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Fil Rouge

27 septembre 2017 

"Comment bien mettre un préservatif ?" : une vidéo libanaise attaque les tabous


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"Beaucoup ne savent pas que le préservatif protège de la majorité des maladies sexuellement transmissibles (MST), mais encore faut-il savoir bien l'utiliser pour bien se protéger", lance sans détour à la caméra Hamed Sinno, chanteur du groupe de rock alternatif libanais Mashrou'Leila et homosexuel assumé, que l'ONG Marsa a choisi pour expliquer comment bien mettre un préservatif. À ses côtés, c'est l'actrice libanaise Yumna Ghandour qui se colle à la démonstration. La vidéo indique, avec humour et pédagogie, comment utiliser un préservatif et les erreurs à éviter. 

Sur les réseaux sociaux, des messages ont salué l'audace de la vidéo. D'autres ont condamné son manque de pudeur, agaçant Hamed Sinno, qui a déploré que parler de santé sexuelle soit plus offensant que l'augmentation du nombre de cas d'infections transmissibles. Selon Ismaël Maatouk, dermatologue spécialiste en MST à Beyrouth , il y a " une augmentation du nombre de cas d'infections sexuellement transmissibles, comme la syphilis, depuis quelques années".

Pour Diana Abous Abas, directrice de Marsa, l'essentiel est là : sa vidéo fait réagir. 
"Il faut encourager la discussion : la sexualité reste un sujet difficile à aborder publiquement"
À cause du manque d'éducation sexuelle, presque tout repose sur des initiatives de la société civile. À Marsa, nous posons les problèmes sans détour. Notre slogan est d'ailleurs "bila hia", "sans honte". La vidéo a pu choquer, mais a le mérite d'encourager les discussions dans un pays où la sexualité reste un sujet difficile à aborder publiquement.

Le centre de Marsa est ouvert à tous, quel que soit le sexe et l'orientation sexuelle. Les visiteurs restent anonymes et peuvent accéder à des tests VIH gratuits, des consultations médicales et psychologiques. On ne veut pas que les patients craignent d'être stigmatisés ou renvoyés, comme ça peut être le cas dans des hôpitaux pour des hommes et des femmes non mariés et qui présentent des symptômes de MST. 


"Utiliser un préservatif est une responsabilité partagée"

Nous collectons des données qui s'avèrent précieuses, car au Liban les recherches sont peu nombreuses. Nous avons constaté que beaucoup n'utilisent pas le préservatif ou ne savent pas l'utiliser correctement. Cette vidéo veut montrer qu'utiliser un préservatif est une responsabilité partagée. Hommes et femmes ne devraient pas avoir honte d'avoir sur eux des préservatifs.

"Le milieu homosexuel est plus conscient de l'existence des MST"
Hisham (pseudonyme), 32 ans, est homosexuel et fréquente régulièrement Marsa. 

Cette vidéo a le mérite de décomplexer le débat autour de ces questions. J'ai lu les commentaires et ce qui a le plus choqué est de voir une femme mettre un préservatif à un pénis en plastique. C'est un geste tabou ! Mais je suis convaincu que le fait de voir cette femme faire ce geste sans honte, avec aise, aidera d'autres femmes. Les femmes peuvent avoir peur de refuser une relation sexuelle non protégée. Notre société est plus ouverte que beaucoup d'autres sociétés arabes, mais elle est encore très patriarcale. Les femmes ne devraient pourtant pas transiger, si elles ne sont pas sûres de leur partenaire. 

Je fréquente le centre de santé Marsa depuis son ouverture. Les médecins sont bienveillants et jamais dans le jugement. Au début, le centre était peu fréquenté. Aujourd'hui il faut parfois attendre plusieurs jours pour avoir un rendez-vous médical. 

Présentation du centre Marsa, à Beyrouth

Le milieu homosexuel est plus conscient de l'existence des MST. Je n'ai jamais eu de relations non protégées, mais le fait d'avoir grandi dans une famille ouverte m'a aidé. Très tôt, je me suis rensigné avec des vidéos en ligne, j'ai appris à mettre un préservatif. Ce n'est pas à l'école que j'aurai pu l'apprendre tout ça. Rien n'y est enseigné. [Des cours d'éducation sexuelle ont été introduits pour les élèves entre 12 et 14 ans en 1995, mais ils ont été interrompus en 2000 après des critiques de groups religieux au Liban, NDLR].

"On hésite avant d'aller en pharmacie pour acheter des préservatifs"
Hind (pseudonyme) a 36 ans. Elle fréquente également le centre Marsa.

Ce que j'apprécie c'est que cette vidéo ne prêche pas les convaincus. Elle peut atteindre des personnes qui sont peu exposées à ce genre de message. Dans certains cercles sociaux, la sexualité est librement discutée. Moi, je viens d'un milieu social très conservateur, où le sujet était tabou. Je ne concevais même pas que l'on pouvait avoir des relations sexuelles sans être marié. Ce sont des amis plus ouverts sur ces questions qui m'ont beaucoup appris. 

Il est encore difficile pour les jeunes Libanais d'explorer librement leur sexualité. Ils manquent de lieux privés. S'ils vivent chez leurs parents, difficile de ramener un ou une amoureuse. A l'hôtel, on leur demande souvent s'ils sont mariés et s'ils ont un certificat de mariage pour le prouver. Ils se débrouillent mais comme ils transgressent les règles sociales, cela augmente les risques de rapports non protégés, notamment car ils sont parfois consommés très vite pour ne pas être découverts. 

"Avoir un préservatif avec soi, c'est la preuve qu'on est sexuellement actif"

Du coup il faut ruser : acheter des préservatifs quand on n'est pas mariés, ce n'est pas toujours facile. Tu vas aller dans un quartier de Beyrouth, où personne ne te connaît, mais même là, le pharmacien peut vérifier que tu as bien une alliance. C'est le genre de micro-agression qui rend l'achat de préservatifs difficile. Tu hésites avant d'entrer dans une pharmacie et davantage encore quand tu es une femme. 

Moi, j'ai toujours des préservatifs sur moi, mais les jeunes peuvent avoir peur d'être découverts avec un préservatif dans la poche. Car c'est la preuve qu'on est sexuellement actif, et ça reste difficile à admettre".

"Le nombre de maladies et infections sexuellement transmissibles sont en augmentation depuis dix ans "

Pour Wissam Kabbara, professeur à la faculté de pharmacie de l'Université libanaise américaine à Beyrouth, confirme l'importance de ces campagnes d'éducation sexuelle. 

Le nombre de maladies et d'infections sexuellement transmissibles est en augmentation depuis dix ans au Liban. Peut-être est-ce dû au fait que plus de Libanais font des tests de dépistage des MST, ce qui augmenterait les statistiques. Il est aujourd'hui moins stigmatisé de faire de tels tests, notamment grâce au programme de lutte contre le VIH du Ministère libanais de la santé. Médecins, pharmaciens et universitaires ont aussi un rôle à jouer. 

Parler de sexualité n'implique pas une augmentation de l'activité sexuelle. Ce qui augmente en réalité, c'est la conscience des risques et de la nécessité de se protéger. Cela devrait être un argument majeur pour les autorités qui restent frileuses lorsqu'il s'agit de parler de ces sujets aux jeunes entre 15 et 24 ans - la tranche d'âge la plus vulnérable aux MST du fait du manque de conscience et d'information.

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