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23 novembre 2016 

Sida : la puberté, moment le plus à risque

Source: Libération

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Dans son rapport annuel, l'Onusida se félicite du nombre de personnes mises sous traitement, mais l'organisme s'inquiète des dangers de la contamination, liés à l'âge de la personne.

Des chiffres en guise de promesses. Tous les ans, quelques jours avant le 1er décembre, journée mondiale contre le sida, l'Onusida dresse un bilan épidémiologique sur le front du VIH, qui permet de hiérarchiser les priorités. Depuis deux ans, on assiste à un drôle de jeu d'équilibriste. Avec, d'un côté, une accélération des personnes mises sous traitements dans le monde. Et, de l'autre, une inquiétante stabilisation à un haut niveau du nombre de nouvelles contaminations. Comme si les efforts d'un côté étaient aussitôt réduits par l'autre.

«Les risques ne sont pas les mêmes»

«Les données sur le nombre de personne sous traitements sont spectaculaires, confie Michel Sidibé, qui préside l'Onusida. Avec 18,2 millions de personnes sous traitements, on assiste à une accélération que beaucoup n'auraient pas imaginée. Plusieurs pays passent désormais à la vitesse supérieure, et par exemple, ces derniers mois, ce sont encore plus d'un million de personnes qui sont traitées.» Et d'ajouter : «Les leaders mondiaux ont adopté le projet d'une accélération de la riposte mondiale pour atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés pour 2020. C'est-à-dire arriver à moins de 500 000 morts par an, à moins de 500 000 nouvelles infections, et diminuer fortement toutes formes de stigmatisation et de discrimination.»

Or, dans les faits, on constate toujours que plus de 2 millions de personnes se contaminent par an. Cela reste énorme et rend problématique toute éradication de l'épidémie. Pourquoi donc cet échec ? N'y a-t-il pas assez d'argent mis dans la prévention ? Ou bien les politiques de prévention sont-elles mal conçues ? C'est pour tenter d'y répondre que, dans son dernier rapport, l'Onusida essaye d'inscrire son analyse autour de la notion de cycle de vie. Avec un constat que décrit Michel Sidibé : «Nous ne sommes pas vulnérables au VIH de la même façon quand on est enfant, adolescent, ou adulte, voire vieil adulte. Les risques ne sont pas les mêmes. Cela dépend aussi du sexe, du pays voire de la région où vous habitez, c'est cela que l'on a voulu mettre au grand jour pour essayer de comprendre pourquoi ce haut niveau de contamination.»

L'adolescence
Et d'abord une confirmation : «Lors de l'adolescence, note Michel Sidibé, en particulier dans les pays très affectés par le VIH, comme l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du Sud, le risque est considérablement plus élevé chez les jeunes filles. La puberté est le moment le plus dangereux, en particulier pour les filles. Ce qui veut dire que l'école doit être le lieu privilégié pour la protéger, pour des mesures d'éducation sexuelle.» Et Michel Sidibé s'inquiète : «En Afrique subsaharienne, les politiques de prévention ne marchent pas. Rendez vous compte, en Afrique Australe, les nouvelles infections entre 15 et 19 ans représentent 90% des nouvelles infections en Afrique australe, et ce sont surtout des filles.» Selon le rapport d'Onusida, 7.500 jeunes filles ont été infectées chaque semaine en 2015 dans le monde.

En plus, ce groupe d'âge cumule les difficultés ; il n'a pas accès au dépistage, ou de façon non systématique. Des données sur 19 pays montrent qu'entre 15 et 19 ans seulement 50% ont eu un dépistage et reçu leurs résultats. Beaucoup vivent avec le virus sans connaître leur statut. Et de ce fait, n'ont pas accès aux traitements.

L'âge adulte
Ensuite ? Avec la vie qui progresse vers l'âge adulte, ce sont globalement les hommes qui vont être les plus infectés. Entre 15 et 19 ans, ils représentent 35% des nouvelles contaminations, et ce taux va passer à 63% pour les personnes âgées entre 40 et 44 ans. Et cela y compris dans les pays d'Afrique, où 54% des nouvelles infections entre 30 et 34 ans en 2015 touchent des hommes.

Ces personnes vieillissent et vont vivre des années avec le virus. Un grand changement à venir. Il y aura en effet en 2020 plus de 8,5 millions de personnes de plus de 50 ans vivant avec le virus. Si les traitements marchent remarquablement bien, il n'en reste pas moins que «les personnes âgées ont cinq fois plus de risque de développer d'autres maladies, en particulier cardiovasculaires», selon l'Onusida. Cette évolution, manifeste depuis dix ans dans les pays du nord, s'entrevoit désormais dans les pays du sud. «Avec ces co-morbidités, le coût de la prise en charge globale va devenir très élevé», lâche Michel Sidibé.

L'enfance
C'est une bonne nouvelle ! En cinq ans, le nombre d'enfants mis sous traitement a doublé. Et leur nombre diminue. Pour autant, selon l'Onusida, les voies de transmission changent. La prévention du passage du virus de la mère à l'enfant a augmenté fortement, de 50 à 77%. Et de ce fait, on note qu'aujourd'hui le moment qui tend à devenir le plus à risque est autour de la phase d'allaitement. Sur les 150 000 nouvelles infections chez l'enfant, 75 000 ont lieu pendant l'allaitement. «C'est là que l'on doit faire de nouveaux efforts», insiste Michel Sidibé. 


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