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12 octobre 2016 

Petite histoire du coming-out : double-vie, militance et visibilité

Source: Têtu

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Aujourd'hui, c'est le Coming-out Day, ou Journée internationale du coming-out. Mais depuis quand et pourquoi sortir du placard est devenu un rituel ?

Il est courant de parler de « coming-out » pour signifier qu'une personne gay, bi, lesbienne ou trans fait volontairement état de sa sexualité ou de son identité de genre à son entourage voire même au grand public dans le cas des célébrités. Mais d'où nous vient cette expression anglo-saxonne ? Et surtout, depuis quand cette présentation singulière de soi s'est-elle imposée comme une étape cruciale vers l'équilibre psychique des individus ?

La genèse du coming-out : se révéler à soi et au monde gay

Le chercheur George Chauncey s'est penché sur la question dans les années 1990. Professeur d'Histoire à l'université de Yale et grande figure des études gaies et lesbiennes, il a retrouvé les racines de l'expression coming-out dans l'Amérique de l'aube du XXème siècle. En effet, jusqu'à la fin des années 1950, l'homosexualité et ses manifestations sont fortement réprimées dans l'espace public américain. Les gays de l'époque tissent malgré tout des réseaux de sociabilité parallèles constituant une « sphère publique gaie alternative » selon les termes de George Chauncey. Aux vues de l'hostilité des Etats-Unis face à l'homosexualité, ce « monde gay » est le seul horizon de révélation possible pour les homosexuels. L'expression coming-out fleurit dans ces années-là au sens de révélation à soi et à ce réseau ; c'est un rite de passage, une entrée dans ce « double monde » gay et a fortiori dans les bars gays de l'époque.

D'après George Chauncey, la communauté gay aurait d'ailleurs emprunté cette expression au bal des débutantes durant lequel les jeunes filles de bonne famille faisaient leur entrée (come out) dans la société, avant d'y ajouter le concept du placard spécifique à l'identité gay ou lesbienne : coming out of the closet selon l'expression complète.

Les années 1960 : racines militantes et injonction à la visibilité

Selon l'auteur, ce n'est qu'au cours des années 1960 que le terme coming-out revêt le sens retenu aujourd'hui, à savoir l'affirmation de l'homosexualité auprès de la société hétérocentrée. En effet, les émeutes de Stonewall Inn en 1969 - commémorées l'année suivante lors de la Christopher Street Liberation Parade avant de donner naissance aux Marche des fiertés LGBT (anciennement appelées Gay Pride) contemporaines - et l'influence de la lutte des Civil Rights établissent l'injonction au coming-out comme le fer de lance des mouvements de libération homosexuelle aux Etats-Unis.

Cette transformation est encouragée par un déplacement des frontières entre public et privé dans les sociétés euro-américaines dès les années 1950. Alors qu'une séparation des différentes sphères sociales est à l'oeuvre dans la première moitié du XXème siècle, cette gestion multidimensionnelle de la vie publique/privée - ou double-vie - est peu à peu perçue comme une schizophrénie néfaste pour l'intégrité de chacun et une source de honte. Face à cela, le coming-out apparaît dès la fin des années 1960 comme un acte libérateur, un moyen de surmonter le silence du placard, d'atteindre une intégrité personnelle nécessaire au bien-être psychologique et de constituer une communauté servant elle-même de levier politique et de refuge ; soit une dimension à la fois biographique, historique et collective. En 1869, l'Allemand Karl Heinrich Ulrichs avait d'ailleurs théorisé cette politique de révélation en vue de l'émancipation, bien qu'il n'employât alors pas le terme coming-out.

Sortir du placard n'est pas inné mais historiquement situé

Un phénomène similaire se matérialise en France dans les années 1970, alors que les mouvements homosexuels se joignent aux mouvements féministes. Ces derniers prônent alors une politisation de la vie privée dans le but d'obtenir une réponse politique aux questions de sexualité ; la visibilité comme le coming-out - dont l'appellation ne se généralisera qu'à partir des années 1990 - s'inscrivent dès lors au cœur des mouvements d'émancipation gays et lesbiens.

Comme le souligne George Chauncey, l'ère du coming-out n'est donc pas la conclusion d'une évolution linéaire menant du secret à la révélation, mais un phénomène historiquement situé relevant d'une opposition générationnelle sur la présentation de soi, la gestion multidimensionnelle de la vie n'étant plus vécue de manière positive par les soixante-huitards. La célèbre théoricienne queer Eve Kosofsky-Sedgwick note ainsi que le terme du placard « n'est aujourd'hui compréhensible qu'en vertu des politiques gaies post-Stonewall orientées vers la sortie du placard ». En d'autres termes, et comme le soulève Louis-George Tin dans le Dictionnaire de l'homophobie, la cristallisation autour de la notion de placard est intervenue au moment « où une génération d'homosexuels a témoigné la nécessité d'en sortir ».

La Journée du coming-out fête maintenant ses 28 ans

Le 11 octobre 1987, ils étaient ainsi 500.000 à défiler en faveur de l'égalité des droits depuis le berceau politique des Etats-Unis lors de la Second National March on Washington for Lesbian and Gay Rights. Rebaptisée la "Grande Marche" ("Great March") par le milieu associatif américain, cette parade augure une réflexion sur la création d'une journée nationale célébrant le coming-out et la visibilité LGBT. L'anniversaire du défilé est retenu par le psychologue Rob Eichberg et la militante Jean O'Leary, donnant naissance au National Coming Out Day le 11 octobre 1988. A cette occasion, des centaines d'anonymes avaient répondu à des annonces de publicités du NCOD, et publié leur nom dans les journaux. L'artiste gay Keith Haring avait également signé une oeuvre devenue image d'Épinal de la Journée du coming-out, et en avait fait don à Human Rights Campaign.

Depuis, ce jour est chaque année l'occasion de célébrer la visibilité LGBT. Il encourage les gays, les lesbiennes, les bis et les trans à faire leur coming-out auprès de leur famille, de leurs amis, de leurs collègues... Peu connue en France, la Journée internationale du coming-out est néanmoins suivie par certains pays d'Europe à l'instar de l'Allemagne, de la Suisse, du Royaume-Uni et des Pays-Bas.

Et dans la pratique...

Rappelons à cette occasion que si le coming-out s'est imposé comme la principale manière de vivre sa sexualité dans les sociétés occidentales, il ne relève pas moins d'un long processus de réflexion. Dans cette démarche, les associations LGBT sont riches de conseils. Le site des sexualités gays Prends-moi propose ainsi un kit d'informations sur "Le placard ou comment en sortir", tandis qu'au mois d'avril, l'association SOS homophobie prodiguait "10 conseils pour les parents d'ado LGBT".


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