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27 octobre 2015 

La Suisse ne veut pas des autotests VIH


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La France a mis en circulation des tests de dépistage du sida à pratiquer à domicile. Le matériel d'autodiagnostic reste en revanche interdit de vente en Suisse... même s'il est très facile de se le procurer en traversant la frontière ou sur internet.

Il suffit désormais d'une petite goutte de son sang et de quelques minutes de patience pour savoir si l'on est infecté par le virus du sida. C'est du moins le cas en France, où l'autotest du laboratoire AAZ est disponible à la vente en pharmacie, sans ordonnance, et pour un prix qui oscille entre 20 et 30 euros. Le troisième pays après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à autoriser la circulation du produit.

Les diagnostics fournis par l'autotest VIH sont fiables à 99%. Mais seulement dans le cas où ils sont effectués au minimum trois mois après la dernière prise de risque. Pratiqué avant, l'organisme n'aura pas développé un taux suffisant d'anticorps pour que la méthode ne les détecte. Les tests pratiqués en laboratoire ou en centre de dépistage peuvent, eux, se révéler fiables dès six semaines après une possible infection.
Les nouveaux tests ne seront pas commercialisés en Suisse. L'ordonnance fédérale sur les dispositifs médicaux interdit en effet «la vente de matériel de diagnostic en matière de maladies transmissibles». Le produit ne peut donc être vendu en pharmacie, mais uniquement délivré à des professionnels de la santé, qui auront toujours l'obligation de fournir leurs conseils avisés aux patients.

Il reste bien sûr pour les Helvètes la possibilité d'acheter légalement l'autotest dans une pharmacie de l'autre côté de la frontière. Ou de le commander sur internet. Mais attention aux arnaques! Du nombreuses contrefaçons du test, fournissant des résultats non fiables, circuleraient déjà sur la toile...

«Les conseils d'un professionnel restent indispensables», Daniel Koch, chef de la division maladies transmissibles à l'OFSP.

Les autotests VIH disponibles en France depuis quelques semaines sont interdits de vente en Suisse. Une position que soutiennent l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et la Commission fédérale pour la santé sexuelle. Pourquoi?

D'abord parce que nous manquons de recul. Il faudra attendre quelques années pour connaître la véritable utilité de ce produit. Ensuite, ces nouvelles méthodes ne peuvent en aucun cas remplacer les tests réalisés par des professionnels de la santé. Il est primordial en effet que la personne qui effectue un examen VIH puisse bénéficier de conseils adéquats. Comme c'est le cas lorsqu'il est réalisé chez son médecin ou dans un centre agréé, où la procédure peut être effectuée de manière 100% anonyme.

Pour quelles raisons cet encadrement par des professionnels est-il primordial?

Le sida reste une maladie grave. En cas de diagnostic positif, il est crucial d'expliquer au patient de quelle manière réagir. Par exemple, en lui rappelant d'avertir le plus vite possible les partenaires sexuels qu'il aurait pu à son tour infecter! Le risque est aussi que les personnes qui apprennent seules chez elles qu'elles sont séropositives ne paniquent. Ou au contraire qu'elles nient le diagnostic et ne prennent donc pas le soin de consulter un médecin.

On estime qu'en France environ 150 000 personnes vivent avec le VIH sans le savoir. Une des raisons qui ont poussé les autorités à commercialiser les autotests. Cet argument n'est-il pas valable en Suisse?

Certaines de ces personnes refusent consciemment de savoir si elles sont ou non séropositives. Et je ne crois que pas que les méthodes d'autodiagnostic les convaincront davantage. La Suisse dispose déjà d'un très bon réseau d'établissements, où il est possible de réaliser anonymement un test VIH. Les autotests font-ils peut-être davantage sens en France, où il est parfois nécessaire d'effectuer de très longues distances pour rejoindre une grande ville et donc de bénéficier d'une même prestation.

Les tests d'autodépistage coûtent environ 30 euros. Moins cher que le prix d'une consultation...

Je ne crois pas que le prix pose vraiment problème. Même si quelques Helvètes, proches de la frontière, profiteront peut-être d'acquérir les auto­tests VIH en France. Encore une fois, les conseils d'un professionnel sont essentiels lorsqu'on réalise un tel examen. Ce dernier recommandera d'ailleurs, selon les profils des patients, de réaliser un check-up plus complet pour détecter d'autres maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis, l'hépatite B ou la gonorrhée.

La méthode a également le désavantage de ne fournir un diagnostic fiable que si elle est réalisée environ trois mois après la dernière prise de risque...

Il faut en effet compter avec une période où la personne est porteuse du virus, mais sans que celui-ci ne soit déjà identifiable. Si le test à réaliser à la maison n'est pas utilisé de manière correcte, il peut faire penser au patient qu'il est séronégatif alors qu'en réalité, il est déjà porteur du VIH.

Le sida a tendance à moins effrayer aujourd'hui, grâce aux traitements qui permettent, dans une majorité des cas, d'y survivre. Les méthodes d'autodiagnostic pourraient-elles banaliser davantage cette maladie?

C'est possible. Les gens savent que des traitements permettent désormais de lutter avec grande efficacité contre les symptômes du sida. Jusqu'à oublier parfois à quel point la vie d'une personne qui apprend qu'elle est séropositive est bouleversée! Le VIH a en outre un fort impact sur la société en son entier, en raison des coûts très importants que représentent ses traitements.

Texte © Migros Magazine - Alexandre Willemin

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