contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

25 janvier 2016 

L'épidémie de sida ralentit au Maroc

Source: Yabiladi

11314d6e347982e92acdc6686974b1af_thumb_565.jpg
L'épidémie de sida ralentit au Maroc, selon le ministère de la Santé, mais seuls 26% des malades sont soignés car plus des deux tiers n'a pas encore été dépistés malgré l'explosion du nombre de tests de dépistages en seulement 3 ans.

« Le nombre de nouvelles infections VIH est en baisse depuis 2012. 2000 nouvelles infections ont eu lieu en 2014, soit 5 par jour, contre 3600 en 2011, [soit une baisse de 44,4%, ndlr] a révélé Abderrahmane Maaroufi, directeur de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, hier, jeudi 14 janvier 2015, lors du cinquième débat de Santé publique organisé à l'Ecole nationale de la Santé Publique, à Rabat, par l'OMS et l'ONUSIDA, devant la professeure Françoise Barré Sinoussi, célèbre pour avoir contribué à la découverte du VIH en 1983 et invitée pour l'occasion. « Le Maroc est le seul à être parvenu à de tels progrès dans la région. Le nombre de nouvelles infections VIH a au contraire augmenté de 26% depuis 2000 dans la région MENA », a rappelé Abderrahmane Maaroufi.

En 2012 était lancé le troisième Plan stratégique national de lutte contre le sida 2012-2016. A un an de l'échéance, le ministère a presque atteint son premier objectif : réduire de moitié le nombre de nouvelles infections. Le nombre de personnes atteintes par le sida oscille ainsi, entre décès et nouvelles infections, autour de 30 000 personnes atteintes par le virus depuis plusieurs années.

802 centres publiques de dépistage du sida

La grande difficulté posée par le VIH au Maroc n'est donc pas tant son ampleur que l'ignorance des malades eux-mêmes. 65% des personnes atteintes par le virus sont encore dans l'ignorance de leur état, d'après les estimations statistiques. Pour les trouver et les soigner, le ministère de la Santé a étendu massivement le dépistage ces 3 dernières années. « Alors qu'auparavant, seules les associations faisaient du dépistage, aujourd'hui les tests se font dans les centres de santé du ministère », reconnaît avec satisfaction Hakima Himmich, fondatrice de l'ALCS (Association de Lutte Contre le Sida).

Ainsi, alors que seules 60 446 personnes avaient été testées en 2011 pour le VIH ; elles étaient plus de 222 000 un an plus tard et plus de 628 000 en 2014. A présent, « on attend de vous l'autorisation de généraliser le dépistage communautaire », a lancé, hier, Hakima Himmich à Abderrahmane Maaroufi, car les personnes les plus vulnérables au sida appartiennent à des groupes déjà bien identifiés.

Homosexuels, prostituées, clients et drogues injectables

Les hommes homosexuels, les prostituées et leurs clients, en particuliers les routiers, ainsi que les usagers de drogues, notamment dans la région de Tétouan et Nador, sont les premières victimes du virus. « L'épidémie de sida a la particularité, au Maroc, d'être géographiquement très concentrée. Trois régions réunissent à elles seules 50% des cas de sida : Souss Massa Draa, Marrakech Tensift El Haouz et le Grand Casablanca », indique Abderrahmane Maaroufi.

« Des prévalences du VIH de plus de 1% ont été retrouvées parmi les ouvrières saisonnières de la région de Souss Massa Draa », précisait le document de référence du Plan National Stratégique 2012-2016, contre 0,14% de moyenne nationale. De fait, Hicham Houdaïfa raconte bien dans son ouvrage « Dos de femme, dos de mulet » les vies difficiles des saisonnières de la région, travaillant pour un salaire de misère dans les exploitations agricoles pendant les récoltes, sans cesse abusées sexuellement par leurs employeurs. Au chômage le reste de l'année, elles se convertissent souvent, durant cette période, à la prostitution.

1/4 des dépistées sont perdus de vue

La stigmatisation qui afflige ces femmes lorsqu'elles sont malades est un frein important au dépistage. « Au Maroc, la prostitution est pénalisée, l'homosexualité est pénalisée et être pris avec un préservatif dans la poche peut faire office de flagrant délit pour un juge et la plupart des usagers de drogues sont également incarcérés », rappelle Hakima Himmich.
La stigmatisation, la honte, explique certainement en partie le fait que 1 personne diagnostiquée sur 4 disparaisse des radars et ne se présentent jamais auprès des centres de soins pour se faire soigner. Seules 75% des personnes diagnostiquées comme porteuses du virus bénéficient d'un traitement par antirétroviraux.

« Les centres de traitements du VIH sont mal répartis sur le territoire. Le sud est en grande partie oublié. Dans tout le pays, les centres qui existent sont surchargés, assure Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd, à Rabat.  Les ressources humaines de ces centres sont au bord de la rupture, ce qui n'encouragera pas d'éventuelles nouvelles recrues. On a fait un effort sur le diagnostic, mais que vont devenir ces personnes diagnostiquées si nous ne pouvons pas les prendre en charge ? »
Pour l'instant, les traitements offerts par ces centres sont relativement efficaces puisque « 71% des personnes traitées pour le VIH au Maroc ont une charge virale négative », affirme Hakima Himmich, c'est à dire le virus est devenu indétectable dans leur sang. Elles ne représentent en fait que 16% de tous les malades au Maroc.


Ajouter un commentaire

TrackBacks (0)

Liste des articles qui référence la note: L'épidémie de sida ralentit au Maroc.

TrackBack URL pour cette note: /cgi-bin/mt/mt-tb.cgi/1958.



© 2008-2017 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum