contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

17 octobre 2016 

Faut-il offrir la gratuité des tests de dépistage du VIH à Genève?

Source: Le Temps

Miniature de l'image pour dp.jpg
Depuis deux ans, le parlement genevois tente de convaincre son ministre de la Santé de l'utilité d'offrir des dépistages gratuits. Sans succès, des députés reviennent à l'assaut.

A deux reprises, une majorité du Grand Conseil a invité le Conseil d'Etat genevois à rendre gratuits les tests de dépistage VIH effectués aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG). Cela n'a pas suffi à faire plier le conseiller d'Etat chargé de la Santé. Le magistrat Mauro Poggia n'est toujours pas convaincu qu'une généralisation de la gratuité du dépistage soit une mesure efficace. Et à l'édile MCG d'avancer ses arguments. «D'abord, le prix n'est pas un obstacle. Et si cela devait l'être, plusieurs lieux permettent de se faire dépister gratuitement, affirme-t-il. Ensuite, les acteurs de la prévention reconnaissent eux-mêmes que cette démarche n'est pas prioritaire. Enfin, offrir une telle gratuité reviendrait à enrichir les assurances maladie.»

Diverses sources ont estimé les coûts de cette démarche à environ 250 000 francs par année, soit l'équivalent de 5000 tests rapides de dépistage. Pour l'heure, un test anonyme effectué aux HUG est facturé 55 francs à un adulte, 25 francs à un mineur. A notre connaissance, seul un lieu à Genève, destiné de surcroît aux personnes migrantes, offre des tests gratuits, contrairement à ce qu'assure le gouvernement.

Dans sa réponse aux députés, le gouvernement avance encore deux autres éléments pour motiver son refus. L'exécutif rappelle que le taux de positivité des tests réalisés auprès des populations «à risque» est déjà faible (<0,5%). Il dit vouloir également «privilégier» un soutien aux associations et à leur travail de prévention plutôt que multiplier des «tests non accompagnés de conseils adéquats». Les HUG apprécieront.

«Trop d'individus porteurs du virus VIH se font dépister trop tard»

Qu'en pense le corps médical? Responsable de l'unité VIH aux HUG et professeure assistante au sein de la Faculté de médecine de l'Université de Genève, Alexandra Calmy pèse chacun de ses mots: «Je suis favorable à diminuer autant que possible les obstacles au dépistage du VIH.» Selon elle, l'accès facilité au dépistage est un moyen de briser la chaîne de transmission, «car ce sont ceux qui ne se savent pas porteurs de la maladie qui sont le plus enclins à la transmettre. Ceux qui ont connaissance de leur statut adoptent un comportement adapté, et sont ensuite rapidement pris en charge par le système de soins pour bénéficier d'un traitement. Trop d'individus porteurs du virus VIH se font encore dépister trop tard, au moment où ils présentent des signes de maladie».

On estime que 15% à 20% des personnes séropositives non diagnostiquées sont responsables de 80% des cas de transmission du VIH. «Mais pour autant, la gratuité des tests de dépistage ne suffit pas à elle seule à contrôler l'épidémie, ajoute la spécialiste. Pour élargir le recours au dépistage, les médecins généralistes ont un rôle important à jouer en proposant des tests à leurs patients, on pourrait également décentraliser et simplifier la pratique de ces tests, en évitant par exemple d'être trop intrusif dans la vie intime des personnes qui les demandent. Et surtout, la mise rapide sous traitement efficace (trithérapie) et un suivi médical de qualité sont essentiels pour tous les individus chez lesquels le test VIH se révèle positif».

Stratégies de dépistage «sur mesure»

Selon une étude de 2015 («Reasons for late presentation to HIV care in Switzerland») menée dans le cadre de l'Etude Suisse de Cohorte, les principales raisons qui ont conduit des porteurs du virus à se faire tester tardivement sont les suivantes: 72% d'entre eux ne s'estimaient pas à risque, 65% ne se sentaient pas malades, 51% ne connaissaient pas les symptômes du VIH. Les auteurs recommandent de développer des stratégies de dépistage «sur mesure» et d'augmenter la fréquence des tests pour les personnes fréquentant des lieux de soins. «Il n'est donc pas toujours si évident de se reconnaître comme faisant partie d'une catégorie à risque», explique Alexandra Calmy. 

Directeur du groupe sida Genève, David Perrot concède que la gratuité ne recueille pas l'unanimité des membres de l'association. «Officiellement, nous n'y sommes pas favorables.» Pourquoi? «Prise pour elle-même, il est évident que cette mesure est utile. Mais nous sommes divisés sur la question de savoir si cette mesure-ci est prioritaire dans la lutte contre le VIH.» Dans les milieux associatifs de lutte et de prévention du VIH, c'est surtout la crainte de voir ses subventions diminuer qui prédomine. Des craintes bel et bien fondées à lire entre les lignes des réponses du Conseil d'Etat. En 2014, l'exécutif expliquait que «dans le contexte budgétaire actuel, rendre le test de laboratoire gratuit en utilisant les deniers publics prétériterait la mise en œuvre et la continuité des différents projets en cours».

La gratuité n'est pas un objectif pour l'Office fédéral de la santé publique

Face à ce refus d'entrée en matière de la part des autorités, le député socialiste Romain de Sainte Marie a décidé de passer à la vitesse supérieure, à savoir déposer un projet de loi ayant force coercitive. Il sera débattu vraisemblablement lors de la session de novembre. Et les signaux sont mauvais. Traité par la commission de la santé, le texte a été refusé après un revirement des élus MCG, pourtant cosignataire du projet de loi. «Notre ministre nous a convaincus qu'il s'agissait là d'une fausse bonne idée», explique le député Pascal Spuhler.

L'obtention d'une majorité sur ce projet de loi semble désormais compromise, reconnaît Romain de Sainte Marie. Mais l'élu compte bien capitaliser sur le récent vote du Grand Conseil vaudois. Ces derniers ont largement soutenu fin septembre une motion socialiste demandant la gratuité du test, afin d'augmenter le taux de dépistage du VIH. «J'espère que ce vote encouragera les députés genevois à faire preuve de responsabilité et de considérer les coûts de cette mesure comme un investissement sur l'avenir. Un traitement coûte actuellement plus de 20 000 francs par année et par patient. Eviter de nouvelles contaminations, c'est aussi réaliser des économies.»

A ce jour, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) demeure en faveur d'une harmonisation et d'une réduction des prix, fait savoir son porte-parole. «Cependant, afin de maintenir une certaine responsabilisation, la gratuité n'est pas visée.» La Suisse demeure encore l'un des derniers pays d'Europe où le test VIH n'est pas gratuit, et où l'autodépistage n'est toujours pas autorisé. «L'encadrement par un professionnel de la santé est important. C'est pourquoi les autotests sont déconseillés», indique l'OFSP. 


Ajouter un commentaire

TrackBacks (0)

Liste des articles qui référence la note: Faut-il offrir la gratuité des tests de dépistage du VIH à Genève?.

TrackBack URL pour cette note: /cgi-bin/mt/mt-tb.cgi/2161.



© 2008-2017 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum