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3 octobre 2013 

Sida: un traitement pour tout le monde, tout de suite

Source: Libération / Eric Favereau
Manifestation lors de la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre 2009.
Manifestation lors de la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre 2009. (Photo François Guillot. AFP)

Un rapport préconise une nouvelle façon de prendre en charge les 150 000 séropositifs français, actant une normalisation de la maladie.

Libération.svgLe sida, une maladie comme les autres ? «Le sida entre dans le droit commun des maladies chroniques», lâche le professeur Gilles Pialoux, de l'hôpital Tenon. Tous les deux ans, une série d'experts, à la demande du Conseil national du sida et de l'Agence nationale de recherche sur le sida, élaborent de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la maladie. Dans leur travail («Rapport 2013 sur la prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH», dirigé par le professeur Philippe Morlat), qui vient d'être rendu public, trois signes montrent combien vivre avec le VIH se «banalise».

TRAITER, MAIS QUAND ?

C'est la recommandation la plus forte, marquant une évolution de taille : il est désormais préconisé de traiter tout le monde. C'est-à-dire les 150 000 séropositifs vivant en France. Pendant des années, on a pourtant hésité. Fortement. Quel était le bon moment pour débuter un traitement ? Le plus tôt possible ou plus tard, lorsque le système immunitaire s'affaiblit ? Cela a fluctué. Jusqu'à récemment, la règle était de traiter le patient très vite après la contamination - du moins quand elle avait été détectée. Mais, faute de repères sur la date de contamination, on ne prescrivait des antirétroviraux que lorsque le système immunitaire de la personne fléchissait.

Les choses se sont mises à bouger lorsque l'on s'est rendu compte que si le patient répond bien à son traitement, il n'est «quasiment» plus contaminant. Un nouveau modèle épidémique s'est alors dessiné : en traitant tous les séropositifs, il est possible de diminuer fortement le nombre de nouvelles contaminations. «Aujourd'hui, les traitements sont simples, peu lourds et très efficaces. Pourquoi s'en priver ?» résume le professeur Philippe Morlat (CHU de Bordeaux), coordinateur de cette expertise.

DÉPISTER, MAIS COMMENT?

Avec pertinence, le rapport note que «le dépistage systématique», qui avait été un des axes du dernier plan de lutte contre le sida (2010-2014), n'a été que modérément mis en place. Résultat, en 2013, on estime à 30 000 le nombre de personnes ignorant qu'elles sont porteuses du VIH, sur un total de 150 000 séropositifs. «Outre l'impact sur leur état de santé, la méconnaissance de leur séropositivité les amène à contribuer malgré elles au maintien d'une épidémie active dans notre pays, où le nombre de nouvelles contaminations ne baisse pas», rappelle Philippe Morlat. Ces dernières seraient ainsi à l'origine de 60 à 70% des nouvelles contaminations. Mais comment rechercher ces séropositifs qui s'ignorent ? Les experts préconisent une stratégie multiforme, axée notamment «sur les populations où la prévalence de l'infection est la plus élevée», mais aussi «sur les personnes qui n'ont pas fait de test de dépistage récent». Ils recommandent également de développer les tests rapides d'orientation diagnostique (Trod), et de se préparer à l'arrivée sur le marché des autotests.

Sur le fond, un autre changement se dessine. Jusqu'à présent, l'anonymat était le paradigme indépassable. Pour la première fois, les experts proposent de le lever «dans le cas des personnes qui se rendent dans les centres anonymes et gratuits». Certains, dont les tests sont positifs, ne vont pas chercher leurs résultats. «Peut-être pourrait-on, là, lever l'anonymat et les recontacter ?» suggère le rapport.

UN ENFANT, MAIS DE QUELLE FAÇON ?

Autrement formulé : un couple où l'un des deux est séropositif peut-il faire un enfant ? Au début, les cliniciens étaient réticents, puis il y a eu des recherches expérimentales, visant à nettoyer le sperme de tout virus avant de le déposer dans le vagin. Aujourd'hui, selon les experts, «sous certaines conditions, la procréation naturelle est possible». Dans un couple sérodiscordant, si celui (ou celle) qui est infecté répond bien au traitement, les spécialistes notent que, pendant la période d'ovulation, «le couple peut désormais prendre le risque de rapports normaux, non protégés». Ensuite, bien sûr, celui qui est séronégatif sera suivi au plus près. Quant à l'enfant à naître, un traitement avant et après la naissance permettra d'éviter toute contamination.


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