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25 août 2010 

Procès Benaissa : 2 ans avec sursis requis

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Nadja Benaissa lors de son procès le 16 août 2010 à Darmstadt (Image: © 2010 AFP)

Le réquisitoire dans le procès de Nadja Benaissa, évoqué dans un de nos précédents billets, est tombé. Lors de sa plaidoirie finale du 25 août dernier, Peter Liesenfeld, procureur du tribunal de Darmstadt (Allemagne), a en effet réclamé une peine de prison de deux ans avec sursis à l'encontre de l'ex-chanteuse du groupe féminin allemand « No Angels », accusée d'avoir eu des relations sexuelles non protégées avec trois hommes entre 2000 et 2004, sans leur avoir fait part de sa séropositivité. Agée de 28 ans, l'ex-pop star est également soupçonnée d'avoir contaminé l'un de ces trois partenaires et risque, à ce titre, d'être condamnée à une peine de prison pouvant aller de 6 mois à 10 ans pour coups et blessures aggravés, sanction prévue par le code pénal allemand pour un tel chef d'accusation. Nadja Benaissa a admis les faits qui lui étaient reprochés à l'ouverture de son procès, tout en précisant qu'elle n'avait jamais voulu nuire à ses partenaires. Quant à son avocat, il invoque le principe de responsabilité partagée lors d'un rapport sexuel non protégé.

Du côté des acteurs allemands de la lutte contre le VIH/sida, on attend avec fébrilité le résultat de ce procès et on redoute unanimement une condamnation. Ainsi, Volker Mertens, porte-parole de la Deutsche AIDS-Stiftung, prévient qu'un verdict de culpabilité risquerait de laisser entendre au public qu'il vaut mieux ne pas se faire dépister, dans la mesure où une personne qui ignore sa séropositivité ne peut pas être justiciable. Et ce dernier d'ajouter qu'une condamnation de Nadja Benaissa équivaudrait à donner l'impression qu'une personne porteuse du virus assume seule la responsabilité d'un rapport sexuel sans préservatif. Un avis partagé notamment par Winfried Holz, président de la Deutsche AIDS-Hilfe, qui évoque l'inquiétude des porteurs du virus de se retrouver stigmatisés en tant que seuls responsables de la propagation de la maladie.

En effet, argumente Edwin J. Bernard dans un éditorial publié par le Guardian en date du 17 août dernier, "Les personnes séropositives à travers le monde - parmi lesquels Benaissa elle-même - sont les boucs émissaires de notre incapacité à prévenir les nouvelles infections à VIH. Plus que tout, c'est la stigmatisation en lien avec le VIH - exacerbée par le cirque médiatique qui accompagne ce type de procès - qui contribue à faire augmenter de manière drastique le nombre des nouvelles infections, et non l'individu contraint - de manière extrêmement rare, d'ailleurs - à faire face au système judiciaire." Bernard rappelle qu'à ce jour dans le monde 600 personnes vivant avec le VIH ont été condamnées pénalement dans plus d'une quarantaine de pays. Et que dans une large majorité des cas inventoriés, il n'y avait ni intention de transmettre, ni transmission effective du virus.

Le Groupe sida Genève, comme la grande majorité des organisations de lutte contre le sida et des associations actives dans la prévention de l'épidémie, se rallie à la position de l'ONUSIDA pour recommander l'abandon des lois, politiques et pratiques répressives en matière de transmission du VIH ou d'exposition au virus, lesquelles entravent les réponses efficaces face au VIH/sida. Car il n'a en effet jamais pu être démontré que la répression et les poursuites pénales puissent avoir un quelconque impact positif en termes de santé publique, qu'elles dissuaderaient les comportements à risque ou qu'elles favoriseraient la divulgation de la séropositivité aux partenaires sexuels. Au contraire, comme l'a reconnu le rapport de l'administration Obama le mois passé publié dans le cadre de sa nouvelle stratégie nationale de lutte contre le VIH/sida, "dans bien des cas l'existence et le renforcement de ces lois vont à l'encontre du savoir scientifique relatif aux modes de transmission et pourraient, de ce fait, miner les objectifs de santé publique de promotion du dépistage et du traitement du VIH."

D'ailleurs, comme le souligne Edwin Bernard, la plupart des nouvelles infections à VIH diagnostiquées dans le monde proviennent de personnes séropositives ignorant leur statut sérologique.


Source : LEMONDE.FR avec AFP


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