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27 mars 2012 

MSF: Lutte contre le VIH/sida et la tuberculose, la chute libre ?

par Miguel Limpo

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Sur fond de crise financière mondiale, la récente annulation du Round 11 du Fonds mondial met en danger les avancées historiques obtenues dans la lutte contre le VIH/sida et la tuberculose. A l'occasion de la conférence AFRAVIH à Genève, l'organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) lance un cri d'alarme.

Il n'y a plus de temps à perdre. MSF demande à l'ensemble des responsables publics des pays concernés de réaffirmer leur volonté politique de mettre sous traitement 15 millions de personnes avant 2015, et de soutenir les stratégies médicales prometteuses qui permettront d'atteindre cet objectif. MSF appelle à une réunion d'urgence pour garantir, dès 2012, de nouvelles possibilités de financement.

« Si des progrès considérables ont pu être accomplis dans le traitement du sida ces dix
dernières années, c'est parce qu'une volonté politique existait, que des avancées médicales ont été réalisées et qu'une production de médicaments génériques a pu être simultanément développée » explique le Dr. Annick Antierens, Directrice médicale adjointe de MSF. « Il est impensable qu'en raison du manque d'engagement politique et de financement, ces acquis et cette dynamique soient remis en question. »

Jamais l'espoir de maîtriser l'épidémie de VIH/sida n'a été aussi grand. La décentralisation de l'offre de soins qui s'appuie sur la délégation des tâches et la participation des communautés, a permis d'élargir l'accès au traitement. Traiter plus tôt permet de garder les personnes en bonne santé, d'éviter de surcharger les structures de santé et de diminuer la transmission du virus. De meilleurs traitements comme le ténofovir, moins toxiques et plus faciles à prendre, permettent aussi d'améliorer la prise quotidienne pour les patients.

Dans son rapport En Chute Libre, MSF détaille les conséquences du manque de
financement pour les personnes vivant avec le VIH/sida et la tuberculose dans les différents pays où l'organisation travaille. Dans de nombreux pays, la volonté politique existe pour permettre par exemple d'étendre les programmes de lutte contre la transmission mère-enfant, le traitement et le dépistage des nourrissons. Mais le retrait des bailleurs risque de porter un coup fatal à la dynamique positive en place.

Ceux qui attendent toujours d'être pris en charge pourraient voir cette promesse s'envoler pour de bon comme au Malawi, au Lesotho et en Ouganda, où les mises sous traitement sont ralenties. En République démocratique du Congo, le traitement est déjà rationné ; seuls 2000 nouveaux patients ont été mis sous traitement en 2011, soit cinq fois moins que l'année précédente, alors que le taux de couverture des ARV reste inférieur à 15%. Au Myanmar, une pénurie de traitement contre la tuberculose multi-résistante est déjà annoncée. Alors que 9 300 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année seuls 3% sont soignés.

« Le volte-face politique actuel, au moment même où des stratégies médicales très
prometteuses pourraient se mettre en place, constitue un véritable camouflet » poursuit le Dr. Antierens. « Des milliers de vies sont en jeu. Les équipes médicales vont à nouveau être placées devant le dilemme de ne pas pouvoir soigner tous les patients qui doivent être traités. Il n'est pas éthique de tester des patients sans avoir de traitement à offrir. »

Ces décisions se paieront cher en termes de santé publique et d'impact sur les sociétés. Les systèmes centralisés perdureront alors qu'une offre de soins au plus près des patients est plus efficace et moins coûteuse. Des traitements améliorés - qui existent déjà - ne pourront pas être adoptés, alors qu'ils favorisent l'adhérence et ont moins d'effets secondaires. Finalement, le foyer épidémique de tuberculose multi-résistante risque de poursuivre son inexorable expansion, tant au niveau régional que mondial.

L'absence totale de prévisibilité sur les fonds disponibles au-delà de 2014 met en péril toute prise en charge supplémentaire de ces maladies chroniques. Qui voudra se lancer dans le traitement de nouveaux patients avec une visibilité de financement à seulement 1 ou 2 ans?


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