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7 novembre 2011 

Tribune de Genève: Gare aux bonnes affaires promises par les caisses

Source: Tribune de Genève A l'heure de changer d'assurance maladie, il faut veiller à ne pas se tromper en choisissant un système alternatif. Certains assurés ont fait de mauvaises expériences.

Lilo Gogel a 68?ans. Cette retraitée, ancienne monteuse en film, est l'une des nombreuses déçues des modèles alternatifs proposés par les assurances maladie. «Comme mon médecin de famille arrivait à la retraite, j'ai décidé d'en choisir un dans la liste que Helsana me proposait, raconte-elle. Mais une année après, j'ai été informée qu'il ne faisait plus partie de la liste et que je devais en choisir un autre. Je ne suis pas du genre à changer de médecin comme de chemise! Je paie donc 20?francs de prime supplémentaire pour pouvoir conserver ce praticien.» Fâchée, cette Nyonnaise a écrit à sa caisse maladie pour se plaindre. Elle se voit alors proposer un contrat basé sur un autre modèle: le réseau de soins (HMO).

«En regardant la liste, je me suis rendue compte que tous les médecins du réseau étaient basés à Lausanne. Et que je devrais y aller si je me cassais un bras...» Conclusion de Lilo Gogel? «C'est pour les jeunes. Mais à partir d'un certain âge, je ne crois plus à ces systèmes.» Reste que cette Nyonnaise a eu la bonne idée de ne pas signer le deuxième contrat. Ce n'est pas le cas de tout le monde... Un habitant de la Veveyse (FR) a justement opté pour un nouveau contrat d'assurance HMO. Dans l'année qui a suivi, il est tombé malade et a dû être hospitalisé dans le cabinet que l'assurance lui imposait. Il s'est retrouvé à Morat, à l'autre bout du canton, et s'est vu soigné... en allemand.

En cette période de changement de caisse, les modèles alternatifs sont à la mode. Selon le comparateur Bonus.ch, il s'agirait de plus de 80% de demandes d'offres enregistrées. Ils permettent aux assurés d'économiser entre 5 et 25% sur le modèle de base. Mais, en échange, le client accepte de renoncer à une certaine liberté de choix des fournisseurs de soins. Il existe quatre grands groupes. D'abord, le médecin de famille: l'assuré s'engage à toujours consulter ce médecin en premier lieu. C'est ensuite à ce généraliste de l'aiguiller, si nécessaire, vers un spécialiste. Deuxième groupe: les réseaux de soins (HMO). Il s'agit de médecins réunis dans un cabinet que le patient doit consulter. Troisième catégorie: la télémédecine. Le patient doit appeler un centre de conseil médical avant de se rendre chez le médecin. Enfin, le quatrième groupe, plus rare, consiste en une limitation du choix de la pharmacie ou les bonus qui fluctuent en fonction des remboursements.

En tout, une cinquantaine de produits sont désormais proposés par les différentes assurances. Et difficile de s'y retrouver puisque certaines offres contiennent plusieurs restrictions. «Ce n'est pas comme le modèle de base, où il suffit de comparer les prix puis de choisir la prime la moins chère tout en étant sûr d'avoir les mêmes prestations», met en garde Valérie Muster, juriste à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Et d'ajouter: «Dans les modèles alternatifs, les prestations varient énormément et chacun doit vérifier si les restrictions peuvent lui convenir.»

«Comme jouer à la roulette»

«Même avec une formation académique, les gens ne comprennent pas toujours ce qu'ils sont en train de signer, résume Jean-François Steiert de l'Association suisse des patients. Ces modèles alternatifs, c'est comme jouer à la roulette. Si vous êtes un jeune homme de 25?ans, vous avez de bonnes chances de gagner. Par contre, pour une femmes de 83?ans, ce n'est pas une bonne idée de jouer.» Pour le conseiller national (PS/FR), il n'y a qu'une philosophie en la matière: au moindre doute, se renseigner et surtout se faire conseiller. Jean-François Steiert craint que l'ensemble des assurés ne paie pour une minorité de bons risques que les assurances attirent avec les modèles alternatifs. Mauro Poggia, président de l'Association des assurés à Genève, acquiesce: «Ces modèles ne sont qu'un emplâtre sur les coûts de la santé au niveau national et, au niveau individuel, ils comportent des risques pour les assurés.»

«C'est du bricolage»

En fait, aucun modèle ne trouve grâce aux yeux du nouvel élu MCG au Conseil national: «Comment voulez-vous économiser de l'argent en obligeant un patient qui souffre du dos à consulter systématiquement un médecin généraliste en premier lieu?» Pire, le Genevois craint au final une détérioration de la qualité des soins: «Dans les réseaux, les médecins ne sont pas payés à l'acte qu'ils accomplissent mais reçoivent un forfait annuel pour le nombre de patients dont ils s'occupent. Alors que le patient est convaincu d'avoir en face de lui un médecin qui ne pense qu'à poser un bon diagnostic et lui prodiguer les meilleurs soins, le praticien, lui, a peut-être en tête les éventuels coûts pour sa clinique...» Conclusion de Mauro Poggia: «Pour ceux qui peuvent en profiter, pourquoi ne pas opter pour les modèles alternatifs. Mais cela ne peut durer qu'un temps. C'est du bricolage. Seul l'Etat pourrait entreprendre une vraie réforme de fond.»


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