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21 février 2017 

Prévention diversifiée à Cochabamba

Source: Seronet

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Membre de Coalition PLUS, l'Instituto para el desarrollo humano (IDH), association de lutte contre le VIH/sida bolivienne, a organisé, il y a quelques mois, la 19e édition de l'ExpoSida, un événement de grande ampleur d'information des jeunes et du grand public sur les enjeux de la lutte contre le sida et des droits humains. Retour sur un événement dont le mot d'ordre était "PrEParemos un mundo sin sida".

Depuis 19 ans, chaque année, un événement destiné aux jeunes de tout le département Cochabamba est proposé ; aux jeunes, pas seulement. Dans les faits, l'ExpoSida offre aux élèves des collèges de cette importante ville bolivienne et à toute la population la possibilité de s'informer sur le VIH et les IST, de réfléchir et d'abandonner certains de leurs préjugés liés à la sexualité et aux différences en général. En 2016, l'ExpoSida a accueilli plus de 28 700 visiteurs, ce qui en fait l'événement pédagogique de masse le plus important de Bolivie et assurément un événement unique en Amérique latine. Cet événement, c'est l'Instituto para el desarrollo humano (IDH) qui l'organise. Pour cette 19ème édition, le thème central retenu était aussi un slogan : "PrEParemos un mundo sin sida" (PrEParons un monde sans sida). Un slogan qui est aussi une revendication et que Coalition PLUS, dont IDH est membre, avait porté et lancé lors de la conférence Afravih à Bruxelles en 2016. Coalition PLUS appelle à un accès universel à la prophylaxie pré-exposition (PrEP), un outil de prévention complémentaire aux autres et s'inscrivant dans une offre de prévention diversifiée.

Un grand défi et un engagement renouvelé chaque année

Le grand défi, c'est celui de mettre l'information scientifique au niveau des cycles secondaires et du grand public. C'est l'idée d'un accès large et facile à une information qui puisse être profitable pour tous. Pas toujours évident, surtout lorsqu'il s'agit de rendre accessibles des concepts comme la cascade (1), des stratégies comme celles du 90-90-90 (2) de l'Onusida ou la prévention diversifiée (3), de parler des populations vulnérables, celles qui sont notamment les plus exposées au risque d'infection. C'est pourtant nécessaire si on veut expliquer l'ensemble de ce qui nous permet, aujourd'hui, d'envisager la fin de l'épidémie de VIH/sida d'ici quelques années. Alors, il faut se mettre à la portée du grand public, présenter ces idées, ces objectifs, ces stratégies sous formes de panneaux attractifs sans noyer les visiteurs sous le texte. Les panneaux accrochent le regard et la voix fait le reste. C'est ce que font les volontaires d'IDH formés pour cela. Ce sont des étudiant-e-s en médecine motivés, qui agrémentent leurs interventions de jeux, de techniques interactives pour que les infos passent et passent bien.

Expliquer et dénoncer les freins et barrières à l'accès aux soins

Cet événement représente un énorme travail pour une petite équipe de 25 personnes, mais avec l'appui de quelque 200 volontaires jeunes, souvent collégiens, sans qui rien ne serait possible, nous y réussissons. Notre engagement est important et nécessaire pour que les visiteurs comprennent, d'une part, que la discrimination, le manque de confidentialité dans les services de santé, le harcèlement homophobe dans les collèges, l'absence de centres de santé "amicaux  et accueillants" aux minorités, constituent les barrières les plus fréquentes en Bolivie en matière d'accès aux soins et aux droits pour les personnes les plus exposées aux risques d'infection ; et qu'ils comprennent d'autre part qu'ils sachent que le préservatif n'est plus l'unique option de prévention, mais qu'il existe maintenant d'autres outils complémentaires adaptés à chacun selon son mode de vie, ses besoins, ses pratiques. L'exposition que nous avons réalisée à cette occasion sera utilisée lors d'autres événements comme des séminaires ou des congrès afin, cette fois, de faire passer ce message auprès d'étudiants en sciences de la santé et des professionnels de santé.

Situation du VIH en Bolivie

Les données officielles concernant le VIH/sida posent question, malgré le fait qu'il y a interdiction formelle de les mettre en question ! Ce qui pose question ? Selon les données officielles, le programme national de lutte contre le sida aurait déjà permis de diagnostiquer plus de 90 % des personnes vivant avec le VIH en Bolivie ! Ce serait un record mondial ou presque ! En revanche, aucun commentaire sur les "personnes perdues de vue" dont le nombre serait de 10 000 ; des personnes diagnostiquées, mais sans traitement ! Aucune donnée officielle non plus sur les personnes en traitement ayant une charge virale indétectable. Les actions de diagnostic du ministère de la Santé continuent à se focaliser essentiellement sur les femmes enceintes, malgré la réalité des hôpitaux qui montrent que les diagnostics tardifs atteignent plus de la moitié des cas et touchent essentiellement les populations vulnérables comme les personnes trans ou les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes.

(1) : La cascade du traitement reflète les différents services dont une personne vivant avec le VIH a besoin pour connaître les meilleurs résultats possibles sur le plan de la santé. Sur le plan d'une population ou d'un pays, c'est l'ensemble des étapes qui permettent de contrôler l'épidémie : personnes vivant avec le VIH, personnes diagnostiquées, personnes prises en charge, personnes sous traitement antirétroviral, personnes ayant une charge virale indétectable... C'est un peu comme le 90-90-90 mais en un peu plus compliqué.
(2) : A l'horizon 2020, 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. A l'horizon 2020, 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement anti rétroviral durable. A l'horizon 2020, 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée. C'est l'objectif tel que définit par l'Onusida.
(3) : Utilisation, en fonction, de ses besoins, ses pratiques, de l'ensemble des outils de prévention disponibles pour réduire les risques de contamination par le VIH.

IDH, Instituto para el desarrollo humano

L'Instituto para el desarrollo humano (Institut pour le développement humain) est une organisation non gouvernementale. Elle a été créée en 1997 en raison du manque de réponses sociales de l'Etat bolivien et de la société civile face à l'épidémie de VIH/sida. Les initiateurs et initiatrices de cette structure inédite ont opté pour une organisation ayant "une vision de développement global dans les thèmes de la santé, des droits humains et de l'environnement". IDH a son siège à Cochabamba, une ville importante qui est située à un peu plus de quatre cents kilomètres de la capitale La Paz. Elle compte un peu moins d'une trentaine de salarié-e-s et une soixantaine de volontaires nationaux, beaucoup sont étudiants, qui prennent part aux différentes actions de IDH à Cochabamba. Actuellement, l'association est soutenue financièrement par des bailleurs européens comme la Fédération genevoise de coopération, le Service de la solidarité internationale du canton de Genève, la Centrale sanitaire suisse, Pain pour le monde Allemagne, Alliance internationale. L'association est membre de Coalition PLUS.


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