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13 octobre 2015 

En Birmanie, l'épidémie de Sida ne faiblit pas

Source: L'Humanité

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Malgré une meilleure prise en charge, la Birmanie ne connaît pas de réelle amélioration dans sa lutte contre le VIH, alors que l'OnuSida, l'agence spécialisée des Nations unies, a annoncé en juillet avoir dépassé les objectifs du millénaire en la matière, avec une baisse de plus d'un tiers des nouvelles infections dans le monde depuis 2000.

210 000. C'est le nombre, désespérément stable, de personnes vivant avec le VIH en Birmanie en 2014, d'après l'OnuSida. Parmi eux, 11 000 enfants. L'agence des Nations unies a enregistré 10 000 décès dus au VIH pour la même année. Certaines populations sont plus atteintes : c'est le cas des consommateurs de drogues injectables, chez qui le taux de contamination s'élève à 21,9 %, et les prostituées où il est, au niveau national, de 9,4 %. Les régions montagneuses les plus pauvres et les plus reculées sont les plus problématiques. Dans l'Etat minier du Kachin, les travailleurs font circuler l'héroïne pour tenir la cadence. A Myitkyina, la petite capitale de l'Etat, le taux de contamination des toxicomanes atteignait presque un sur trois en 2013. La drogue est le premier vecteur de contamination du VIH dans le pays. « Heureusement, ces populations-clés dans l'éradication des nouvelles infections sont souvent concentrées du fait de leur activité, ce qui facilite la prise en charge », explique le Docteur Nana Zarkua, directrice de la santé de Médecin sans frontières (MSF) dans le pays.

Malgré le travail d'information des ONG, 6 700 nouveaux cas ont été recensés en 2013. Il faut souligner que les ouvriers des mines vont très peu se faire examiner car être porteur du virus signifie souvent perdre son emploi. Nana Zarkua explique que les médecins doivent adapter leur discours selon les communautés et les profils, tant la stigmatisation des séropositifs est forte dans certains villages. Le chômage oblige certains à revendre leur traitement pour survivre. D'autres sont abandonnés par leur famille dans la forêt. En 2012, 65 % des malades du sida avaient honte de leur statut. Pire, 25 % avaient des pensées suicidaires, selon une enquête de l'OnuSida. « Trop souvent, les porteurs du virus décident de migrer pour échapper à ces stigmatisations, ce qui complique énormément le suivi de leur traitement », déplore le docteur Zarkua.

Si le ministère de la Santé a accentué ses efforts de prise en charge depuis 2013, les séropositifs ont intériorisé la discrimination des institutions médicales publiques à leur égard, si bien qu'ils s'en éloignent. Pendant longtemps, les médecins des centres publics n'étaient ni équipés ni formés pour traiter le SIDA. C'est pour répondre à ce problème que le parti d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie, a créé un hospice spécialisé dans la banlieue de Yangon. Accueillant environ 180 patients, il a été menacé de fermeture par le gouvernement en 2010. Nana Zarkua reste cependant optimiste: « Il y a quand même eu une prise de conscience depuis deux ans. Le ministère de la Santé a commencé à prendre en charge les malades du Sida, il faut maintenant accélérer la décentralisation des traitements. Les hôpitaux publics dans les zones reculées ont encore des problèmes de diagnostic et de matériel,  ce qui force les porteurs du VIH à parcourir des centaines de kilomètres pour se faire soigner s'il n'y a pas de clinique MSF ».
 
Le principal obstacle rencontré par MSF en Birmanie est donc l'importance des « late presenters », c'est-à-dire des personnes déjà très malades quand elles se présentent dans les centres. « Nous essayons de faire le maximum de prévention, mais les migrations sont très importantes dans les régions pauvres du nord et de l'ouest, et beaucoup arrivent donc à la clinique à un stade de maladie avancée. » Les migrations compliquent tant le travail de l'organisation qu'elle a expérimenté des approches particulières pour les populations affectées par des catastrophes naturelles et les conflits religieux ou ethniques. « Nous éduquons tous les patients, mais ceux-là retiennent particulièrement notre attention parce que nous ne sommes pas sûrs de les revoir. On insiste sur l'importance de la régularité des traitements, et chaque patient reçoit un mois de médicaments en plus, au cas où ils seraient forcés de partir. Ils ont aussi des numéros d'urgence à appeler s'ils ne parviennent pas à se procurer des soins, et savent comment arrêter graduellement si les médicaments sont introuvables », détaille-t-elle. Lorsque les déplacés sont trop nombreux, MSF suit le mouvement migratoire et installe une clinique mobile temporaire. Dans les zones de conflits religieux, l'ONG est présente dans les villages musulmans et non-musulmans ; là où ce n'est pas possible, les communautés s'auto-ségrèguent et ne viennent pas les mêmes jours. Les Rohingyas, la minorité musulmane persécutée, est toujours la plus nombreuse à se faire traiter dans les centres MSF, témoignant de la persistance d'une discrimination religieuse institutionnalisée dans les hôpitaux.
 
Malgré ces nombreux obstacles, le docteur Nana Zarkua se focalise sur les objectifs. « En 2013, il y avait 62 000 cas de VIH, et nous en traitions environ 32 000, la moitié. Aujourd'hui, nous traitons environ 45 000 malades sur les 90 000 affectées. Donc nous avons progressé en termes de capacité d'accueil et de décentralisation des soins. D'après l'OMS, il reste environ 35 000 personnes non suivies. Notre objectif est que 85 % d'entre eux aient accès aux soins d'ici la fin 2016. Nous verrons comment les choses évoluent, mais avec la plus grande implication du ministère, c'est un objectif réalisable », conclut-elle. 


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