contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

4 avril 2011 

"Avec davantage de dépistage, il n'y aurait plus de Sida dans 30 ans"

nouvelObs.com, journal d'actualite en temps reel Source: Nouvel Obs

Bruno Spire, président de l'association AIDES, se bat chaque jour pour faire évoluer les regards envers les personnes séropositives. Interview par Héloïse Leussier.

Les gens qui transmettent le plus le sida sont ceux qui ne le savent pas, comment remédier à ce problème ?

- L'association AIDES continue de se battre pour que les personnes aient plus souvent l'occasion de se faire dépister. Il faut faire plus de dépistages, pour que les gens soient traités plus tôt. Par exemple, dans la communauté gay parisienne, une personne sur six est séropositive, et parmi ces gens, 20% ne le savent pas, ce qui aggrave le risque de transmission. Le dépistage et le traitement permettent de diminuer de 99% ce risque de transmission.

Si tous les séropositifs pouvaient être dépistés et avoir accès aux soins, il n'y aurait plus de sida dans 30 ans. Le problème, c'est les moyens. Par exemple, notre association a démontré l'intérêt du dépistage communautaire, qui a été annoncé dans un arrêté du Ministère de la Santé signé par Roselyne Bachelot en 2010. Mais on tarde à nous donner les moyens de le mettre en place.

De plus, le gouvernement a annoncé un plan national contre le sida, mais en même temps les subventions pour les associations ont été réduites de 3 à 14% cette année. Pour l'association AIDES les subventions sont diminuées de 1 million d'euros, alors que nous avons besoin de ces financements.

Quelles sont les priorités ?


- Sur le plan du traitement, il y a eu énormément d'avancées. Le sida est devenu une maladie "chronique" qui est assez maitrisée. Les séropositifs ont maintenant une espérance de vie comparable à la population générale et les traitements sont beaucoup moins lourds qu'avant.

Le problème, c'est sur le plan sociétal. Les personnes séropositives sont toujours sujettes aux discriminations, ce qui entraîne beaucoup de souffrance. Les séropositifs font souvent partie des populations discriminées : les gays, les migrants, les prostitués, les toxicomanes. Ces personnes sont trop souvent mises à part et il faut que les regards évoluent.

Comment lutter contre les discriminations envers les personnes séropositives ?

- L'association AIDES permet aux personnes séropositives de s'exprimer et de partager leur vécu. Nous apportons une aide psychologique. Nous encourageons les personnes atteintes du sida à témoigner, pour montrer que nous sommes des personnes comme les autres. Notre mission, c'est de transformer la société, nous sommes des militants et nous voulons faire évoluer les regards, il faut que les séropositifs puissent se faire entendre.

J'ai l'impression qu'on parle du sida seulement deux fois par an : le 1er décembre lors de la journée mondiale de lutte contre le sida et le week-end du Sidaction. Alors qu'il faudrait en parler beaucoup plus souvent.

Dans les années 90, les médias parlaient beaucoup plus du sida que maintenant. Probablement parce que les gens mourraient plus du sida. Depuis que les traitements sont arrivés, les séropositifs meurent moins du sida et on en parle moins. Alors qu'il reste beaucoup à faire.

Le Parlement a proposé une loi pour réduire le droit d'accès aux soins pour les migrants, qu'en pensez-vous ?

- C'est dramatique, car cela remet en compte le droit à la santé. Si les migrants ne peuvent plus être dépistés et avoir accès aux traitements, le problème va s'aggraver.

Le droit à la santé doit être considéré comme un droit de l'Homme. Seulement 25% environ des personnes séropositives dans le monde on accès à un traitement, ce n'est pas normal. Avec un peu plus de moyens, on pourrait apporter rapidement des solutions. Par exemple Nicolas Sarkozy a parlé de "taxe sur les transactions financières", cela pourrait permettre d'amener des financements pour la santé. Mais rien n'a été fait, il s'est contenté de belles paroles.

Interview de Bruno Spire, président de l'association AIDES, par Héloïse Leussier.
(le dimanche 3 avril 2011)
Nouvelobs.com


Ajouter un commentaire

TrackBacks (0)

Liste des articles qui référence la note: "Avec davantage de dépistage, il n'y aurait plus de Sida dans 30 ans".

TrackBack URL pour cette note: http://sidablog.ch/cgi-bin/mt6/mt-tb.cgi/690.



© 2008-2020 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum