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16 septembre 2015 

Pourquoi l'autotest du VIH, vendu en France, reste interdit en Suisse

autotest_sida-kixB--672x359@LeTemps.ch.JPGSource: Le Temps / Olivier Dessibourg

En France, la mise en circulation des tests à faire à domicile pour dépister la maladie infectieuse est devenue réalité (voir notre billet du 15 septembre 2015). En Suisse, la vente en pharmacie de ces tests est interdite par une loi, au motif du manque d'encadrement. Les particuliers peuvent toutefois se les procurer sur Internet.

«L'autotest est un outil complémentaire que nous attendions depuis longtemps», a commenté Aurélien Beaucamp, président de l'association AIDES, ajoutant qu'un dépistage et un traitement précoce permettent à une personne infectée de ne plus transmettre le virus. Si nous parvenons à dépister et accompagner dans le soin toute personne séropositive, l'épidémie de sida s'éteindra en quelques années».

Cet autotest du VIH sera-t-il accessible dans les pharmacies suisses?

Pour l'instant, non. Bien que ce produit soit aussi conforme aux directives ici, «la vente de matériel de diagnostic en matière de maladies transmissibles est interdite selon l'Ordonnance sur les dispositifs médicaux, répond Peter Balzli, porte-parole de Swissmedic. Les fabricants ne peuvent remettre ces tests VIH 'rapides' qu'à des professionnels de la santé. Les points de remise sont tenus d'assurer que les patients reçoivent le conseil de spécialistes.»

Les raisons sont d'abord «le manque d'encadrement de la personne qui se retrouve seule face à un résultat potentiellement séropositif. Dès lors, l'auto-diagnostic n'apporte pas un réel avantage à l'utilisateur. De plus, un résultat négatif n'est pas une garantie absolue de non-contamination, notamment si la personne testée a été infectée au cours des trois derniers mois qui précédent; l'infection au VIH ne peut être exclue en toute sécurité que trois mois après un rapport sexuel non protégé. Des personnes pourraient donc avoir un 'faux sentiment de sécurité' si le test est fait trop tôt.»

Selon Peter Balzli, «l'utilisation non autorisée de matériel de diagnostic de maladies transmissibles par les particuliers met en question les efforts de prévention entrepris.»

Une position qui fait débat

Dans les milieux médicaux, cette position est débattue. «Je suis pour l'autorisation de cet autotest en Suisse, car on découvrirait des séropositifs qui s'ignorent, dit le professeur Bernard Hirschel, spécialiste des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Genève. L'idée que le recours à un test ne doit être permis qu'accompagné de conseils en hôpital ne tient pas, puisque justement, il y a toute une population qui ne souhaite pas se soumettre à ces conseils. Par contre, l'évidence montre que quiconque subit un test, même seul, voit ensuite son comportement à risque évoluer.» «Ceux qui veulent éviter de recevoir à chaque fois le même discours trouveront un intérêt à disposer de ce test. C'est une option de plus, avise aussi David Perrot, directeur du Groupe sida Genève.

Bernard Hirschel donne ainsi peu de poids aux assertions que les personnes se découvrant séropositives à domicile désespèrent au point de commettre un acte irréversible, tel un suicide: «Il est bien connu aujourd'hui que le sida peut être traité avec une simple pilule par jour», et peut être vu comme une maladie chronique. «On affiche a priori les mêmes craintes que lors de l'introduction des tests de grossesse. Il est par contre possible que les gens qui font ce test l'interprètent mal, et paniquent au point de solliciter leur médecin. De quoi créer une surcharge supplémentaire des praticiens.»

Situation suisse particulière

La situation est désormais particulière en Suisse puisque les intéressés pourront acheter ces tests en France voisine, ou sur Internet, «malgré le risque que les produits ne soient jamais livrés ou d'une qualité douteuse», avertit Peter Balzli.

Vu l'autorisation française, la Suisse pourrait-elle se retrouver sous pression d'évoluer? «Pour l'heure, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne semble pas avoir pour priorité de faire changer les choses, dit David Perrot. Mais si les choses se passent bien en France, il est probable que la Suisse se sentira sous pression.» Bernard Hirschel, lui, ajoute que l'«expérience américaine [depuis 2012] est plutôt positive». Et voit peut-être une explication à la position conservatrice suisse dans le fait que «celle-ci est défendue par les institutions qui font les tests de dépistages du VIH, leur représentant rappelant combien le résultat obtenu en laboratoire est de qualité supérieur à celui de ces tests rapides.» Interrogé, l'OFSP renvoie à l'avis de la Commission fédérale pour la santé sexuelle qui, en mars 2013, qui dit que «les expériences qui seront acquises avec ce type de tests dans d'autres pays seront examinées avant qu'une modification de la stratégie de dépistage ne soit recommandée en Suisse».


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