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24 juillet 2017 

IAS 2017: "Éliminer le VIH: Si près, et pourtant encore si loin"

Notre collègue Sascha Moore Boffi est à Paris pour suivre la conférence IAS. Découvrez son billet!

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L'humanité est à bout touchant d'éliminer le VIH au cours de la prochaine décennie. Les données présentées à l'occasion de la 9ème conférence internationale sur la science du VIH, IAS 2017, le confirment.

Une étape historique a été franchie ; plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH bénéficient d'un traitement antirétroviral. Presque 76% de femmes enceintes sont sous traitement et par conséquent ne transmettront pas le VIH à leurs enfants à naître. Les nouveaux diagnostics parmi les enfants sont en baisse de près de 46%. Nous pouvons aussi constater que les maladies associées au VIH/sida causent près de moitié moins de décès qu'il y a encore dix ans.

Les objectifs plus spécifiques 90-90-90-0, annoncées par ONUSIDA en 2014 et visant à garantir que d'ici 2020, 90% de toutes les personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90% de celles-ci sont durablement sous traitement, 90% des personnes sous traitement ont une virémie durablement supprimée et % de discriminations en lien avec le VIH - ont été atteints par un certain nombre de pays et globalement les taux constatés de 70% - 77% - 82% sont prometteurs pour d'autres.

Néanmoins, nous ne devons pas nous laisser leurrer par ces progrès et diminuer nos efforts : il reste encore beaucoup à faire. Si près de 53% de personnes bénéficient d'un traitement antirétroviral, 47% n'en reçoivent aucun ! Les progrès sont aussi très inégalement répartis dans les régions et parmi les différentes populations mondiales. En Asie centrale et l'Europe de l'Est, les nouvelles infections VIH ont augmenté de plus de 60% ces dernières années.

La majorité des pays du monde ne vont pas atteindre les objectifs d'ici 2020. Et même parmi les pays qui les ont atteints (ou vont les atteindre prochainement), les objectifs ne seront pas nécessairement atteints pour les groupes les plus précaires et les plus vulnérables. La Suisse va très certainement annoncer haut et fort qu'elle a, elle aussi, atteint les objectifs, mais il est à craindre que ce ne sera pas le cas pour toutes et tous, notamment pour les jeunes hommes homosexuels, les migrants sans autorisation de séjour, les travailleurs et travailleuses du sexe transgenres.

De nombreux obstacles persistent, mais l'un des principaux aujourd'hui est le relâchement de la part des bailleurs de fonds qui rechignent à investir les montants nécessaires pour venir à bout de l'épidémie. Les fonds disponibles stagnent depuis des années et il faut s'attendre à ce que cette tendance continue d'augmenter ces prochaines années. Ces montants pourraient même baisser de manière significative, comme annoncé récemment par le président américain Trump et plus près de chez nous, par la Confédération au sujet de l'aide à la coopération.

En 2016, l'ONUSIDA et le Kaiser Family Foundation estimaient à 26 milliards de dollars les besoins en financement pour d'atteindre les objectifs 90-90-90 et se lancer sur le chemin de l'éradication du VIH d'ici 2030. Mais les fonds mis à disposition en 2015 ne représentaient que 19 milliards de dollars. Si les montants nécessaires ne sont pas investis, nous risquons de rater la seule opportunité qui nous est offerte d'infléchir l'épidémie de telle manière que celle-ci aura disparue d'ici 10 ans.

La distance qui nous sépare de la fin du VIH/sida est donc encore grande et les politiques et bailleurs étatiques doivent prendre conscience que leurs choix financiers et budgétaires auront des conséquences dramatiques voire catastrophiques. Nous sommes face à un choix très clair : investir aujourd'hui à un coût encore raisonnable et éliminer le VIH ou s'en détourner et hypothéquer les générations futures avec une lutte contre une épidémie aux coûts exorbitants et demandant un coût inacceptable en vies humaines.

Sascha Moore Boffi
Groupe sida Genève


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