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15 février 2017 

Sida: "Seule une société plus égalitaire pourra faire reculer l'épidémie"

Source: L'Express

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Parce qu'elles craignent les discriminations, les populations les plus vulnérables au VIH sont éloignées des structures de prévention et de soin. Pour lutter, Coalition Plus et AIDES propose donc de créer des sociétés plus égalitaires. Tribune.

Lutter contre le sida, ce n'est pas seulement améliorer l'efficacité des traitements, renforcer la fiabilité des tests de dépistage, mettre au point un vaccin universel... C'est aussi lutter contre les discriminations. Car, aujourd'hui, le principal allié de l'épidémie -il est urgent de le reconnaître- c'est la violation des droits humains. 

Sur l'ensemble des continents (à l'exception de l'Afrique subsaharienne où la population générale reste fortement touchée), 90% des nouvelles contaminations concernent les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH), les personnes trans, les professionnels-les du sexe et les injecteurs-euses de drogues.s.  


Pourquoi? Parce que ces populations, dites "clés" dans la lutte contre le sida, sont massivement stigmatisées et discriminées. Alors que, dans les pays du Nord, la lutte contre les discriminations a progressé (des lois ont été promulguées, des institutions comme le Défenseur des Droits en France ont été créées), c'est encore loin d'être le cas dans les pays du Sud.  

Conséquence? Les populations les plus vulnérables au VIH sont éloignées des structures de prévention et de soin. De peur d'être discriminées par les soignants-es, les personnes n'osent pas se rendre dans les centres de santé, et encore moins parler de leurs pratiques sexuelles et/ou sociales. Elles sont réticentes à se faire dépister si elles n'ont pas confiance. Dès lors, beaucoup vivent avec le VIH sans le savoir, le transmettent sans en avoir conscience et en meurent faute d'avoir pris un traitement à temps. Le sida tue encore plus de 3000 personnes chaque jour dans le monde. 

Dialoguer avec toutes ses communautés

35 ans de lutte contre le sida l'ont amplement démontré. Une société qui veut faire reculer l'épidémie n'a pas d'autre choix que de se transformer pour être plus égalitaire et inclusive. Elle ne peut pas y arriver sans dialoguer avec toutes ses communautés, les écouter, reconnaître leur expertise, leurs compétences et leurs droits. C'est ce qu'on appelle l'approche communautaire, sans laquelle la lutte contre le sida est condamnée à l'échec et grâce à laquelle la transformation sociale mondiale est possible. C'est pour ça que le soutien aux acteurs-trices locaux est fondamental.  

Et ce ne sont pas de vains mots! Lancés il y a plus deux ans dans 11 pays d'Afrique francophone et des Caraïbes, à l'initiative de Coalition PLUS, union internationale d'associations de lutte contre le sida et de son membre français AIDES, avec l'appui de l'Agence française du développement, des projets pilotes de lutte communautaire ont fait leur preuve.  

Faire baisser la stigmatisation

Des exemples? Au Burkina Faso, après un mouvement homophobe en 2015 qui a fait baisser la fréquentation des centres de santé par les populations clés, Revs+ est parvenue, en organisant un atelier national, à convaincre les leaders coutumiers et religieux du pays à prendre des engagements officiels pour lutter contre le sida. Résultats: baisse des stigmatisations, reprise de la fréquentation des centres de santé et mise en place d'un cadre de concertation durable avec les leaders d'opinion. 

En Côte d'Ivoire, Espace Confiance a réussi à former des personnes référentes au sein des hôpitaux et les commissariats d'Abidjan pour améliorer l'accompagnement socio-médical des professionnelles du sexe, après avoir fait tomber les préjugés parmi le personnel médical et les forces de l'ordre.  

A l'île Maurice, PILS se bat contre la volonté des autorités d'abandonner les programmes de substitution à l'héroïne en démontrant le succès sanitaire de ces techniques, dans un pays où 70% des personnes vivant avec le VIH sont des usagers-es de drogues injectables. Pour l'instant, l'association est parvenue à maintenir les programmes existants (sans pouvoir inclure de nouveaux bénéficiaires) et à conserver le principe de confidentialité sur les sites d'échange de seringues afin de ne pas nourrir une potentielle répression ciblée contre les usagers-es de drogues. 

Il faut redoubler d'efforts

Mais, nous en avons bien conscience, cela reste des actions ponctuelles et limitées géographiquement. Le défi désormais, c'est de les déployer à l'échelle d'une région, d'un pays voire d'un continent tout entier. Or, ce passage à l'échelle demande une volonté politique, une mobilisation diplomatique et bien sûr des investissements financiers accrus. 

Selon l'ONU, il faut déployer des services adaptés pour 16 millions de gays, 7,5 millions d'usagers-es de drogues, 13 millions de professionnelles du sexe et 1 million de femmes trans d'ici à 2020 pour mettre fin au sida d'ici 2030. 20 milliards d'euros sont déjà mobilisés chaque année pour riposter contre le sida, il ne manque que 6 milliards de plus au niveau mondial. Comme l'a rappelé l'ONU en amont du sommet mondial sur le sida de juin dernier, si on ne veut pas payer davantage plus tard, c'est maintenant ou jamais qu'il faut redoubler d'efforts. En protégeant ceux et celles qui risquent le plus de se faire infecter, c'est réduire les nouvelles infections et, à terme, financer moins de traitements à vie. 

Dans un contexte électoral incertain et tendu, nous appelons la France à conserver son rôle de précurseur dans la lutte mondiale contre le sida comme elle l'a toujours fait depuis la découverte du virus par l'Institut Pasteur à Paris. Si elle veut maximiser l'impact de son action, c'est avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme qu'elle doit agir sur un double niveau: mobiliser ses partenaires sur les enjeux de droits humains et augmenter sa contribution financière qu'elle plafonne depuis 2010 alors que tous les autres Etats du G7 ont fait l'effort de l'accroître.  

C'est seulement en construisant une solidarité entre pays riches et pauvres que nous parviendrons à vaincre l'épidémie, à tenir notre promesse faite aux générations futures, celle de s'épanouir dans un monde sans sida, dans un monde sans peur, sans rejet, sans discrimination.  

Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS et Aurélien Beaucamp, président de AIDES. 


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