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Fil Rouge

23 juillet 2014 

Vers la fin de l'épidémie: le rôle clé des populations cibles

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par Heide Jimenez Dávila, présidente du Groupe sida Genève, en direct de Melbourne

"Accélérer le rythme": tel est le thème de cette 20ème Conférence mondiale sur le sida. L'engagement des acteurs de la lutte contre le sida est renouvelé, l'énergie redoublée - mais quelle est la stratégie pour mettre un terme à cette épidémie?

Selon les dernières orientations de l'OMS, il s'agit désormais de concentrer les efforts sur les populations cibles: les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), les usagers de drogues par injection, les prisonniers et les personnes dans d'autres environnements fermés, les travailleurs et travailleuses du sexe ainsi que les personnes trans*.

Lors de cette deuxième journée, différentes sessions abordaient les enjeux de chacune de ces cinq populations cibles, sans pour autant oublier qu'il existe d'autres groupes de personnes vulnérables face au VIH, comme par exemple les personnes vivant avec un handicap, les travailleurs de certains secteurs comme l'industrie minière, ou les populations en zone de conflit.

Sous la présidence de Michael Kirby, ancien juge de la Haute Cour australienne, et du Pr Adeeba Kamarulzaman, médecin et initiatrice de programmes de réduction des risques en Malaisie, un panel d'experts et d'activistes internationaux a présenté des preuves empiriques incontestables démontrant que les politiques de répression ont échoué partout dans le monde, notamment en lien avec le VIH: dans les pays ayant mis en place une stratégie de réduction des risques et des stratégies de soins à la place de la détention, le nombre de nouvelles infections au VIH parmi les usagers de drogues à injection ont diminué massivement, tandis que dans des pays pratiquant les politiques de criminalisation et de répression, jusqu'à 40% des usagers de drogues sont actuellement séropositifs. La Commission globale de politique en matière de drogues, représentée à Melbourne par Sir Richard Branson et Michel Kazatchkine, a donc lancé un appel urgent aux leaders nationaux pour qu'ils reconnaissent le lien de causalité entre la guerre contre la drogue et la propagation du sida et réagissent au fait que les comportements à risque face au VIH sont une conséquence des politiques répressives et de criminalisation. Seule la mise en place de programmes de prévention et de soins (échanges d'aiguilles et de seringues, traitements de substitution aux opiacés, accès aux soins) sauront réduire l'incidence du VIH parmi cette population cible, que ce soit dans le milieu carcéral ou en dehors. L'exemple suisse sera-t-il enfin suivi partout dans le monde?

Plus tard dans la journée, un autre débat était dédié aux besoins des travailleurs et travailleuses du sexe dans la lutte contre le sida, avec un accent particulier sur les travailleuses du sexe trans*. Si la prévalence globale moyenne du VIH parmi les travailleuses du sexe est de 5%, ce chiffre est estimé à 27% pour les travailleuses du sexe trans* dont la voix devrait être entendue davantage à l'avenir. En revanche, peu de statistiques fiables existent aujourd'hui sur les travailleurs du sexe ou les hommes qui vendent des services sexuels. Un travail de recherche important reste donc à faire, mais en attendant, un consensus semble se former en faveur de la prophylaxie pré-exposition en complément des moyens de prévention traditionnels, tant dans l'intérêt de la santé des travailleurs et travailleuses du sexe que dans celui de leurs clients.

Pour que personne ne soit laissé à la traîne, comme le stipule le slogan de la journée, des programmes de mieux en mieux ciblés seront nécessaires. Or, Gracia Violeta Ross de REDBOL (réseau des personnes vivant avec le VIH en Bolivie) n'a pas manqué de souligner que la multiplication des stratégies spécifiques risque de créer une compétition féroce pour le financement, qui se solde régulièrement par une concurrence entre les différentes populations cibles. Son exposé sur une étude sur la violence et ses liens avec le VIH menée conjointement par différentes populations cibles en Bolivie a donc été un rappel émouvant de ne pas oublier les valeurs principales devant la multitude des défis: la défense des droits humains, l'accès universel aux services de santé et la solidarité de tous et de toutes dans la lutte contre le sida. C'est ensemble que nous pourrons mettre un terme à l'épidémie.


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