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26 juin 2015 

Migrants et VIH: pour une prise en charge précoce

Source: Les Echos

Selon une étude menée par des chercheurs de PSE-Ecole d'économie de Paris et du CNS, faire évoluer la protection sociale des étrangers en situation irrégulière vers le dispositif de droit commun permettrait un meilleur contrôle de l'épidémie de VIH dans la population migrante en France, tout en générant des économies pour la collectivité.
En 2012, 46 % des 6.400 personnes nouvellement identifiées comme séropositives au VIH en France étaient issues de la population migrante au regard du critère du pays de naissance. Au moins un tiers de ces migrants séropositifs se sont infectés en France, après leur migration. Les autres se sont infectés dans leur pays d'origine, mais ignoraient très majoritairement leur infection au moment de la migration et ne l'ont découverte qu'après un temps plus ou moins long passé en France.

Lutter plus efficacement contre le VIH

Cette population fait face à des obstacles administratifs en termes d'accès aux soins médicaux qui se traduisent notamment par un délai important entre l'infection par le VIH, son diagnostic et sa prise en charge sociale et médicale.

Au-delà du bénéfice individuel pour les personnes traitées, la réduction de ces délais peut permettre de lutter contre l'épidémie de VIH dans l'ensemble de la population. En effet, il est prouvé depuis 2011 qu'une personne infectée sous traitement est beaucoup moins, si ce n'est plus du tout, contaminante.

Les traitements antirétroviraux utilisés pour retarder la progression du VIH chez les patients constituent donc un nouvel outil de prévention. Mais pour pouvoir traiter il faut dépister : favoriser un dépistage plus précoce au sein de la population migrante vivant en France est essentiel.

Un système complexe à réformer

La prise en charge médicale des étrangers en situation irrégulière ou instable s'articule aujourd'hui autour d'un ensemble complexe de dispositifs. Les dispositifs de droit commun ou de couverture maladie universelle (CMU) sont réservés aux étrangers en situation régulière.


Pour les étrangers en situation irrégulière, l'aide médicale de l'Etat couvre ceux qui peuvent prouver qu'ils sont en France depuis plus de trois mois ; enfin, le dispositif dit de « soins urgents » permet aux hôpitaux d'être remboursés pour les soins prodigués aux autres migrants.

Le Conseil national du sida a montré que la circulation des migrants entre les différents dispositifs, en fonction de l'évolution de leur statut administratif, complique leur accès au système de soins et nuit à la continuité de leur prise en charge médicale.

Une évaluation menée par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'Inspection générale des finances (IGF) avait par ailleurs montré que la multiplication des dispositifs de prise en charge médicale pour les étrangers vivant en France génère un surcoût pour les finances publiques.

L'évolution de la protection sociale de tous les étrangers vers le dispositif de droit commun est donc susceptible de permettre un meilleur contrôle de l'épidémie de VIH dans la population migrante en France tout en permettant des économies de gestion importantes.

Des économies pour la collectivité

Nous avons conduit une étude permettant d'évaluer le caractère coût-efficace d'une prise en charge plus précoce des migrants vivants avec le VIH en France, en prenant en compte l'effet positif des traitements antirétroviraux sur la prévention du VIH. Le modèle utilisé compare deux stratégies de prise en charge, précoce ou tardive, selon le délai écoulé depuis l'infection.

L'analyse montre qu'au-delà du bénéfice individuel pour les patients traités, la prise en charge précoce est pertinente d'un point de vue économique et de santé publique. L'impact sur la prévention de l'épidémie dépend aussi de la modification des comportements à risque chez les personnes dépistées et mises sous traitement.

Lorsque ces comportements évoluent défavorablement, la prise en charge précoce présente un surcoût de 28.000 € par rapport à la prise en charge tardive, mais elle permet d'éviter deux infections secondaires pour 10 migrants pris en charge précocement ; ceci conduit à un coût de 133.000 € par infection évitée, coût relativement faible par rapport aux bénéfices en santé et au coût des soins futurs ainsi épargnés.

Toutefois, d'autres études épidémiologiques indiquent plutôt une baisse des comportements à risque chez les personnes mises sous traitement. Selon ce scénario plus favorable, la prise en charge précoce non seulement permet une baisse des nouvelles infections par le VIH, dans la population migrante et au delà, mais est également moins coûteuse que la prise en charge tardive. Le bénéfice est alors double, en termes de santé comme en termes de coûts.

Ces résultats soulignent l'importance de renforcer la lutte contre l'épidémie de VIH en France : lever les obstacles administratifs à l'accès aux soins médicaux de la population migrante en France, en faisant évoluer la protection sociale des étrangers vers le dispositif de droit commun, doit constituer l'un des outils de cette lutte.

Par Marlène Guillon et Pierre-Yves Geoffard de PSE-Ecole d'économie de Paris, et Michel Celse, conseiller expert auprès du Conseil national du sida (CNS).


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