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8 septembre 2012 

Des bars gay disparaissent, leur importance demeure

Source: Le Courrier - Amit Juillard

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Avec la fermeture du K-36 ce soir, ce sont pas moins de quatorze lieux communautaires de nuit qui ont fermé ces dernières années à Genève.

Ce soir, après le set du DJ électro LuLùxpo, le rideau tombera définitivement sur le K-361. Le mini-club gay fermera ses portes à la suite de problèmes avec le voisinage et des difficultés financières, propres à la taille du local notamment. Depuis 2005, quatorze espaces nocturnes communautaires ont disparu, pour diverses raisons. Ces fermetures s'inscrivent-elles tout simplement dans un contexte de crise pour le milieu de la nuit genevois, ou la fonction de ces lieux a-t-elle changé à travers les ans?

Le cas genevois

«Genève est une petite ville», rappelle Rolan Delorme, un des responsables du K-36. Et les bars gay y rencontrent les mêmes soucis que les autres: finances difficiles, voisinage, coûts de location élevés, etc. Sur ce point, Pierre Ogay, propriétaire du Phare, bar «mixte» et haut lieu de la scène homosexuelle genevoise, ajoute que, de manière générale, «les politiciens ne comprennent pas que Genève devient une ville-dortoir: pour eux, le besoin de tranquillité des citoyens prime sur la vie nocturne.»
Guillaume Renevey, rédacteur en chef du magazine 360°, ne s'alarme pas pour autant: «Il existe encore des bars gay à Genève qui fonctionnent bien. Et les fêtes communautaires mixtes de 360° sont toujours un succès. Ce qui manque réellement, c'est surtout une boîte de nuit.» Certains, à l'instar de Rolan Delorme, estiment que les fonctions que remplissaient les espaces communautaires dans les décennies précédentes ne sont plus les mêmes aujourd'hui.

«En dehors de la situation spécifique au milieu de la nuit genevois, il est difficile de définir si ces disparitions sont liées à un changement dans les rôles joués par ces endroits ou si cela est culturel, la population homosexuelle préférant se mélanger aux autres», avance Lorena Parini, maître d'enseignement et de recherche en études genre à l'université de Genève.

Un changement de rôle?

«Dans les années septante, le côté militant des endroits communautaires nocturnes était très fort», explique Alicia Parel, secrétaire générale de Pink Cross. «On assistait encore à des descentes de police à Zurich. Et la seule façon de faire des rencontres était de s'y rendre. Mais je reste convaincue qu'ils remplissent aujourd'hui encore leur rôle de socialisation.»
Des sites de rencontres facilitant les contacts directs, tels que Gayromeo, ou les applications pour téléphone dotées de systèmes de géolocalisation, comme Grindr, changent la donne. Ils facilitent les rencontres sexuelles, tandis que les bars permettent des rencontres plus complexes. «Il est clair que des bars gay se vident, parce que les gens restent bloqués sur les applications et n'ont pas besoin de dépenser de l'argent», déclare Simongad, DJ qui connaît bien le milieu de la nuit. «La nouvelle génération est, dans sa globalité, plus centrée sur elle-même», argumente Didier Bonny, président du Groupe SIDA Genève. La baisse du militantisme chez les jeunes homosexuels mais aussi un besoin de mixité grandissant peuvent expliquer ce changement de paradigme.

Un besoin d'«ordinarité»

«Beaucoup de personnes, tous âges confondus, ne ressentent plus le besoin de fréquenter des endroits exclusivement gay. Nous sommes en quelque sorte victimes de l'évolution des droits homosexuels», s'amuse Jimmy Bachmann, membre du comité de l'association Dialogai.

Nonobstant, ce désir de mélange et ce sentiment, ou besoin, «d'ordinarité» que les jeunes peuvent ressentir a aussi son revers, selon Alicia Parel: «Il y a un risque qu'en fréquentant des lieux mixtes certains individus en viennent à dissimuler leur identité. La marge de tolérance est grande, mais l'acceptation est inexistante.»

Des dangers qui sont parfois minimisés par la génération actuelle. «Les jeunes s'illusionnent un peu face à l'homophobie», constate encore Didier Bonny. D'où l'importance des bars communautaires et des associations, qui prennent parfois le relais. Pour les victimes de violence, mais aussi pour les personnes qui viennent de sortir du placard et se cherchent. «Il reste énormément de travail à fournir, les mentalités n'évoluent que lentement. Il est encore rare de voir deux hommes se promener main dans la main», confie Jimmy Bachmann.

Vers le «modèle» islandais?

Laura Parini rappelle tout d'abord que la situation est fragile et qu'en période de crise un retour à la stigmatisation est vite consommé: «Le rejet de l'étiquette comporte le risque de perdre cette identité gay. Mais il est positif lorsqu'il permet de s'affirmer en tant que personne plutôt qu'uniquement comme homosexuel.» En matière de chute de barrières, le modèle le plus abouti, mais qui ne fait pas forcément l'unanimité, est sans doute celui de Reykjavik, où la scène gay n'existe plus puisque l'acceptation des homosexuels est quasi complète. I


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