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22 août 2016 

La protection «quasi inexistante» chez les lesbiennes inquiète


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Les lesbiennes se protègent trop rarement lors de leurs rapports sexuels, ce qui inquiète des organismes communautaires, qui déplorent le manque d'éducation et de recherches sur le sujet.

«En parlant avec des femmes lesbiennes dans des ateliers, on se rend compte qu'elles ne savent même pas c'est quoi, une digue dentaire [l'objet utilisé pour se protéger]», rapporte Manon Deschênes, directrice générale du Réseau des Lesbiennes du Québec (RLQ). On présuppose que deux femmes entre elles, comme il n'y a pas de pénétration, n'ont pas de comportements à risque. Alors qu'il peut y avoir des risques.»

«Je vous dirais que la protection est quasi inexistante chez les lesbiennes, insiste quant à elle Marjolaine Landry, intervenante au Centre de solidarité lesbienne et diplômée en sexologie. C'est un grand tabou et un mythe dans la communauté. La transmission d'ITSS est souvent associée à l'homme; donc, entre deux femmes, elles se disent qu'elles ne devraient rien avoir. Il y en a même qui m'ont déjà dit qu'elles trouveraient étrange qu'une fille leur propose de se protéger.»

Mme Deschênes rappelle que plusieurs campagnes dans les années 1980, lors de l'apparition du sida, se sont concentrées sur la protection dans les relations sexuelles entre hommes, et avec raison, dit-elle. «L'accent a été mis sur le VIH/sida, et le reste, malheureusement, n'a pas suivi. Il aurait dû y avoir aussi de la sensibilisation sur d'autres maladies et auprès d'autres groupes de la population, comme les lesbiennes», ajoute Mme Deschênes.

Les deux intervenantes rapportent que bon nombre de lesbiennes ne se font pas proposer de tests de dépistage chez le médecin ou doivent l'exiger. «Donc, même les médecins transmettent l'information qu'il y a peu de risques», déplore Mme Landry. Elle rappelle que bien que les risques de transmission soient plus faibles, il sont tout de même réels lors des contacts de peau à peau ou les contacts entre sécrétions vaginales par l'utilisation d'un godemichet, par exemple.

«En ce moment, l'idée répandue, c'est: "C'est sûr que je n'attraperai rien." Alors que c'est possible.» Marjolaine Landry, intervenante au Centre de solidarité lesbienne

«Selon les dernières recherches, l'herpès et le VPH sont les maladies les plus transmises chez les lesbiennes, et ce sont des ITSS qu'on conserve toute sa vie. Et les vaginites sont plus facilement transmissibles», rappelle Mme Landry.

«Avec notre expérience sur le terrain, on se rend compte qu'il y a certaines femmes qui utilisent du Saran Wrap pour se protéger, confie Mme Deschênes. Mais ce n'est pas adéquat parce que c'est poreux, donc ça laisse les fluides passer. Il y a peu d'éducation qui est faite à cet égard, très peu d'initiatives, et quand il y en a, cela s'adresse plus souvent aux femmes hétérosexuelles.»

Marjolaine Landry ajoute que l'accessibilité aux produits permettant une protection sexuelle est peu développée pour les lesbiennes. «À Montréal, une digue dentaire ne se trouve que dans les sex-shops, donc il faut avoir 18 ans et plus pour entrer et s'en procurer une. Et chaque digue, à utilisation unique, coûte de 4 $ à 5$», dit-elle.

Les femmes hétérosexuelles prenant la pilule contraceptive doivent consulter un gynécologue régulièrement, ce qui augmente le nombre de dépistages possibles du cancer, notamment du cancer du sein.

«Les lesbiennes sont la tranche de la population qui consulte le moins les médecins, donc souvent pour tout ce qui a trait au côté préventif, elles n'y vont pas, à moins qu'il y ait réellement un problème, et parfois il est déjà trop tard», regrette Mme Deschênes.

Les deux intervenantes disent avoir rencontré des lesbiennes qui avaient contracté des ITSS, certaines même vivant ensuite avec la honte de rencontrer d'autres partenaires «parce qu'il n'y a personne qui peut croire que tu es lesbienne et que tu as un ITSS», s'inquiète Mme Landry.

Peu de recherches

Combien de lesbiennes ont contracté des ITSS au Québec? Il est impossible de le savoir, indiquent les intervenantes.

• Mme Landry et Mme Deschênes font valoir que peu des recherches ont été faite sur le sujet. En fait, il n'en existe qu'une seule, qui date de 2003.
• L'idée que la transmission des ITSS chez les lesbiennes est faible serait à ce point répandue que peu d'argent est investi dans la recherche et les campagnes de sensibilisation.
• Les deux femmes souhaiteraient que le gouvernement réalise le même type de campagne qui a été fait dans les années 1980 pour le condom, mais cette fois auprès des lesbiennes et sur la protection adaptée à leur vie sexuelle.


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