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25 juillet 2012 

TASP: C'est simple, c'est complexe mais c'est surtout de nouveau sans nous !

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C'est devant une salle comble et applaudissant à grand bruit leurs champions respectifs que Sean Strub et Julio Montaner se sont livrés un duel émotionnellement chargé autour du traitement en tant qu'outil de prévention et de son impact aussi bien sur les personnes vivant avec le VIH que plus généralement sur la lutte contre le VIH/sida.

Le Prof. Montaner, Directeur du Centre d'Excellence VIH/SIDA de Colombie-Britannique (Canada), a ouvert la session par un appel enflammé à mettre en œuvre le concept de détection et traitement pour la prévention qui a, selon lui, fait toutes ses preuves depuis le lancement du projet pilote STOP HIV/AIDS dans les villes canadiennes de Vancouver et de Prince George en 2010.

Chiffres à l'appui, Montaner - un des principaux architectes de STOP HIV/AIDS - s'est efforcé de démontrer l'efficacité de l'expansion du traitement antirétroviral (ARV) sur le taux de mortalité dû au sida ainsi que sur le taux de nouvelles infections et de ce fait l'adéquation du traitement comme principal outil de prévention dans l'arsenal connu aujourd'hui.

Soulignant que l'impact positif sur l'état de santé de la personne vivant avec le VIH restait le premier objectif de la mise sous ARV, Julio Montaner a insisté sur le fait que la stratégie dite du TASP (Treatment AS Prevention, le traitement ARV comme outil de prévention de la transmission du VIH) est une "opportunité unique pour nous d'ouvrir la porte à une génération sans sida". STOP HIV/AIDS s'est en effet traduit, en Colombie-Britannique, par une chute très significative de la mortalité et du nombre de nouvelles infections dans tous les groupes vulnérables, y compris chez les usagers de drogue par injection.

Facteurs-clés du succès de cette stratégie: la gratuité des traitements, des services médicaux et des analyses de laboratoires ainsi que l'absence de toute quote-part, franchise ou frais pour le patient dans le système de santé de la Colombie-Britannique.

Kenneth Mayer, de Fenway Health, spécialisé dans l'accès aux soins de la communauté LGBT à Boston (USA), a jugé quant à lui quelque peu simpliste la vision du Prof. Montaner et souhaité attirer l'attention sur la complexité d'application du TASP: "Les disparités entre les systèmes de santé risquent de se creuser encore plus. Les coûts de mise en œuvre et la priorisation des bénéficiaires restent problématiques."

Benedict Xaba, Ministre de la santé du Swaziland, a pour sa part présenté les succès de la massive montée en puissance de l'accès aux ARV dans son pays, avec pour résultat un taux impressionnant de couverture de 80%. Aujourd'hui le Swaziland recommande la mise sous traitement de toutes les personnes vivant avec le VIH.

Anita Asiimwe, Secrétaire de la Commission nationale de contrôle du Rwanda, a décrit les difficultés rencontrées par les acteurs dans le programme destiné aux femmes enceintes et aux couples sérodiscordants , qui obtient un taux d'adhésion national de 92%. Le problème sérieux rencontré étant celui de la priorisation et de l'inégalité d'accès aux traitements pour les personnes ne faisant pas partie de ces deux groupes-cibles.

Le ton de la discussion est monté lorsque Sean Strub, Coordinateur de l'organisation communautaire SERO Project (Memphis, USA), s'est dit déçu et agacé par ce débat, dont il a sarcastiquement comparé la teneur à celle de la question "La crème glacée est-elle excellente ou simplement bonne?"

Affirmant que des données existent pour démontrer un risque réel de résistances ou d'effets secondaires en raison des toxicités des ARV, Sean Strub a tenu à exprimer à quel point il était offensant pour les personnes vivant avec le VIH d'entendre parler de la nécessité d'accès au traitement universel pour les besoins de la prévention, alors que même aux Etats-Unis certains séropositifs ne pouvaient pas recevoir le traitement indispensable à leur propre survie. "Le concept même de TASP renforce la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH comme vecteurs de maladie", a-t-il ajouté.

"L'expansion des ARV en Colombie-Britannique ne s'est pas faite sans nombre de problèmes éthiques ou de confidentialité qui ne sont même pas évoqués dans le débat actuel", proteste Sean Strub, lequel a fait valoir que "c'est précisément parce que les droits fondamentaux des personnes vivant avec le VIH ont été négligés tout au long de ces 30 dernières années que l'épidémie de sida s'est répandue."

"Les partisans du TASP agissent comme si le débat était clos et ignorent les opinions des personnes principalement concernées: celles qui doivent prendre ce traitement." Strub a vigoureusement accusé les partisans du TASP de vouloir imposer aux personnes vivant avec le VIH une stratégie de prévention qui fait fi de leur santé et des droits de l'homme.

C'est également le message qu'a fait passer Susan Timberlake, Senior Advisor pour les Droits de l'homme de l'ONUSIDA, dans une session parallèle consacrée précisément aux droits de l'homme et l'accès au TASP: "La stigmatisation et les discriminations sont les moteurs de l'épidémie et les mesures biomédicales proposées ne suffiront pas, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le milieu médical, pour éliminer ces facteurs."

Le principe stratégique du TASP, c'est simple, c'est complexe mais c'est surtout de nouveau sans nous? s'interrogent les personnes concernées. Allons-nous répéter les erreurs du passé et avancer aujourd'hui vers une stratégie de lutte contre le VIH qui place les besoins de santé publique au centre et relègue les intérêts des personnes vivant avec le VIH au rôle de faire-valoir?


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