contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

5 mai 2010 

Témoignage: "Mon traitement me protège et me permet d'avoir des relations sans préservatif".

temoignage_2.JPG



Vanessa, la quarantaine, séropositive, vit une histoire d'amour avec un homme séronégatif depuis 7 ans. Ils sont mariés depuis 5 ans et essaient d'avoir un enfant.





Remaides: Comment s'est passée la rencontre avec celui qui est aujourd'hui ton mari ?

Vanessa: C'était un peu spécial parce que nous ne nous sommes pas rencontrés en Suisse mais dans son pays, en Afrique du Nord. C'était en 2003, il y a 7 ans. Nous avons eu un début de flirt mais je lui ai tout de suite dit que j'étais séropositive. Je pense que les hommes sont assez peu informés là-bas, tout ce qui a trait au sexe est assez tabou, surtout ce qui concerne les relations sexuelles hors mariage. Il y a peut-être aussi une désinformation du fait que les gens ne sont pas censés avoir ce type de relations. Quand je lui ai dit que j'étais séropositive, il a été assez étonné mais, en même temps, il m'a remerciée d'être franche. Il savait ce que ça voulait dire mais, en même temps, il ne connaissait pas vraiment les répercussions et tout ce que ça implique. Nous en sommes restés là et il m'a dit que si je revenais nous en reparlerions. Nous sommes restés en contact en se téléphonant régulièrement et je suis retournée une année plus tard pour des vacances. Je le trouvais très sympathique mais je n'avais pas du tout imaginé avoir une relation avec quelqu'un là-bas. Mais pendant ce séjour nous avons rediscuté de ça parce que lui avait des attentes par rapport à une relation. Je lui ai juste expliqué que s'il se protégeait avec des préservatifs, il n'y avait pas de risque. Je pense qu'il avait des craintes mais il m'a fait confiance.

Remaides: Comment te sentais-tu de t'engager dans une relation comme ça ?

Vanessa: Au départ, je ne le prenais pas pour quelque chose de sérieux... et puis je suis retournée plusieurs fois pendant l'année 2004 en vacances, et nous avons décidé d'avoir une relation officielle. Il me proposait de venir vivre là-bas parce qu'apparemment il n'avait pas du tout envie de venir en Suisse. J'ai refusé du fait que j'ai un enfant qui est scolarisé ici, j'ai des attaches, et puis c'est très sympathique d'aller là-bas en vacances mais y vivre, c'est autre chose. Finalement nous avons fait une demande de visa mariage pour qu'il vienne en Suisse. A partir du moment où il arrivait en Suisse, nous avions trois mois pour savoir si ça marchait. Il n'avait jamais voyagé donc ce n'était pas évident. Plus tard, il m'a avoué qu'il s'était dit qu'il partait pour un mois et qu'il rentrerait après. En fait nous sommes partis un peu là-dessus, comme «chiche-pas chiche». Et puis nous avions aussi un projet: il m'a demandé de faire un bébé. J'avais toujours voulu avoir un deuxième enfant mais je n'avais pas eu l'occasion d'avoir une relation suffisamment stable pour envisager cela. J'ai déjà eu un fils que j'ai élevé toute seule, je ne voulais pas encore me lancer dans une deuxième aventure sans un papa.

Remaides: Est-ce que vous avez parlé de la différence de statut sérologique ?

Vanessa: Oui. J'ai eu mon fils en 95, c'était le début où les mamans étaient suivies avec les médicaments pendant la grossesse, pendant l'accouchement et l'enfant après la naissance, donc je savais comment m'y prendre. J'avais eu des informations par le biais de l'assistante sociale de la Plateforme sida et enfant qui disait que maintenant le risque de contamination mère-enfant était nul. Nous avons parlé avec mon ami à l'époque du fait que si nous voulions un enfant, nous pouvions envisager sans risque une grossesse. La manière de faire était encore une autre question.

Remaides: Est-ce que votre réflexion a évolué avec le «Swiss statement»?

Vanessa: Ça a changé oui. En 2005, quand j'ai fait part de mes envies de grossesse à mon médecin, elle m'a tout de suite conseillé de faire un suivi médical pour avoir une insémination. Je sais qu'entre autres le professeur Hirschel à ce moment là, et même déjà avant, disait à ses patients sous médicaments avec suivi médical qu'ils pouvaient avoir des relations sans préservatif. Mon médecin ne m'en a pas parlé. Elle était absolument contre à ce moment là. Pour elle, il fallait passer par une manipulation. Je n'étais pas très pour, j'aurais préféré que ce soit quelque chose qui se fasse naturellement. Mon mari étant musulman il disait: si dieu le veut, si dieu veut que nous ayons un enfant nous en aurons un, sinon nous n'en aurons pas. Maintenant j'ai un peu d'amertume vis-à-vis du médecin, je me dis que c'est dommage qu'elle ne nous ait pas autorisés à faire les choses différemment. Évidemment, nous avons tenu compte de ses recommandations, donc nous avons utilisé des protections. Je faisais des auto-inséminations après les rapports. Pendant 3 ans nous avons fait comme ça, et puis quand ils ont parlé officiellement du «Swiss statement», mon médecin m'a dit qu'effectivement, étant donné que j'étais indétectable et que j'étais sous médicaments, je pouvais abandonner la protection.

Remaides: Comment as-tu vécu ce moment ?

Vanessa: Quand les propos du professeur Hirschel sont sortis dans les journaux, j'ai montré les articles à mon mari et nous en avons parlé. Il avait tout à fait confiance. C'est moi qui avais plus de problèmes à accepter cela au départ. Parce qu'il y a toujours la culpabilité de se dire: si ça se passe mal.... Le préservatif représente une sécurité. Le fait de l'abandonner était assez angoissant au départ, pour moi plus que pour lui, étonnamment... Cela rendait les rapports plus compliqués. C'est aussi que j'ai été conditionnée pendant des années à utiliser les préservatifs. Il fallait «déprogrammer» cela. Après quelques temps nous avons pris l'habitude, ça allait mieux. Et puis c'est vrai que les traitements, les trithérapies ont changé beaucoup de choses. Mais c'est un petit peu le «piège», je me dis que je ne peux pas tellement arrêter mes traitements puisque ça permet d'avoir des relations sans préservatif.

Remaides: C'est quelque chose à laquelle tu as pensé ?

Vanessa: Oui. Parfois j'en ai quand même un petit peu assez de prendre mes traitements sans arrêt. Et puis à une certaine époque les médecins disaient qu'il fallait arrêter le traitement un moment, faire une pause thérapeutique. A un moment c'était mieux de faire des pauses, après ce n'était plus bien. Mais par rapport à nos relations, je ne peux pas me permettre d'arrêter. Ou alors il faudrait revenir en arrière ce qui est aussi possible, mais....

Propos recueillis par Céline Schaer


Ajouter un commentaire

TrackBacks (0)

Liste des articles qui référence la note: Témoignage: "Mon traitement me protège et me permet d'avoir des relations sans préservatif". .

TrackBack URL pour cette note: /cgi-bin/mt/mt-tb.cgi/402.



© 2008-2018 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum