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Fil Rouge

5 avril 2017 

La lutte contre le sida s'expose en images


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Le MICR propose au visiteur de passer en revue les campagnes de prévention contre le VIH dès 1985 et d'examiner leur évolution.

On ne parle pas aujourd'hui du sida comme on le faisait en 1985. En trente ans de lutte contre le VIH (virus de l'immunodéficience humaine), les campagnes de prévention ont évolué, jouant tour à tour sur la peur, l'émotion, la provocation ou l'humour. L'esthétique des affiches a changé bien sûr, mais aussi la teneur des messages. Dans sa nouvelle exposition SIDA - Une lutte en images, à voir dès demain, le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR) explore ce thème sensible, qui tend à nos sociétés un miroir où se reflètent les abysses de notre rapport au sexe et à la mort.

Pas question ici de raconter l'histoire de la pandémie, depuis la découverte du virus tueur jusqu'aux trithérapies salvatrices - nous ne sommes pas à l'OMS voisine -, mais de montrer comment ont parlé de la maladie les organismes de santé publique et les associations de prévention. Et comment elles en parlent aujourd'hui encore, car «actuellement, 25 000 personnes décèdent du sida chaque semaine dans le monde», rappelle Sandra Sunier, responsable des expositions au MICR. «La Fédération de Russie est gravement touchée, l'Afrique subsaharienne également. Plus de 35 millions de personnes sont concernées.»

Une maladie oubliée?

C'est à son initiative que le Musée a décidé d'accueillir SIDA-Une lutte en images, installation montée à l'origine au Deutsches Hygiene-Museum de Dresde. «Ce qui me plaît beaucoup dans cette exposition, confie Sandra Sunier, c'est qu'elle nous parle de l'un de ces sujets que les médias oublient lorsqu'ils ne sont plus au centre de l'actualité. Il en va de même de certains conflits, dont on n'entend plus parler au bout d'un certain temps. Le sida, on pense souvent que c'est terminé, que ça appartient à une autre époque. Je considère que ne pas laisser ces thèmes tomber dans l'oubli est de la responsabilité d'un musée comme le nôtre.»

Le parcours, aéré et agréable, chemine du gris sombre des débuts de l'ère sida au gris perle d'une ouverture sur l'espoir. La scénographie signée Raphaèle Gygi est simple, didactique, efficace. Il vaut la peine de prendre son temps: chaque cartelle apporte des éléments complémentaires souvent indispensables pour que la communication visuelle, au-delà de l'anecdote, prenne tout son sens.

«Nous avons ajouté à la présentation allemande des éléments concernant la Suisse où, il faut bien le dire, les campagnes antisida ont été exemplaires», note avec une pointe de fierté la responsable des expositions. Aucune communauté n'a été stigmatisée même si, au début, ce sont les homosexuels, les prostituées et les drogués qui sont la cible privilégiée des messages de prévention et des distributions de préservatifs.

A Genève, le premier article publié sur le sida paraît le 19 août 1983 dans la Tribune de Genève sous le titre: «Le sida fait deux victimes à Genève». L'Aide suisse de lutte contre le sida est fondée tôt, le 2 juin 1985, et l'Office fédéral de la santé publique se mobilise dans la foulée. La première campagne Stop Sida, un tous ménages d'information sérieuse sans être alarmiste, date de 1987.

Le regard sur le VIH change

L'exposition du MICR montre dans sa section initiale, La maladie des autres, des affiches figurant des hommes beaux et sains, aux torses sans défaut. Nous sommes en 1985. Dix ans plus tard, à la fin de l'installation, le militant antisida hollandais Martin Schenk pose sur trois clichés. Sous le slogan «Puis-je vous séduire par du safer sex», il dévoile son corps ravagé par le syndrome de Kapozi. Autre temps, autre perception des choses, autre force de frappe des textes et des images.

Toutes les facettes de la communication sur le VIH sont abordées dans l'exposition: le scandale du sang contaminé et la transmission par transfusion, celle qui affecte les couples hétérosexuels ou une mère et son enfant, ainsi que l'utilisation par certains people de leur notoriété pour délivrer un message de mise en garde, à l'image de l'acteur Rock Hudson, du basketteur Earvin «Magic» Johnson ou, en Suisse, du célèbre journaliste et présentateur de télévision André Ratti.

Des œuvres d'art offrent dans l'installation des respirations bienvenues: un virus hérissé de piquants de Fabrice Gygi, MINO VIRAS; des sculptures en bois peint signées par l'artiste du Zimbabwe Zephania Tshuma, représentant des figures oniriques tantôt burlesques, tantôt effrayantes; et en fin d'exposition, cet amoncellement de 500 bonbons emballés dans du papier doré, par lequel Felix Gonzalez-Torres, mort du sida à 39 ans, invite le visiteur à avaler la friandise comme on ingère la maladie: l'œuvre disparaît comme disparaît le corps terrassé par le virus.

«SIDA - Une lutte en images» au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Avenue de la Paix 17, jusqu'au 7 janvier 2018. Horaires sur: www.redcrossmuseum.ch

(TDG)


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