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17 mars 2011 

Etats-Unis: les politiques du Mississippi attisent l'épidémie de VIH

Source: Human Rights Watch

2011_US_MississippiHIV.jpgLes stratégies en vigueur au Mississippi entravent l'accès à l'information, à la prévention et au traitement du VIH.

(Jackson, Mississippi, le 9 mars 2011) - Des milliers d'habitants de l'État du Mississippi sont exposés au risque de séropositivité, et nombre de ceux qui sont infectés se voient refuser des mesures et un traitement salvateurs en raison de lois et de politiques d'État contre-productives, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié le 9 mars.

Au lieu d'adopter des stratégies efficaces en matière de prévention et de traitement du VIH, le Mississippi soutient des politiques qui encouragent la stigmatisation et la discrimination, attisant ainsi l'un des taux de prévalence du sida les plus élevés du pays, a commenté Human Rights Watch.

Le rapport de 59 pages, intitulé « Rights at Risk: State Response to HIV in Mississippi » (« Des droits menacés : La réponse inadéquate du Mississippi au risque de transmission du VIH »), renseigne sur les effets néfastes qu'ont les politiques en vigueur dans le Mississippi sur les habitants de cet État, notamment sur les personnes séropositives et sur celles chez lesquelles le risque de contracter le virus est élevé. Le Mississippi refuse de fournir aux étudiants des informations complètes et précises sur la prévention du VIH et menace de sanctions pénales toute personne qui s'abstiendrait de divulguer sa séropositivité à ses partenaires sexuels.

Par ailleurs, le Mississippi n'accorde qu'un financement minime, pour ne pas dire inexistant, à la prévention du VIH, ainsi qu'aux programmes de logement, de transport ou de délivrance de médicaments sous ordonnance réservés aux personnes séropositives ; en outre, l'État ne tire pas pleinement parti des subventions fédérales destinées à soutenir ces programmes. La moitié des personnes séropositives du Mississippi ne se font pas traiter, soit un taux comparable à celui du Botswana, de l'Éthiopie et du Rwanda.

« De nombreuses personnes séropositives qui vivent dans le Mississippi ne peuvent se rendre dans une clinique, n'ont pas les moyens de se faire soigner et ne parviennent pas à se mettre un toit sur la tête, tandis que les jeunes gens n'arrivent pas à obtenir des informations essentielles sur les méthodes de protection », a déclaré Megan McLemore, chercheuse senior auprès de la division Santé et Droits humains à Human Rights Watch. « Ces défaillances du système de santé publique menacent les droits fondamentaux à la vie et à la santé de tous les Mississippiens. »

Pour les besoins de ce rapport, Human Rights Watch a interrogé plus de 65 personnes à travers l'État du Mississippi, dont des personnes qui vivent avec le VIH et le sida, des prestataires de services aux personnes atteintes du sida et des fonctionnaires.

Dans le Mississippi, les taux d'exposition au VIH les plus élevés concernent les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, tandis que les femmes hétérosexuelles constituent le deuxième groupe le plus affecté par la maladie. Le taux d'infection des jeunes Mississippiens par le VIH augmente rapidement, et les disparités raciales au niveau des infections par le VIH et le sida sont considérables. Les Afro-Américains constituent ainsi 37 % de la population, mais 76 % des nouveaux cas de VIH.

« Le VIH fait des ravages considérables parmi les communautés afro-américaines du Mississippi », a observé Megan McLemore.

Un homme et son épouse, tous les deux séropositifs, ont été interrogés par Human Rights Watch. Affaibli par le sida, l'homme est en fauteuil roulant, et le couple vit dans la peur constante d'être expulsé, ses maigres revenus suffisant à peine à payer le loyer. Bien que l'importance cruciale du logement dans le maintien en bonne santé des personnes séropositives ait été démontrée, et en dépit des estimations de l'État selon lesquelles les demandes de logement de 3 500 personnes séropositives resteront insatisfaites au cours des cinq prochaines années, le Mississippi ne finance pas le logement des personnes atteintes du VIH ou du sida.

« Nous survivons par la grâce de Dieu, mais c'est à peu près tout », a expliqué Sheila R. (un pseudonyme) à Human Rights Watch concernant les difficultés qu'elle et son époux rencontrent au quotidien pour satisfaire leurs besoins élémentaires.

