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Fil Rouge

5 mars 2013 

Un bébé "guéri" du VIH? Vraiment?

La 20e édition de la CROI (conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes) s'est ouverte hier à Atlanta. Cette conférence mondiale annuelle porte sur les principales avancées médico-scientifiques contre le VIH/sida.

Dès son ouverture, une info a fait les choux gras des médias, qui ont immédiatement évoqué «un espoir pour tous les malades du sida», à travers la «guérison fonctionnelle» d'une fillette américaine née avec le VIH. Cette information mérite donc quelques explications.

De quoi s'agit-il?

Grâce à l'administration d'antirétroviraux dès les premières heures de sa naissance et pendant les 18 premiers mois de sa vie, une fillette née avec le VIH est aujourd'hui en mesure de contrôler sa charge virale sans l'aide de traitements. A tel point que seules des analyses génétiques très poussées ont permis de détecter les «traces» du VIH dans son organisme plus de 10 mois après l'arrêt de son traitement. La mise sous traitement précoce a eu pour effet de limiter fortement la constitution de «réservoirs» du VIH et de préserver le système immunitaire de la fillette.

Mais peut-on pour autant parler de « guérison »? Et est-ce vraiment une révolution scientifique aussi inédite que les médias le laissent entendre?

Comme l'explique Franck Barbier dans une tribune dans le Nouvel Observateur le terme de «guérison» est ici très abusif. Même à l'état de traces, le virus est toujours présent. L'organisme de la fillette l'empêche de nuire et de se répliquer mais elle n'est pas pour autant «guérie». On parlerait plutôt de «patient contrôleur». Nous n'avons d'ailleurs pas suffisamment de recul pour assurer que ce contrôle «naturel» se poursuivra tout au long de sa vie. Autre point d'attention: ces individus capables de contrôler naturellement le virus grâce à une prise en charge précoce restent des cas extrêmement rares et minoritaires selon toutes les études disponibles.

Quelles conclusions en tirer ?

Cette annonce confirme à nouveau l'intérêt d'un dépistage précoce et régulier, et d'une mise sous traitement le plus tôt possible après la découverte de l'infection.

Ensuite, cette annonce ne doit pas occulter l'effort qui doit être fait en amont, en plaçant sous traitement la mère séropositive dès la détection de l'infection, afin d'éviter la transmission à l'enfant (98 % de non-transmission lorsque la mère est mise sous traitement pendant la grossesse). Or, dans certains pays, moins de 10 % des femmes qui découvrent leur séropositivité pendant la grossesse ont accès au traitement. C'est moins de 5% en République démocratique du Congo. Si on ne parvient déjà pas à offrir une prise en charge à ces femmes (faute de moyens financiers), on ne pourra évidemment pas traiter leurs enfants nés avec le virus.


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