contenu | table des matières | déclaration d'accessibilité

Fil Rouge

11 janvier 2017 

Jean-Luc Romero : "Le jour où je me découvre séropositif"

Source: Paris Match

Jean-luc-Romero-Le-jour-ou-je-me-decouvre-seropositif.jpg
"A 21 ans, je quitte mon Nord où je vivais en me cachant. A Paris, je peux enfin m'assumer. Six ans plus tard, à l'âge où je me sens invincible, j'ai en moi ce virus qui tue dans des souffrances atroces. Ce 25 septembre 1987, ma vie bascule..."

Beaucoup d'amis tombent comme des mouches et l'on est nombreux à passer nos soirées dans les hôpitaux. C'est l'époque de tous les fantasmes. Le virus se nourrit alors de la peur de se faire dépister. Soignants et agents d'entretien refusent d'entrer dans les chambres des malades, les lieux publics équipent leurs toilettes de protections en plastique et aucune compagnie aérienne n'accepte de louer un siège à Rock Hudson, qui a annoncé sa séropositivité et veut rentrer de France où il s'est fait ausculter.

La presse parle du « cancer gay », de « sida mental », Le Pen des « sidaïques à enfermer ». Je suis mon ­premier traitement en décembre 1987. L'AZT. Six ­comprimés toutes les quatre heures... Epuisant. Je subirai tous les effets secondaires : diarrhées, douleurs musculaires. Je développe un diabète, change 20 fois de traitement. Comme bien des malades, j'expérimente. Les premiers médecins, de vrais pionniers, se mobilisent. Willy Rozenbaum, Luc Montagnier, Jean-Claude Chermann, Françoise Barré-Sinoussi travaillent avec l'Institut Pasteur.

En 1987, je m'engage comme bénévole. Je crée Elus locaux contre le sida. J'ai une chronique sur Fréquence Gaie. Les pouvoirs publics mettront du temps à mesurer l'ampleur du fléau. Quelques chefs d'Etat l'évoquent du bout des lèvres. Grâce à l'opiniâtreté de Line Renaud, qui sensibilise son ami Jacques Chirac, et de Pierre Bergé, Sidaction voit le jour. La première soirée est retransmise par six chaînes de télé en 1994. En 2003, je suis reçu par Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre.

Je lui rappelle qu'il n'y a jamais eu autant de gens qui vivent avec le VIH, que ça n'intéresse pas grand monde. J'étale sur la table mon traitement d'alors, 30 pilules, expliquant la fonction de chacune. Le 1er décembre 2004, la France lance la Journée mondiale de lutte contre le sida. En 2009, les antirétroviraux arrivent sur le marché : une seule prise par jour. Traitement libérateur. Le 9 février 2010, ma charge virale n'est plus détectable. En trente ans, les médicaments sont devenus efficaces et bien moins lourds. Sous traitement, on ne peut infecter personne.


Ajouter un commentaire

TrackBacks (0)

Liste des articles qui référence la note: Jean-Luc Romero : "Le jour où je me découvre séropositif".

TrackBack URL pour cette note: /cgi-bin/mt/mt-tb.cgi/2224.



© 2008-2017 Groupe sida Genève | v1.0 | Flux RSS | Impressum