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Fil Rouge

10 août 2016 

Aux sources du VIH, l'Afrique


L'épidémie est née dans une région forestière entre le Cameroun et la république démocratique du Congo, lorsque le virus infectant habituellement les singes s'est transmis à l'homme. 

Mais où se cache-t-il ? Où est l'endroit, le lieu ? Et quand surgit ce satané virus ? Aujourd'hui, grâce à la biologie moléculaire, on a les réponses. On peut retracer le parcours et dessiner la chaîne de contamination.

Le lieu d'abord. L'épidémie n'est donc pas née aux Etats-Unis, mais bel et bien en Afrique centrale, dans une région forestière entre le Cameroun et la république démocratique du Congo, dans des forêts profondes et denses. Le VIH est issu d'une transmission du virus de l'immunodéficience simienne (VIS) infectant naturellement les grands singes du sud du Cameroun. Ce virus a franchi ensuite la barrière des espèces au cours de chasses, par des morsures d'un singe infecté, ou bien par des écorchures lors du dépeçage de ces animaux, voire lors de la consommation de viande de brousse.

Les chasseurs vivent alors dans des zones isolées. Mais si l'un d'entre eux se contamine, cela ne fait pas pour autant une épidémie, car le virus va se diffuser à une ou deux personnes, mais guère plus et ledit virus va rester dans la forêt. Qui sera le premier chasseur infecté à prendre le train pour Léopoldville, alors capitale du Congo belge, qui deviendra Kinshasa ? Et qui y restera ? Car, dans le développement d'une épidémie, de nombreux facteurs interviendront. Des analyses du groupe de chercheurs des universités britannique d'Oxford et belge de Louvain laissent à penser que tout se joue entre les années 20 et 50, car il y a là une combinaison de facteurs - dont l'urbanisation rapide, la construction des chemins de fer, ainsi que des changements dans le commerce du sexe -, qui va favoriser l'émergence et la propagation du sida à partir de Léopoldville.

Le moment ensuite. Les informations des archives coloniales indiquent qu'à la fin des années 40, plus d'un million de personnes vont transiter via Kinshasa par le train chaque année. «Nos données génétiques nous disent que le virus VIH s'est propagé ainsi très rapidement à travers le Congo, d'une superficie équivalente à l'Europe de l'Ouest, se déplaçant avec des personnes par les chemins de fer et les voies d'eau», souligne Nuno Faria, de l'université d'Oxford. Le VIH a pu atteindre Mbuji-Mayi et Lubumbashi dans l'extrême sud et Kisangani dans le nord entre la fin des années 30 et le début des années 50.

«Ces migrations ont permis ensuite au virus d'établir les premiers foyers secondaires d'infection dans des régions qui disposaient de bons réseaux de communication avec des pays du sud et de l'est de l'Afrique», selon ces chercheurs. «Nous pensons que les changements dans la société, qui se sont produits au moment de l'indépendance du Congo en 1960, ont aussi probablement fait que le virus a pu s'échapper de petits groupes de personnes séropositives pour infecter des populations plus étendues, avant de se propager dans le monde à la fin des années 70.»

On connaît la suite. Le virus arrive sur les côtes de l'Amérique par le biais d'Haïti, beaucoup d'Haïtiens ayant travaillé au Congo belge après la décolonisation, puis étant rentrés au pays. L'île des Caraïbes était, alors, un lieu fréquenté de tourisme sexuel pour les Nord-Américains.

Eric Favereau


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