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8 mai 2014 

Les personnes séropositives confrontées au vieillissement prématuré

Source: Libération


Virus. Les médecins observent chez les porteurs du VIH une surreprésentation de pathologies touchant les personnes âgées.
Vieillir trop vite, serait-il le prix à payer pour les malades du sida ? Ou pourquoi assiste-t-on à un vieillissement prématuré des personnes atteintes du virus du sida, personnes chez qui pourtant le traitement réussit parfaitement ?
L'interrogation est là, déroutante. En 2008, l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) avait déjà lancé un groupe de travail sur cette question, dirigé par la professeure Jacqueline Capeau, de l'hôpital Tenon.

Muscles. Ce week-end, lors du congrès de l'Alliance francophone des acteurs de santé contre le VIH (Afravih) qui s'est tenu à Montpellier, cette question a de nouveau été débattue. D'autant que les derniers chiffres sur le front du sida révèlent un fait concomitant : le vieillissement, cette fois bien réel, des porteurs du virus. Hier, ils avaient en moyenne autour de 30 ans, ils sont aujourd'hui beaucoup plus âgés : sur les 35 millions de personnes séropositives dans le monde, les plus de 50 ans représentent désormais 10 % dans les pays pauvres, et ce taux s'élève à plus d'un tiers dans les pays riches.

Mais revenons-en à ce vieillissement prématuré. Qu'observe-t-on ? Chez les patients qui bénéficient d'un traitement, les médecins notent une fréquence croissante de pathologies que l'on associe traditionnellement au vieillissement, comme ces maladies qui touchent le système nerveux central, mais aussi le système cardio-vasculaire, le métabolisme, et enfin les os et les muscles. «La fréquence de certains cancers, non liés au VIH, est également plus importante par rapport à la population générale», avait relevé l'ANRS. De nombreux infarctus surviennent aussi chez des séropositifs assez jeunes. A Montpellier, lors du congrès, Jacqueline Capeau a dressé un tableau des signes du «vieillissement» d'un point de vue médical : marche un peu plus ralentie, fatigue, dégradation lente de l'organisme, troubles qui surviennent avec l'âge, comme des pertes de mémoire, manque de réactivité. Et, souvent, les médecins le disent : «Je donnerais dix ans de plus à bien de mes patients.»

Comment expliquer que des personnes atteintes du VIH et pourtant bien soignées présentent ces symptômes ? Y a-t-il une cause clinique ?

«Pour moi, c'est d'abord la résultante des années 90-2000, où l'on n'a pas traité correctement les malades», explique la professeure Christine Katlama, qui préside l'Afravih. C'est-à-dire ? «Au début, les traitements étaient imparfaits, ils n'empêchaient pas la reproduction du virus. Or, quand le virus se reproduit dans l'organisme, cela entraîne des réactions en chaîne, en particulier des inflammations.» Un processus inflammatoire dont on sait qu'il a tendance à faire vieillir plus vite l'organisme.

Mais l'inflammation n'est pas la seule pointée du doigt. «Dans les années 1990, certaines des molécules utilisées étaient très toxiques, poursuit Christine Katlama. Elles pouvaient favoriser un vieillissement prématuré.» Dominique Costagliola, épidémiologiste, met en avant une autre hypothèse : l'histoire personnelle du patient. «Je ne suis pas certaine que la séropositivité entraîne en soi un vieillissement prématuré. Car une personne qui aurait été infectée après 2005, diagnostiquée tôt et dont le traitement marche avec une bonne immunité, n'aurait pas de raison de vieillir plus vite que la population générale», lâche-t-elle. Certes, mais avant ? «Ce qui compte, c'est la vie du patient et son histoire avec le virus. A-t-il, par exemple, consommé du tabac ou d'autres drogues ? Quel a été son mode de vie ?» interroge-t-elle avant de conclure : «Tous ces éléments peuvent avoir une grande influence.»

Paradoxe. Dans ces conditions, comment faire la part de ce «vieillissement prématuré» qui serait liée à l'action même du virus, la part due aux traitements, ou celle qui renvoie aux modes de vie du patient ? «Tout interfère. Il nous manque du recul sur ce qui se passe actuellement», note Christine Katlama.

Reste que tous font le même constat : les traitements aujourd'hui sont beaucoup moins agressifs. «Et, surtout, ajoute la professeure Capeau, s'il y a vieillissement prématuré, le meilleur moyen de le prévenir réside dans un diagnostic précoce de la séropositivité, puis un traitement rapide.» Car, paradoxe, ce type de patients aurait une espérance de vie supérieure à la moyenne nationale, car très bien pris en charge.


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