comment on interprète l'information. Les mécanismes se mettent enfin en œuvre pour que les systèmes de santé s'organisent et permettent de débuter la prise en charge thérapeutique des malades. Après négociations avec les laboratoires pharmaceutiques, développement des premières trithérapies génériques, voilà que 10 ans après on compte les personnes soustraitements par millions.

Victoire ?
Dans le monde, seules 40% des personnes qui ont besoin d'une trithérapie en bénéficient. Prenons un exemple concret : au Cameroun, l'Onusida ou l'OMS estiment que les besoins ne sont couverts qu'à hauteur de 25% concernant l'accès aux trithérapies. Difficile de parler dès lors de victoire.

Aussi préoccupant. Si 6 personnes sur 10 dans le monde ne bénéficient pas du traitement qui leur permettrait de vivre malgré leur maladie, donc de ne pas mourir, les 40% soustraitements commencent petit à petit à avoir besoin de nouveaux médicaments pour compléter leur trithérapie afin de la maintenir efficace. Ces médicaments ne sont pas toujours disponibles, surtout au Sud.

Cette évolution des systèmes de santé et la prise en charge des malades a été possible grâce à un fond inédit mis en place en 2002, le fond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce fond a permis de financer en grande partie cette évolution. Aujourd'hui en 2010 son financement à venir est très incertain. Désengagement des Etats bien sûr, sur fond de crise. Toujours à titre d'exemple, la contribution de la Suisse à ce fonds est d'environ 6,5 millions de francs par an. C'est dire l'importance que représente le fond mondial.

Retour sur l'accueil humanitaire.

A l'accueil du Groupe sida Genève, bon nombre de personnes dans cette situation demande un soutien, juridique. La difficulté pour obtenir un permis de séjour à titre humanitaire est croissante. Si l'on prend encore un exemple, les ressortissants du Cameroun qui ont fait la demande d'un permis humanitaire pour pouvoir poursuivre leurs soins en Suisse se voient systématiquement opposer un refus.

Le motif ? La Commission de Recours Administratif a « relevé [depuis 2004] que la situation du point de vue médical au Cameroun s'était nettement améliorée depuis quelques deux ans suite à l'implantation de différentes institutions destinées à procurer des soins aux sidéens. Les contrôles réguliers pouvaient ainsi être reçus, respectivement faits à l'hôpital la Quintinie à Douala et des cliniques répandues dans tout le pays fournissaient, elles aussi, des médicaments destinés aux personnes séropositives.

En outre parallèlement au système hospitalier, de nombreuses ONG offraient aussi des possibilités de soins aux sidéens. Par ailleurs, on notait également que l'hôpital militaire à Douala offrait des soins et approvisionnait de nombreux hôpitaux de province en médicaments destinés aux malades du sida.

Le prix des médicaments destinés au traitement du sida avait enfin été drastiquement réduit. D'ailleurs, selon le rapport médical de l'hôpital central de Yaoundé du 31 mars 2005, un antirétroviral était disponible pour un prix oscillant entre 7,10 et 16, 55 CHF. » Voila ce que l'on pouvait lire dans une décision de la Commission Cantonale de Recours de Genève en 2005. Les motifs sont les mêmes depuis, à la nuance près que les traitements sont maintenant mis à disposition gratuitement au Cameroun.

Pas si humanitaire que ça quand même...
Comment savoir si les personnes qui se sont vu refuser un permis humanitaire ont gagné à la loterie une fois de retour dans leur pays d'origine. Ont-elles fait partie des heureux 25% qui ont un traitement anti-VIH, pour les Camerounais rentrés au pays par exemple ? Ou alors est-ce l'inverse que décemment il est difficile d'évoquer. La Suisse ne pouvait vraisemblablement pas attendre les quelques années nécessaires à la mise en place d'un accès universel aux traitements. Impératif politique ou manque de temps pour lire les rapports de l'Onusida, de l'Ungass et l'OMS ? Pas si humanitaire que ça quand même...

Par Nicolas Charpentier
Pour plus infos :
http://www.unaids.org/fr/CountryResponses/Countries/cameroon.asp http://apps.who.int/globalatlas/predefinedReports/EFS2008/full/EFS2008_CM.pdf http://data.unaids.org/pub/Report/2008/cameroon_2008_country_progress_report_fr.pdf http://www.theglobalfund.org/fr/


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