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22 juillet 2014 

Tuberculose et hépatite C: l'espoir à prix fort

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par Heide Jimenez Dávila, présidente du Groupe sida Genève, en direct de Melbourne

Lors de son discours d'ouverture de dimanche, la Professeure Sharon Lewis, co-présidente australienne de la 20ème Conférence mondiale sur le sida, annonçait avec satisfaction des débats intéressants sur la tuberculose et l'hépatite C pour AIDS2014. Chose promise, chose due: dès ce lundi, d'importantes séances ont été consacrées à ces deux maladies infectieuses qui sont chaque année à l'origine de 1,3 millions et de 500'000 morts, respectivement. Nombreuses sont les co-infections avec le VIH, avec toutes les complications que ceci implique pour la santé des patients.

Malgré les 8,6 millions de nouvelles infections à la tuberculose en 2012, et les 150 millions de personnes vivant désormais avec l'hépatite C de par le monde, aucune des conférences précédentes n'avait mis ces épidémies au centre du débat. Si elles occupent enfin la place qui leur revient, c'est grâce aux importantes avancées enregistrées récemment qui laissent espérer que ces deux fléaux pourraient être éradiqués. Dans le cas de la tuberculose, une partie de la recherche se trouve encore au stade d'essai clinique, avec la perspective de nouveaux vaccins et de traitements novateurs dont l'efficacité serait prouvée également en cas de résistance aux traitements traditionnels. Quant à l'hépatite C, la révolution a déjà eu lieu: pour la première fois dans l'histoire, il existe désormais des antiviraux à action directe qui permettent une guérison complète du virus.

Le débat viendrait-il donc comme la pluie après les vendanges? Bien au contraire: la bataille scientifique à peine gagnée, la guerre des prix ne fait que commencer. Un traitement de 90 jours au sofosbuvir coûte actuellement 84'000 dollars aux Etats-Unis, et 50'000 euros en France, ce qui n'a pas tardé de provoquer une déclaration de 14 gouvernements européens soucieux de perdre le contrôle d'un budget de santé publique déjà fragilisé. Pire encore, dans les pays en voie de développement où vivent la majorité des patients, même les diagnostics font encore défaut, sans même parler de l'éventuelle arrivée du traitement novateur.

La mémoire est encore vivante du clivage Nord-Sud qui caractérisait l'accès aux trithérapies contre le VIH il y a peu de temps. De précieuses années et des millions de vies ont été perdus parce que les médicaments étaient hors portée des patients dans les pays à revenu faible. 14 millions de personnes séropositives ne seraient pas sous traitement aujourd'hui sans les campagnes pour un accès universel lancées par quelques idéalistes lors de la conférence de Durban en 2000.

Aujourd'hui, c'est la lutte contre l'hépatite C qui appelle à l'action urgente. L'Assemblée mondiale de la santé a approuvé en mai dernier une résolution pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de l'hépatite virale, précédée de peu par de nouvelles directives de l'OMS en la matière. Des campagnes pour un accès universel sont désormais bien engagées par des ONG sous le leadership de Médecins sans Frontières, UNITAID, Treatment Action Group et d'autres. Aucune d'entre elles ne nie que le chemin vers l'éradication de la tuberculose et de l'hépatite C sera parsemé d'embûches. Et pourtant, s'il existe des acteurs capables de surmonter les barrières de la stigmatisation, de la discrimination et des finances, c'est bien ceux qui n'ont jamais cessé de croire que l'accès aux traitements antirétroviraux sera possible dans le Nord comme dans le Sud. Avec l'arrivée des traitements contre l'hépatite C, il s'agit de démontrer que nous sommes à même d'appliquer de manière efficace et rapide les leçons que nous avons apprises dans la lutte contre le sida.


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