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26 mars 2014 

Symbole de la lutte contre le sida, Act Up est menacée de disparition

Source: Le Monde

Logo d'Act Up-Paris"Silence = mort". Le slogan d'Act Up, surmonté d'un triangle rose, est resté dans les mémoires, tout comme les « die-in », qui voyaient des militants s'allonger sur la voie publique, rendant palpable l'hécatombe causée par le sida. Ou encore la pose d'un préservatif géant sur l'obélisque de la Concorde à Paris, en 1993. Depuis sa naissance en 1989, jusqu'aux années 2000, Act Up-Paris a rendu visibles les malades et contraint les pouvoirs publics à agir contre l'épidémie. Aujourd'hui, l'association, en butte à de graves difficultés financières, joue sa survie dans une quasi-indifférence.

Faute de trésorerie, la plupart des huit salariés sont au chômage technique depuis janvier. Jeudi 20 mars, son conseil d'administration doit statuer sur une demande de placement en redressement judiciaire. Cela permettrait de geler les dettes et de restructurer l'association afin de faire face à la baisse de ses financements. « Sinon, nous sommes menacés de disparition », affirme la présidente, Laure Pora.

Tous les fonds sont à la baisse: ceux des mécènes (dont la Fondation Pierre Bergé, actionnaire à titre personnel du Monde), ceux du Sidaction, ceux des pouvoirs publics. Le budget est passé en quelques années d'environ 800 000 euros à quelque 500 000 euros. Act Up n'est pas la seule association de lutte contre le sida en difficulté. Aides est touchée par un plan social qui va concerner 10 % de ses effectifs (470 salariés). « Aujourd'hui, il y a une compétition entre les maladies, affirme son président, Bruno Spire. Le sida est moins prioritaire parce que les gens n'en meurent plus. » Le basculement a eu lieu progressivement après l'apparition des trithérapies en 1996.

Épuisement des troupes

Ces dernières années, les agences régionales de santé ont d'ailleurs rééquilibré leurs financements, marquant la fin de l'exceptionnalité du sida. En outre, quels que soient les donateurs, les fonds se concentrent désormais sur les actions concrètes de soutien aux malades. Or la base de l'activité d'Act Up est l'élaboration d'un discours politique, appuyé par des actions chocs. Une démarche de plus en plus difficile à financer. Enfin, le nombre de bénévoles est passé de plusieurs centaines dans les années 1990 à quelques dizaines aujourd'hui.

Cette petite structure pâtit aussi de l'instabilité de son équipe, au sein de laquelle les changements ont été fréquents ces dernières années du fait de l'épuisement des troupes, avec des présidents moins médiatiques que leurs prédécesseurs. Son cofondateur Didier Lestrade est sévère avec une équipe qu'il juge obsédée par ses problèmes internes, et inefficace. « Quand on ne fait plus son travail, on met la clé sous la porte », dit-il sans ambages. « Si l'association est moins visible, c'est parce que l'épidémie est moins visible », justifie Laure Pora.

Appels aux dons

L'association reste néanmoins présente dans le débat public, par exemple contre la pénalisation des clients de prostituées. En avril 2013, ses militants avaient déversé du faux sang sur la façade de la fondation Jérôme-Lejeune, afin de « dénoncer la légitimation de la parole homophobe », en plein débat sur le mariage pour tous. Dispersion ? Act Up assume. « L'égalité des droits pour les minorités, qui sont davantage touchées par le virus, a toujours eu une place importante dans notre combat », estime Hugues Fischer, un salarié, présent en tant que bénévole dès 1989. Par ailleurs, un audit réalisé en 2013 « n'a pas révélé de problème de gestion », selon Laure Pora. Pierre Bergé, de son côté, explique la baisse de son soutien par « la crise », sans remettre en cause la stratégie de l'association dont il se sent toujours « très proche ».
Alors qu'elle est au bord du gouffre, l'équipe ne remue pas ciel et terre pour attirer l'attention. Le milieu de la lutte contre le sida n'est pas non plus mobilisé. Des appels aux dons ont été lancés dans la discrétion, ainsi qu'une pétition sur change.org, qui a pour l'heure recueilli 4 700 signatures. Bruno Spire juge pourtant l'association « utile », tout comme François Bourdillon, vice-président du Conseil national du sida. « Les associations en cette période de restriction budgétaire sont en grande difficulté. Leur rôle est pourtant indispensable, notamment en prévention, explique-t-il. Je pense qu'il faut sauvegarder Act Up, car l'épidémie n'est pas finie. » Elle progresse même, chez les homosexuels. « Six mille nouvelles contaminations par an, est-ce acceptable ? », interroge Hugues Fischer. Du travail reste aussi à faire sur la prévention des hépatites. Les jeunes générations sont loin d'avoir les mêmes connaissances que les précédentes sur les risques de contamination de ces maladies.


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