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17 avril 2013 

Sida : la première fois que j'ai fait l'amour, à 16 ans, j'ai été contaminé

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En lisant sur Le Plus le témoignage de Jean Wilson Martial, séropositif qui a décidé d'arrêter la trithérapie, Sébastien A. s'est dit que son parcours pouvait aussi servir de prévention. Il a été contaminé alors qu'il était adolescent. Aujourd'hui âgé de 34 ans, il raconte sa primo-infection, son désespoir puis son combat quotidien face au sida.

J'ai été contaminé par le VIH à l'âge de 16 ans. J'en ai aujourd'hui 34. Quand je vois que, chaque année, environ 6000 personnes découvrent leur séropositivité en France, je souhaite que mon témoignage puisse avoir valeur de prévention et ouvrir les yeux des gens. Surtout des jeunes, qui peuvent être inconscients comme je l'ai été.

Moi, je n'étais pas à la page sur le sida. Lorsque j'ai fait l'amour pour la première fois, c'était sans préservatif. J'étais à mille lieues de penser au VIH.

À 16 ans, j'ai rencontré un Parisien de 30 ans, qui rendait visite tous les week-ends à ses parents dans un village proche du mien. Je me suis amouraché. Et nous avons fini par avoir un rapport sexuel. Non protégé. C'est ce rapport-là qui m'a contaminé.

Je suis allé cracher, c'était du sang

Quinze jours après, je suis tombé gravement malade. Je n'ai bien sûr pas fait le rapprochement sur le moment. C'est après que j'ai su que j'avais fait une primo-infection extrêmement sévère.

Je donnais un coup de main à un ami dans une brasserie le soir pour me faire un peu d'argent. Je me sentais très mal. J'avais la tête qui tournait. J'ai fait appeler mes parents et ma mère est venue me chercher.

À la maison, j'ai eu une arrivée massive de salive dans la bouche. Je suis allé cracher. C'était du sang. Dix minutes après, j'ai vomi. Du sang aussi. J'ai appelé ma mère. Elle m'a dit que j'étais tout blanc et m'a emmené aux urgences.

Mais les médecins ne se sont pas rendu compte de la gravité de la situation. Pour eux, c'était une grippe mal soignée. Ils nous ont dit de rentrer chez nous. Sauf qu'une demi-heure après, de retour à la maison, j'ai de nouveau vomi du sang.

Cette fois, mon père, en colère, nous a accompagnés aux urgences. Rebelote : les urgentistes nous ont fait comprendre qu'on les enquiquinait. Direction la maison. Mais à peine étions-nous arrivés que j'ai encore vomi. Je tenais à peine debout.

Nous sommes revenus aux urgences. J'ai vomi aux pieds du médecin. Puis je ne me rappelle plus grand-chose. J'étais dans les vapes. J'ai ouvert les yeux à un moment. Je me souviens avoir entraperçu le Samu, des médecins partout, ma mère qui pleurait. On m'a enfoncé des tuyaux dans le nez. Et là je suis tombé dans le coma.

"Tu n'as pas la leucémie, mais tu as le sida."

Je me suis réveillé à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. J'avais été transféré en hélicoptère dans le service des jeunes leucémiques. Je ne savais toujours pas que j'avais le sida : les médecins pensaient plutôt à la leucémie. J'avais peur, mais il fallait faire avec. Mes parents venaient me voir tous les jours. Mon amoureux aussi.

J'ai fini par sortir de l'hôpital. Je devais revenir une fois par semaine pour voir le médecin. Au début, mes parents m'accompagnaient. Mais pour leur éviter de faire la route, et parce que j'en profitais pour passer le week-end entier chez mon ami, j'ai choisi d'y aller seul.

Au quatrième rendez-vous, mon médecin m'a annoncé : "Sébastien, j'ai une bonne nouvelle. Tu n'as pas la leucémie. Mais j'ai une autre nouvelle, mauvaise celle-là. Tu as le sida." J'étais effondré.

Je suis retourné chez mon ami en transport. C'était la première fois de ma vie que je pleurais en public. J'étais certain que le virus venait de lui. Parce que je n'avais jamais eu d'autres rapports sexuels et que je ne m'étais pas drogué.

Mais mon angoisse principale, c'était de savoir comment lui dire. J'avais peur qu'il ne veuille plus de moi. Il m'a consolé. Mais ne m'a pas non plus avoué qu'il savait qu'il était séropositif depuis neuf ans.

J'ai fait deux tentatives de suicide

Mes parents ont voulu porter plainte contre lui. Moi, j'étais très amoureux. Je leur ai dit que, s'ils entreprenaient ces démarches, ils ne seraient plus mes parents. Que je ne voudrais plus rien avoir à faire avec eux. Ils ont dû prendre sur eux.

Aujourd'hui, je ne regrette pas cette décision. Je suis resté trois ans avec lui. Jusqu'à ce qu'il meure du sida. Et c'est aussi de ma faute : j'aurais dû faire attention. Je pense que si j'avais été davantage informé j'aurais pensé au préservatif.

Bien sûr, ça a été difficile. Je devais voir un médecin spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis, mais dans la salle d'attente et dans les couloirs j'ai vu des séropositifs à des stades avancés de la maladie. Ça m'a terrorisé. Je ne voulais pas de ce futur-là. J'ai fait deux tentatives de suicide.

Puis j'ai été suivi par le médecin de ville. Et j'ai entamé un traitement régulier. J'ai essayé cinq ou six médicaments avant d'en trouver un qui aille bien.

J'oublie presque que je suis séropositif

Aujourd'hui, la charge virale réapparaît, mais elle est à 44 copies, ce qui est bas. En revanche, mon taux de CD4 est assez bon, ce qui n'a pas toujours été le cas et peut donc redonner de l'espoir aux séropositifs dont les lymphocytes sont actuellement en chute libre.

À part quand je prends les médicaments, qui me rappellent la maladie, ou quand je vois le médecin tous les deux mois, j'oublie presque que j'ai le sida. Surtout que, peu de temps après la mort de mon ami, j'ai rencontré Thierry, avec qui je suis toujours aujourd'hui. C'est mon soutien, mon pilier.

J'ai beau être malade, je continue de vivre - même si, sexuellement, nous sommes très prudents, puisque Thierry n'est pas séropositif. Tous les jours, j'ai peur de mourir, mais je ravale cette angoisse rapidement. Mes animaux m'y aident aussi. Dans le sens où ils m'interdisent de baisser les bras : comme un parent, je dois tenir pour eux. Mes chats, mes perroquets, mes pigeons paons et mes poules, c'est ma boule d'énergie.

Malgré tout, je vais bien. C'est la réalité. Arrêter le traitement ? À mon avis, tous les séropositifs y pensent un jour ou l'autre. Mais entre la pensée et l'acte, il y a un monde. Ça fait 17 ans que je vis avec le sida et, physiquement et moralement, ça va. Si on a envie de vivre, il faut se battre.


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