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15 novembre 2016 

«Nous réussissons à contrôler le VIH, mais il persiste»

Source: 24 heures.ch

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Santé publique: Les infections sexuellement transmissibles sont en hausse. L'analyse d'Alexandra Calmy, spécialiste du sida.

«Les partenaires changent. Le safer sex reste». C'est le slogan choisi cette année par l'Office fédéral de la santé publique pour sa campagne de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST). Des infections qui ont fortement progressé en 2015: + 23% pour la gonorrhée, + 7% pour la syphilis, + 5% pour la chlamydia. En revanche, les cas de sida restent stables. La campagne LOVE LIFE insiste sur la nécessité de se protéger, surtout si l'on change souvent de partenaires. Le point avec Alexandra Calmy, responsable de la consultation VIH/sida aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Les chiffres de l'OFSP montrent que les infections sexuellement transmissibles (IST) gagnent du terrain, mais que les nouveaux cas de VIH restent stables. Cela semble contradictoire, non?

Cette contradiction n'en n'est peut-être pas une. En effet, ces différences entre l'augmentation des IST que l'on guérit (syphilis, gonocoque, chlamydia) et la stabilité relative du VIH pourraient être liées au fait que les gens utilisent moins le préservatif parce qu'ils savent qu'un séropositif traité ne transmet pas le virus. Cela dit, en ce qui concerne le VIH, nous n'avons pas constaté de diminution du nombre de nouveaux diagnostics dans notre consultation à Genève. Et malgré les campagnes de prévention, il y a encore des personnes qui se présentent très tardivement en soin. Ce message est important: il n'est jamais trop tard pour faire un test, mais le plus tôt est le mieux. Pour nous, c'est une priorité. Nous commençons en effet la trithérapie dès que le diagnostic est posé. Ce traitement précoce améliore la santé des patients (on limite probablement la constitution de réservoirs du virus, on évite des maladies) et empêche la transmission du virus à d'autres personnes.

Pourtant dans les consultations anonymes, le test rapide ne peut être effectué qu'après trois mois...

Ce test est proposé aux personnes qui ont un doute, ou à celles qui veulent faire le point, hors de toute période de risque. Mais celui ou celle qui présente des symptômes dit «grippaux» dans les jours qui suivent un rapport non protégé devrait se rendre sans attendre chez son médecin. Celui-ci pourra lui proposer un test qui détectera précocement une infection VIH.

Le traitement continue-t-il de s'alléger?

En Suisse, en 2016, les personnes séropositives qui débutent le traitement n'ont plus, dans la grande majorité des cas, qu'un comprimé par jour. Nous avons aussi davantage d'options thérapeutiques à leur proposer, en cas d'effets indésirables. La prise quotidienne des médicaments reste toutefois astreignante et les malades continuent d'être stigmatisés dans la société. Finalement, il y a malheureusement encore, en Suisse, des personnes qui meurent encore du sida: elles sont dépistées trop tardivement ou elles ont interrompu leur traitement sans suivi médical.

Quels sont les autres changements importants sur le front de cette maladie?

Un nouveau traitement préventif fait beaucoup parler de lui, le PrEP (abréviation anglophone de prophylaxie pré-exposition, qui n'est pas remboursé pour cet usage en Suisse). En Suisse, il est administré depuis de nombreuses années à des séropositifs, mais dans le cadre des trithérapies. Ce traitement (Truvada) a prouvé qu'il permettait d'éviter qu'une personne séronégative ne soit infectée par le VIH. Cela a changé en partie notre discours sur la prévention, qui n'est plus uniquement centré sur le préservatif. Des personnes, qui craignent l'infection à juste titre, savent que cette option existe.

Les hausses constatées pour certaines maladies sont-elles inquiétantes?

Nous voyons des cas de syphilis, mais cette maladie peut être traitée relativement facilement. Le chlamydia peut rendre les femmes stériles. Mais les jeunes femmes sont contrôlées chez leur gynécologue et peuvent être soignées. C'est le cas également pour la gonorrhée. Il existe un vaccin très efficace contre l'hépatite B et un traitement permet désormais de guérir de l'hépatite C. L'OFSP a fait de gros efforts pour que son prix soit réduit, mais il reste cher et n'est remboursé qu'en cas de fibrose ou de cirrhose hépatique (ndlr: pour les personnes les plus malades). Nous avons donc des moyens de lutte contre ces IST. La particularité du virus du sida, c'est qu'il affecte la vie des gens sur le long terme. On ne peut malheureusement pas en guérir, ni en prévenir l'acquisition par un vaccin.

Le pourra-t-on bientôt?

J'espère que je pourrai guérir mon premier patient avant la retraite! Deux pistes principales sont étudiées. La trithérapie bloque le virus mais elle ne tue pas les cellules infectées, contenues dans des réservoirs dormants. Certaines recherches visent à réveiller ces réservoirs, puis à tuer le virus avec une thérapie immune. Celle-ci est testée actuellement. Une autre piste consiste à stimuler des anticorps qui neutralisent le virus. Nous savons que de tels anticorps existent, mais nous n'avons pas encore réussi à les induire.

Au niveau mondial, le nombre des nouvelles infections a baissé de 35% de 2000 à 2015, et le nombre des décès de 28%. Comment expliquer ce progrès?

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande désormais la trithérapie à toute personne porteuse du virus. Avant, on attendait que la maladie se déclare. En juin, l'OMS a aussi annoncé que la transmission de la mère à l'enfant a été éliminée en Thaïlande, au Bélarus, en Arménie et en République de Moldavie. Il semble donc que nous réussissons à contrôler l'épidémie, mais elle persiste et nous ne devons pas baisser les bras! (24 heures)


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