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Fil Rouge

3 février 2014 

Dallas Buyers Club ou le cow-boy qui prenait le sida par les cornes

Source: Le Figaro



Nominée six fois aux oscars, l'histoire vraie et saisissante de Ron Woodroof, homophobe et séropositif, qui lutta contre l'épidémie dans les années 1980.

Ron Woodroof est un type bien. L'électricien à chapeau de ­cow-boy texan de 35 ans dégaine les doigts d'honneur plus vite que son ­ombre. Buveur, consommateur de femmes et de drogues, amateur de rodéo et homophobe. Il ne comprend pas comment cette «tapette» de Rock Hudson peut préférer les hommes. L'acteur américain est l'une des premières stars à déclarer son homosexualité et sa maladie. Il meurt du sida le 2 octobre 1985. Ron Woodroof (Matthew McConaughey, stupéfiant), lui, découvre en 1986 qu'il est atteint de ce qu'on appelle encore le «cancer gay». Les malades du sida tombent alors comme des mouches. Les médecins lui donnent trente jours à vivre. Il ne mourra qu'en 1992. Entre-temps, il aura traversé la frontière mexicaine déguisé en prêtre pour se procurer des médicaments «non approuvés» par la FDA, l'agence américaine des produits alimentaires et médica­menteux. Il se sera associé à un travesti junkie (Jared Leto, sobre malgré la perruque) pour créer un club à Dallas et vendre des traitements alternatifs - de nombreux clubs de ce genre verront le jour aux États-Unis. Il aura eu le fisc sur le dos et prolongé la vie de nombreux malades.

Dallas Buyers Club est un film d'époque. Les moins de 20 ans pourront vérifier qu'en 1985 Internet n'existe pas, que trouver des informations fiables sur le sida n'est pas une mince affaire. L'épidémie fait des ravages et l'AZT (azidothymidine) est le seul médicament antiviral aux résultats positifs pour le traitement contre le VIH et le sida. Il n'est alors vendu qu'au marché noir ou réservé aux patients des tests cliniques, qui ont droit aussi à des placebos. «Vous me dites de manger des bonbons en attendant de crever?», demande Woodroof au médecin. Le combat de cette tête brûlée coiffée d'un stetson correspond aussi à un chapitre de l'histoire de la maladie, rarement traitée en tant que telle au cinéma. En France, seul André Téchiné dans Les Témoins, en 2007, s'est attaché à décrire l'irruption du sida et l'impuissance du corps médical face à une hécatombe fulgurante.

Vingt ans après Philadelphia, Hollywood est prêt à parler du sida sans pathos

Dallas Buyers Club n'est pas pour autant un film «dossier» plein de bons sentiments. Ron Woodroof ne devient pas un saint du jour au lendemain. Pas de rédemption au bout du chemin. Si la maladie et l'approche de la mort le rendent moins stupide et un peu plus tolérant, c'est presque malgré lui qu'il devient un activiste de la lutte contre le sida et un défenseur des droits des patients. Droit dans ses santiags, il songe avant tout à sauver sa peau. Et, au passage, à gagner de l'argent. Business is business. La mise en scène du Québécois Jean-Marc Vallée est aussi sèche que le personnage. Le réalisateur de C.R.A.Z.Y. proscrit les gros plans sur le visage de Ron Woodroof mourant sur son lit d'hôpital. Vingt ans après le Philadelphia de Jonathan Demme, guimauve tire-larmes qui valut à Tom Hanks un oscar pour son rôle de gay sidéen victime de discrimination, Hollywood est prêt à parler du sida sans pathos. Et à faire d'un bouseux homophobe un héros paradoxal. Il fallait oser. Avec six nominations aux Oscars, le pari est déjà gagné.


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