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16 juin 2012 

Témoignage: Managed Care

Ce dimanche, nous voterons pour une révision de la loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal), révision qui est connu sous l'appellation « Managed Care ». On nous promet avec fanfare que cette révision, non seulement fera baisser les coûts, mais renforcera la solidarité entre assurés et en particulier à l'égard des assurés touchés par des maladies chroniques.

Le « Managed Care » veut, par le biais d'une sanction financière, inciter les gens à ne pas abuser des prestations de l'assurance obligatoire des soins en limitant leur libre choix de l'accès aux prestations. En réduisant les coûts engendrés par ces abus, le principe de la solidarité entre assurés resterait acceptable à long terme pour la majorité de la population.

Avant de se lancer dans cette aventure, il serait bon de revenir sur une autre modification de la LAMal qui devait, en réduisant les coûts, garantir la pérennité de la solidarité en sanctionnant les abuseurs. Dans ce cas il s'agissait de la masse innombrable de personnes qui refusaient de payer leurs primes.

Nous venons de passer six années qui ont pourri la vie à près de 150'000 assurés frappés d'une décision de suspension. Six années durant lesquelles des personnes atteintes de maladies chroniques ont même risqué leur vie par faute des moyens pour payer les primes. Des primes, que tous aujourd'hui reconnaissent, sont trop élevées pour un grand nombre d'assurés.

Entre temps, le pays est peu à peu revenu à la raison. Le droit des assureurs de suspendre leurs clients, - c'est-à-dire nous, les assurés - à été biffé. Seule les cantons sont en droit de déterminer si l'assuré est mauvais payeur ou insolvable. Depuis le 1er janvier 2012, les personnes qui ont le plus besoin de traitements et de soins ne risquent plus de voir ceux-ci interrompus.

Ce qui suit est le témoignage d'une assurée qui a été confrontée non pas une fois, mais deux fois à cette réglementation. Réglementation égoïste et dangereuse qui est aux antipodes du fondement même de toute société qui se respecte: la solidarité.

Première partie

Cela faisait deux années que j'étais au chômage et j'étais en fin de droit. Je me suis retrouvée à l'aide sociale. J'étais toute seule et je recevais mille huit cent francs par mois

Je faisais des efforts toujours pour trouver du travail. Comme je suis une personne dynamique et que j'aime travailler, je faisais toujours mes recherches.

J'ai finalement pu trouver du travail dans une société de la place, dans la restauration dans les trains. Au début, au moment du recrutement, un monsieur nous avait dit que nous allions commencer avec un salaire bas pendant deux mois et après il y aurait une augmentation.

Le premier mois, j'étais très contente d'avoir retrouvé du travail, et je me donnais à fonds. J'aimais mon activité. Pendant tout le voyage je travaillais debout. Le train roulait à vive allure, et moi, je m'occupais de la restauration avec des plateaux de café ...Ce n'était vraiment pas facile.

A cette époque, je payais un loyer de Fr. 1800.- et mon salaire était de Fr. 2300.- net. Je payais Fr.400.- la caisse maladie. J'avais une colocataire, qui louait une des deux chambres.

Malgré cela, c'était encore insuffisant pour vivre, pour payer les factures. Je payais la caisse maladie Fr. 400.- et je n'avais plus le subside. Et deux mois après, l'augmentation que le chef du personnel nous avait promise n'est pas venue.

Entre-temps j'étais sous trithérapie, et j'ai dû arrêter le travail. Depuis quatre mois, je n'avais plus pu payer les primes. Je suis allée revoir l'assistante sociale, qui a refait la demande de subsides pour moi. La demande a été acceptée.

Maintenant la caisse maladie me réclamait les arriérés des quatre mois passés. L'assistante sociale a fait une demande de prise en charge des arriérés de la caisse maladie. Les subsides ne voulaient pas (prendre en charge les arriérés) et me reprenait seulement à la date où on avait fait la demande. Les arriérés ce n'était pas leur problème tant que je travaillais.

Donc je me suis retrouvée avec la facture des arriérés et je ne pouvais pas la payer. Quelques mois après, la caisse maladie m'écrit une lettre me disant que si je ne payais pas ces factures dans le délai imparti, ils ne prendront plus à charge mes frais de santé.

Et ça c'était vraiment un coup de tonnerre pour moi. C'était très difficile. A chaque fois que je voyais le médecin, la caisse maladie me renvoyait la facture à la maison. J'ai pris la décision de ne pas continuer à m'endetter. Il valait mieux que j'arrête d'aller chez le médecin.

J'ai commencé à sentir la maladie. Elle a commencé à se déclarer en moi par des démangeaisons jusqu'à ce qu'un soir je n'en pouvais plus. Au début je croyais que c'étaient de simples allergies, parce que je n'étais jamais arrivée à ce stade là. Je suis allée deux fois aux urgences, la nuit, mais sans résultat.

