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14 décembre 2015 

Données épidémiologiques 2015 : Les réalités du VIH en France

Source: Seronet

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Comme chaque année à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l'Institut de veille sanitaire (InVS) a dévoilé les données épidémiologiques du VIH en France. A travers ces dernières, se dessinent les tendances de l'infection et du recours au dépistage. Encore en 2014, l'inquiétude se porte sur la hausse des contaminations chez les jeunes gays, la forte prévalence des IST et la stagnation du nombre de dépistages. Revue des points saillants.

Dans les profondeurs d'un parc arboré de Saint-Maurice, en banlieue parisienne, une cinquantaine de professionnels de santé, chercheurs et associatifs se sont rendus dans le pavillon de bois qui héberge l'Institut de veille sanitaire (InVS). Dans une salle anonyme, les intervenants se sont succédé pour présenter la nouvelle salve de chiffres sur l'évolution des courbes de l'épidémie de VIH en France. Un constat majeur : si l'épidémie semble stabilisée, en y regardant de plus près, on constate que certains groupes restent beaucoup plus touchés par l'infection à VIH.

6 600 découvertes de séropositivité en 2014

En 2014, plus de 5,3 millions de sérologies VIH ont été réalisées en France. Un chiffre stable, alors qu'il avait augmenté les deux années précédentes, et cela malgré l'arrivée des tests rapides (Trod : tests rapides d'orientation diagnostique) fin 2010. Mais il faut noter que le taux de tests positifs est bien plus élevé avec le Trod que les dépistages classiques en laboratoire, ces derniers représentant plus de 95 % du nombre global de sérologies effectuées. Preuve que le dépistage rapide a pu atteindre des personnes qui ne se dépistaient pas jusqu'alors. L'activité de dépistage est plus élevée en Ile-de-France, dans les départements d'Outre-mer et en Provence Alpes-Côte d'Azur. C'est aussi dans ces régions que les nouvelles découvertes de séropositivité sont les plus nombreuses. C'est donc une indication de la dynamique de l'épidémie dans l'hexagone et dans les départements français d'Amérique.

En 2014, il y a eu environ 6 600 nouveaux cas de VIH recensés par les autorités sanitaires. Un chiffre plutôt stable en comparaison avec les années précédentes. Mais qui demeure assez élevé, à la lumière des objectifs de fin de l'épidémie de l'Onusida. Comme depuis plusieurs années, les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) représentent près de la moitié des nouvelles découvertes (42 %), soit 2 800 nouveaux diagnostics en 2014. C'est le seul groupe dont la courbe  des nouveaux cas grimpe depuis 2011. Après une baisse sensible dans les années 2000, les contaminations restent cependant élevées chez les femmes et hommes nés à l'étranger, avec respectivement 23 % et 16 % des nouvelles infections : 2 600 cas en 2014.

Même si les diagnostics tardifs au stade sida diminuent encore (moins de 1 100 cas), les experts constatent aussi une stagnation des découvertes du VIH à un stade précoce (primo-infection), à moins de 40 %. Cet élément pousse l'InVS à "vouloir réévaluer sa stratégie globale du dépistage" dans les années à venir. Les personnes usagères de drogues ayant découvert leur séropositivité en 2014 sont au nombre de 70 ; les personnes hétéros nées en France : 1 100.

Les chiffres de découvertes de séropositivité restent alarmants malgré les sept années de mise en évidence du traitement comme prévention (Tasp) qui auraient pu laisser supposer une baisse sensible des contaminations entre partenaires séro-différents. Les experts constatent aussi une stagnation des découvertes du VIH à un stade précoce, à moins de 40 %. Autre signe d'un besoin de promouvoir et de développer un dépistage le plus précocement possible, pour débusquer la primo-infection au VIH, période où la quantité de virus dans le sang est très élevée, et responsable de nombreuses transmissions du VIH.

Les gays très vulnérables au VIH et aux IST

Voici la donnée la plus inquiétante. Les dix dernières années ont montré une hausse extrêmement forte du nombre de contaminations parmi les HSH les plus jeunes. Entre 2004 et 2012, ce chiffre a augmenté de plus de 150 % (multiplié par 2,6). Et dans les autres tranches d'âge, les courbes sont aussi ascendantes. Les analystes de l'InVS remarquent que l'incidence (1) du VIH chez les HSH, c'est-à-dire que le nombre réel de nouvelles infections, est supérieur aux découvertes de séropositivité rapportées chaque année. En clair, il y a probablement plus de contaminations que de diagnostics, l'épidémie va plus vite que la musique de la prévention. Une preuve, une fois de plus, d'un défaut de dépistage selon l'InVS. Cette différence se retrouve d'ailleurs aussi chez les hétérosexuels français nés en France. Le Dr François Bourdillon, directeur général de l'Institut de veille sanitaire, "regrette" ces nombreuses infections, qui arrivent très précocement dans la vie sexuelle de jeunes ayant des rapports homosexuels.

Dans la salle, au même moment, certains commentent l'annonce de la future autorisation du traitement préventif du VIH (PrEP) par Marisol Touraine à l'Assemblée nationale. Ces derniers espèrent d'ailleurs que ce nouvel outil pourra avoir un impact concret sur cette dynamique chez les hommes gays. Car au-delà du VIH, les chiffres concernant les autres infections sexuellement transmissibles illustrent une très forte présence de la syphilis, des gonococcies et des infections à chlamydiae dans ce groupe. Rien que pour la syphilis, les HSH représentent 84 % des nouveaux cas en 2014. Pour toutes les IST, la hausse est flagrante depuis plus de cinq ans. Plus rassurant, en revanche, les cas de résistances aux antibiotiques signalés se sont stabilisés. Si l'arrivée en 2016 de la PrEP peut changer la donne concernant le VIH, elle ne pourra pas influer sur la circulation des IST. Ici encore, le dépistage répété et régulier du VIH, mais aussi des autres IST, doit être la pierre angulaire de la santé sexuelle des groupes les plus vulnérables, et pas seulement des gays.

(1) Incidence : nombre de nouveaux cas par an au sein d'un groupe ou d'une population.

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