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22 octobre 2015 

EACS 2015 : L'objectif 90-90-90 en Europe

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« Nous sommes encore loin de venir à bout du VIH en Europe », lançait Michel Kazatchkine (Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le VIH/sida en Europe de l'Est et en Asie centrale) lors de la toute première conférence de presse de la conférence.

Une nouvelle initiative de l'ONUSIDA vise à atteindre un taux de 90% de personnes vivant avec le VIH qui connaissent leur statut, un taux de 90% de personnes dépistées recevant un traitement anti rétroviral durable et finalement un taux de 90% recevant un traitement durable ayant une virémie indétectable. Et tout cela doit être atteint d'ici 2020. Pour Michel Kazatchkine, l'objectif 90-90-90 n'est pas forcément irréalisable dans le contexte européen. 

Cette Europe, poursuit M. Kazatchkine, qui « couvre 53 nations diverses » et va « de Gallway à Vladivostok » illustrant ainsi la définition de l'OMS (Organisation mondiale de la Santé). Selon lui, il n'y a pas une Europe mais bien trois europes distinctes - l'Europe de l'Est, l'Europe centrale et l'Europe de l'Ouest - avec chacune une épidémie et une réponse différente face au VIH.

Le nouvel objectif 90-90-90

Pour commencer, il y a l'Europe de l'Est qui est, rappelle Michel Kazatchkine, la seule région au monde où le VIH continue de progresser, en particulier parmi les personnes usagères de drogues et depuis plus récemment parmi la population hétérosexuelle.

Michel Kazatchkine identifie trois raisons principales à cette situation désastreuse : l'absence de couverture adéquate en traitements antirétroviraux qui, à 35%, reste bien en deçà de la moyenne globale de 60%, l'insuffisance des interventions de prévention ainsi que l'inaccessibilité des mesures de réduction des risques et, pour couronner le tout, la forte stigmatisation, l'application de lois et de politiques pénalisantes et les nombreuses discriminations dont sont victimes les personnes concernées dans ces catégories de population. 

Actuellement, il est très clair que l'Europe de l'Est n'atteindra pas les objectifs 90-90-90 préconisés par l'ONUSIDA. 

L'Europe de l'Ouest, elle, a tout pour gagner la lutte contre le VIH. Une couverture quasi universelle en traitements, non seulement antirétroviraux, mais aussi pour les comorbidités et des infections opportunistes. Des interventions de prévention, aussi bien auprès de la population générale que des populations à risques, et une société relativement bien tolérante, sinon accueillante de ces derniers. 

Toutefois, l'épidémie ne s'est stabilisée que depuis une dizaine d'années et elle recommence même à progresser parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Il faut en conclure que même le meilleur système de santé au monde ne suffit pas à lui tout seul à en finir avec le VIH.

L'Europe doit améliorer ses interventions dans certains domaines. Il faudra mettre en œuvre tous les outils de dépistage disponibles aujourd'hui. Il faudra aussi s'adresser davantage aux groupes cibles et surtout mieux les impliquer dans les interventions. 

Aucun pays d'Europe occidentale n'atteint encore les objectifs 90-90-90 dans sa cascade des traitements, même la Suisse qui atteint un taux de 68% de suppression virale. Néanmoins, l'Europe de l'Ouest est sur la bonne voie d'atteindre l'objectif 90-90-90 d'ici 2020.

M. Kazatchkine souligne qu'il ne faut surtout pas croire que cet objectif est la solution pour éradiquer le VIH dans le monde. Il s'agit d'une importante étape qui, une fois atteinte, permettra de réduire le VIH à une épidémie de faible niveau. 

Selon lui, rien que pour atteindre l'objectif 90-90-90 globalement, il faudra améliorer le nombre de dépistages, surtout auprès des HSH ou originaires de pays à forte prévalence. Michel Kazatchkine cite la PrEP (prophylaxie pré-exposition) et l'autotest du VIH comme des outils nécessaires que l'Europe de l'Ouest doit offrir à sa population.

L'Europe devra aussi se concentrer sur ces populations cibles laissées pour compte dans les différentes interventions. Ce sont en particulier les HSH, les usagers de drogues par injection ainsi que leurs partenaires sexuels, les travailleuses et travailleurs du sexe et les personnes en situation de détention.

Surtout, insiste Michel Kazatchkine, les systèmes de santé ne suffisent tout simplement pas. Il faut s'engager avec la communauté. Il rappelle le slogan « Rien pour nous sans nous ».

Sascha Moore Boffi    


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