Finalement, j'ai appelé mon médecin qui m'a dit de passer au cabinet. J'avais encore des réticences mais il m'a rassuré et m'a dit: « l'argent, les factures on verra après, mais demain je veux vous voir au cabinet ». Il m'a fait tout de suite la prise de sang et deux jours après les résultats montraient que j'étais à 23 CD4. Moi, qui avais les CD4 à 600 au dernier bilan.

Il m'a tout de suite prescrit d'abord l'ordonnance. « Va vite chercher le médicament et les antibiotiques ». Il m'avait même mis directement sous antibiotiques, et je suis allée prendre la trithérapie.

A partir de là, j'ai repris le traitement et mon médecin a écrit des courriers pour faire comprendre à la caisse-maladie qu'on trouverait une solution pour les arriérés et que la caisse maladie devrait prendre en charge mes factures parce que mon état c'était aggravé.

Jusque là, la caisse maladie avait toujours refusé de rembourser, mais maintenant, quand j'envoyais les factures, la caisse maladie ne me les renvoyait plus. J'avais téléphoné, j'avais écrit, mes lettres étaient toujours restées sans réponse. Mais la lettre du médecin avait été prise au sérieux.

La caisse maladie m'a écrit une lettre pour me menacer encore pour les arriérés et j'ai cherché un arrangement avec eux. Ils m'ont proposé de payer 100 francs par mois. Mais 100 francs, c'était trop pour moi. Je leur ai proposé 50 francs et maintenant j'ai un accord avec la caisse maladie.

C'est que la personne n'est pas importante pour eux, c'est l'argent qui est important. C'est vrai. Nous sommes dans une société où l'argent commande tout. J'ai vraiment du dégoût pour leur système. Mais l'être humain reste important et au-dessus de tout. Ce n'est pas l'argent. L'argent ne fabrique pas un être humain.

Avant mon bilan de décembre j'étais de nouveau à 150 CD4. Je commence à monter. Après à peu près 12 mois de traitement. 150 ce n'est pas beaucoup. Ce serait beaucoup si on arrive dans les 300 - 400. Je suis en train de récupérer petit à petit, et ça semble aller.

Deuxième partie

J'avais déménagé du canton de Vaud à Genève. Je remboursais un temps encore les arriérés à la caisse maladie mais faute de moyens je n'y arrivais plus.

Vaud ne versait plus d'aide vu que j'avais quitté le canton. Genève ne voulait pas entrer en matière car cela datait d'avant mon déménagement. L'Hospice passait des téléphones avec le canton de Vaud qui n'amenaient à rien.

J'ai trouvé un premier petit boulot mais cela n'a pas duré. Les démarches administratives duraient et c'était presque deux mois jusqu'à ce que la commune confirme l'inscription.

Il restait encore les arriérés de septembre et octobre à rembourser. Finalement le canton a décidé qu'il allait payer. L'assistante sociale a ensuite téléphoné avec la caisse maladie pour les avertir que les arriérés seraient versés, mais la caisse a tout de même suspendu le remboursement des prestations.

J'ai reçu le courrier en mai. J'étais choquée. C'était la deuxième fois que je me retrouvais dans cette situation. La lettre indiquait que je pouvais tout de même accéder aux soins contre facture mais, la pharmacie refusait de me donner mes médicaments sans paiement.

Au Groupe sida Genève on m'a dit de retourner à la pharmacie et de demander la lettre de confirmation du refus. (N.d.l.r. attestation de non-remise de médicaments) et d'aller à une des deux pharmacies mandatées par le canton pour me faire remettre les médicaments.

Après le paiement par l'Hospice, la caisse a encore traîné avec le courrier indiquant à la pharmacie que la suspension était levée. La facture avait été payée début août mais début septembre la poursuite était encore là. La pharmacie m'a encore refusé les médicaments fin septembre.

C'est en octobre que j'ai finalement pu retourner à ma pharmacie proche de chez moi prendre mes médicaments. Maintenant tout est en ordre. Mes ordonnances sont remplies comme si de rien était, du jour au lendemain. Un jour humiliée et puis, comme si de rien n'était, je pouvais prendre mes médicaments.

La lettre de la caisse affirmait que je pouvais encore accéder aux soins mais ce n'était pas vrai. La pharmacie me refusait les médicaments contre facture et le médecin n'était pas remboursé. Comment je peux aller chez le médecin si la caisse ne rembourse pas ? Je ne pourrai plus, ce serait des dettes en plus.

J'attends de refaire un bilan le mois prochain. Mes CD-4 remontent lentement. Ils sont tombés de 600 à 28 en 2 mois, mais ils ne sont pas remontés à ce niveau depuis une année.

Au lieu de protéger les assurés, l'État protège les caisses maladie. La priorité, c'est l'argent pour les caisses. L'être humain n'est rien. Sauf si vous pouvez payer.


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