Le Mississippi faisant partie des États américains les plus pauvres, il peut prétendre à des fonds fédéraux substantiels qui pourraient appuyer les services de logement et de soins de santé réservés aux personnes atteintes du VIH/sida. Pourtant, il n'a jamais profité pleinement de la mise à disposition de ces fonds. L'État a récemment engagé des poursuites afin de bloquer une législation nationale sur la réforme des soins de santé qui élargirait l'éligibilité à la couverture Medicaid à de nombreuses personnes vivant avec le VIH, les coûts étant majoritairement pris en charge par le gouvernement fédéral.

D'après le rapport, en refusant d'accepter le soutien fédéral dédié à ses résidents séropositifs, le Mississippi contribue à engendrer un taux de mortalité dû au sida qui est bien plus élevé que la moyenne nationale.

En outre, le Mississippi s'accroche à des stratégies infructueuses en matière d'éducation sexuelle et d'information sur le VIH, selon Human Rights Watch. Cet État enregistre en effet les taux de chlamydia, de blennorragie et de syphilis les plus élevés du pays, des maladies sexuellement transmissibles qui peuvent considérablement accroître le risque d'infection par le VIH.

Pourtant, les pouvoirs législatifs de l'État s'obstinent à refuser d'approuver des campagnes d'information complètes et précises sur la prévention du VIH et des grossesses, insistant dans les écoles publiques sur des programmes qui mettent en avant l'abstinence comme seule méthode de prévention envisageable, alors que son inefficacité est avérée. Par conséquent, selon Human Rights Watch, les adolescents se voient refuser une information potentiellement salvatrice, s'exposant par là même à un risque inutile d'infection par le VIH.

Les lois et politiques du Mississippi contribuent à l'extrême stigmatisation associée au VIH, celle-ci étant pour de nombreuses personnes plus redoutable que la maladie en elle-même, a constaté Human Rights Watch. L'une des femmes interrogées a déclaré à Human Rights Watch qu'elle jetait les médicaments qu'elle utilise pour traiter son sida lorsqu'elle rend visite à sa famille, de peur que celle-ci ne s'aperçoive de sa séropositivité.

Human Rights Watch a constaté que les lois et politiques du Mississippi attisent le problème en encourageant la discrimination et les préjugés à l'encontre des personnes vulnérables et perçues comme étant vulnérables au VIH. De nombreuses dispositions juridiques, dont des amendements constitutionnels, défavorisent les personnes homosexuelles, et les lois de l'État qui régissent l'éducation sexuelle marginalisent les jeunes populations lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres. Dans certains cas, il s'avère que des professionnels de la santé publique harcèlent et menacent les personnes séropositives.

Human Rights Watch a également décrit les conséquences néfastes des lois mississippiennes qui criminalisent le fait d'exposer d'autres personnes au risque éventuel de contracter le VIH.

Des organismes de santé américains et internationaux ont ainsi réclamé le rejet de ces lois qui nuisent aux efforts de prévention contre le VIH. Elles encouragent en effet la désinformation sur la transmission du virus, par exemple en indiquant que les crachats et les morsures sont associés à la propagation du virus alors qu'ils ne le sont pas. Elles menacent également la santé et la sécurité des femmes séropositives, qui peuvent craindre des actes de violence ou d'autres conséquences négatives si elles divulguent leur statut. Enfin, ces lois pénalisent les personnes qui ont connaissance de leur séropositivité, et dissuadent donc de nombreux individus de faire un test de dépistage.

Au Mississippi, le plus fort taux de propagation de l'épidémie de VIH concerne les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, une population qui reste en grande partie secrète et hors de portée des services de santé publique.

Le rapport indique que les lois du Mississippi qui interdisent aux homosexuels d'adopter, les amendements constitutionnels qui proscrivent le mariage entre homosexuels et d'autres lois et politiques défavorables aux personnes homosexuelles contribuent au problème en encourageant les préjugés et la stigmatisation. Un homme a ainsi déclaré à Human Rights Watch : « Être gay et séropositif au Mississippi est une malédiction effroyable. »


« La stratégie du Mississippi à l'égard du sida ne fonctionne pas », a conclu Megan McLemore. « Le Mississippi doit actualiser ses politiques, prévoir un financement adéquat et respecter les droits humains. »


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