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8 mai 2017 

La pilule contre le VIH gagne en popularité

Source: ICI Radio-Canada Davide Gentile

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Le nombre d'utilisateurs du Truvada, un médicament qui permet d'éviter de contracter le VIH, a augmenté de 28 % depuis 4 ans au Québec. Bien qu'il soit efficace, sa popularité provoque néanmoins un effet pervers : l'abandon croissant du condom. 

C'est devenu la nouvelle arme de choix dans la lutte contre le VIH. « C'est un peu comme le condom, mais sous forme de pilule », lance Benoit Turcotte au sujet du Truvada.

« Les gens nous en parlent de plus en plus », ajoute l'intervenant de l'organisme Rézo, qui travaille à préserver la santé des hommes gais, bisexuels et transgenres.

Au Québec, le Truvada est utilisé depuis quelques années comme traitement de prévention contre le VIH. Mais Santé Canada n'a officiellement approuvé le médicament pour cette utilisation qu'en janvier 2016.

« Lorsqu'il est bien pris, le médicament a une efficacité de 96 % », rappelle le médecin Pierre Côté, de la Clinique médicale Quartier latin. Environ 1000 patients de la clinique prennent le Truvada, qui est de plus en plus prescrit au Québec.

« Une pilule par jour et c'est réglé. Pas d'autres soucis! », lance Simon, un quinquagénaire homosexuel qui utilise le Truvada en prévention depuis deux ans.

Plusieurs semblent prendre la même décision que lui. En 2016, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) a remboursé 20 millions de dollars à plus de 3700 personnes qui ont pris le Truvada. Leur nombre a augmenté de 28 % en 4 ans, uniquement dans le régime public.
 
Le Truvada est également utilisé par les gens déjà infectés par le VIH, y compris des femmes, chez qui le médicament est aussi efficace. Mais, selon le gouvernement, environ 20 % des utilisateurs de Truvada le prendraient de manière préventive.

Simon, qui a vécu les années noires de l'épidémie du sida à Montréal, voit le Truvada comme « une véritable révolution ». Le médicament offre une protection contre le VIH auparavant impossible. « Un condom, c'est quelque chose qui dérange, alors qu'avec ça, tu es protégé », plaide-t-il.

Ce sentiment contribuerait à la baisse de l'utilisation du condom dans la communauté gaie. « Ce n'est plus la norme d'utiliser le condom », reconnaît le médecin Pierre Côté, qui continue cependant à préconiser son utilisation.

« Je pense qu'on se dirige vers un abandon du condom parce que c'est plate », affirme Simon. La majorité des hommes qu'il rencontre ne veulent pas le porter.
 
« Avec l'arrivée du Truvada et son efficacité, des gens prennent des décisions différentes pour la prévention du VIH », note Alexandre Blais Dumont de l'organisme Rézo, admettant que de plus en plus de jeunes font le choix de ne plus porter de condom.

Le Dr Pierre Côté invite à la prudence. Le Truvada, avertit-il, protège du VIH, mais il ne prévient pas la propagation des autres maladies transmises sexuellement.

C'est pourquoi les patients à qui on prescrit le Truvada doivent revenir voir les médecins de la Clinique du Quartier latin. Chaque fois ils doivent passer un test de dépistage pour les ITSS ce qui peut limiter les risques de propagation.

Un traitement qui coûte cher

Certains, comme Kenny Bolduc, adoptent le Truvada, mais continuent à utiliser le condom. Âgé de 26 ans, il trouve la facture assez salée. « On parle de 80, 90 $ par mois, évalue-t-il. Ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre ça. »

Un mois de traitement coûte environ 1085 $. Mais avec le régime d'assurance médicaments du Québec, le patient ne paie que 85 $. C'est donc l'État québécois qui rembourse le reste, soit environ 1000 $ par mois.
Photo : Radio-Canada

Le Québec est la seule province à rembourser le Truvada.

Un investissement

Bien que les coûts soient importants pour le gouvernement québécois, le remboursement du Truvada serait justifiable sur le plan de la santé publique, selon les spécialistes.

Cécile Tremblay, médecin infectiologue, affirme qu'il est avantageux de prescrire le Truvada aux populations à risque. « Payer le médicament vaut la peine compte tenu du coût d'une infection qu'on aurait besoin de traiter à vie », dit la chercheure du CHUM.

« Si une personne est infectée à 20 ans, elle va prendre des médicaments pendant 50 ans », illustre-t-elle en parlant du VIH.

Et c'est sans compter les visites médicales et autres coûts induits par le traitement en trithérapie d'une personne infectée.


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