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Fil Rouge

30 novembre 2017 

«Evoquer le sida, c'est parler de l'autre»

Source: Le Courrier

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Le duo de Marcela San Pedro et Mikel Aristegui ouvre le Temps fort du Galpon «Culture, sida et création».

Le 1er décembre 1997, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, Marcela San Pedro et Mikel Aristegui créaient à Genève leur premier duo autour de la thématique du VIH. Saluée par la critique, la pièce a voyagé à l'époque au Festival de la Cité à Lausanne, puis au Brésil. «C'était une petite pièce d'une vingtaine de minutes que nous avions baptisée 'Sans Titre' car nous n'arrivions pas à mettre des mots sur quelque chose de difficile à exprimer. A l'époque, on mourrait de cette maladie», confie aujourd'hui Marcela San Pedro.

«Le sida a irrigué tout un courant de la danse contemporaine en France», nous résume Agnès Izrine, auteure d'un dossier «Danse et sida» paru il y a une dizaine d'années dans la revue Repères, Cahier de danse. Elle se souvient des propos d'Alain Buffard, décédé en 2013: «Dans les années 1980, dire que l'on avait le sida revenait presque à déclarer que l'on allait mourir dans les six mois à venir. C'est pourquoi la plupart d'entre nous préféraient le taire.» C'était avant l'arrivée de traitements et de la trithérapie, qui ont ensuite libéré la parole des danseurs dans les années 1990, poursuit-elle.

Deux jeunes danseurs

A Genève, en 1997, Marcela San Pedro, Chilienne installée à Genève, et Mikel Aristegui, d'origine basque, répondaient à une commande du groupe Artistes Face au Sida. «Nous étions deux jeunes danseurs qui débarquaient d'Allemagne.» Un tandem ayant commencé à danser ensemble pendant leur formation car leurs professeurs disaient qu'il y avait «quelque chose qui marche» entre eux. Leur duo de fin d'études, Para M, gagne alors un prix en Espagne, puis leur collaboration se poursuit au sein des compagnies genevoises Vertical Danse et Alias.

Tous deux sont issus de la même volée de la Folkwang Hochschule d'Essen, où s'était formée Pina Bausch sous l'égide du maître Kurt Jooss, qui lui avait légué la direction artistique du département de danse. «Kurt Jooss utilisait la danse pour critiquer le système, notamment dans La Table verte, où il visait la Société des Nations. C'était aussi la manière de faire de Pina: exprimer des choses qui aient du sens. Notre danse est une manière de réfléchir au monde», explique Marcela San Pedro, nourrie par la danse-théâtre. «Chez Pina, on travaillait la danse expressionniste allemande, où comment évoquer la peur, la joie, les sensations qui peuvent y être associées.»

Vingt ans plus tard, les deux interprètes décident de recréer leur duo au Théâtre du Galpon, à Genève, qu'ils intitulent Sans Titre 97/17. «Cela fait sens de replonger dans cette thématique qui touche à des questions non résolues.» A partir du geste d'alors capté par une vidéo aujourd'hui guère utilisable, ils en développent une nouvelle forme, plus longue, qui sera à l'affiche plusieurs soirs à compter du 1er décembre prochain.

«On revisite le souvenir de ce qu'on avait créé. Aujourd'hui on peut vivre avec le virus, la mémoire de la souffrance est difficile mais le message est plus positif», raconte la chorégraphe. Au Galpon, espace ouvert où Marcela San Pedro avoue se sentir entièrement libre de créer, Sans Titre 97/17 initie le Temps fort «Culture, sida et création» du «théâtre inscrit dans la cité», qui suscitera le dialogue et la rencontre, entre autres lors de tables rondes, avec des membres de l'association PVA-Genève (Personnes vivant avec). Plusieurs d'entres eux viendront témoigner certains soirs après la représentation (les 6, 7 et 8 décembre).

Parler du sida

Comment parler du sida, notamment à des adolescents, dont la génération découvre la maladie, interroge-t-elle? Des jeunes rencontrés par le duo lors d'ateliers de danse animés dans le cadre de l'exposition Sida - Une lutte en images, au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à Genève (Le Courrier du 4 mars 2017). L'exposition, à voir jusqu'en janvier prochain, revient sur plus de trente ans de communication de la maladie. «La question du corps reste taboue pour les jeunes, non préparés à l'acte de toucher et ne sachant pas forcément ce qu'est un geste bienveillant par exemple», poursuit la danseuse.

«Evoquer le sida, c'est parler de l'autre. Le travail de l'interprète consiste à se mettre 'à la place de'.» Aussi le duo a-t-il choisi d'organiser l'espace entièrement modulable du Galpon en mettant danseurs et spectateurs au même niveau sur le plateau. La proximité avec le public, en évitant un dispositif scénique frontal, est un vrai choix artistique. Qui laisse au spectateur, ainsi qu'aux danseurs, la liberté totale d'adopter le point de vue qu'il souhaite. 

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Excision, sida, questions de genre. Des thématiques sociétales rarement évoquées sur les plateaux de danse en Suisse romande. Et pourtant, dans l'actualité genevoise, trois pièces chorégraphiques brisent ces tabous dans les salles de spectacle. Pink for Girls & Blue for Boys de la Bâloise Tabea Martin s'apprête à déconstruire les stéréotypes de genre à la Salle des Eaux-Vives de l'Association ...

Tabea Martin chorégraphie régulièrement des pièces pour le jeune public. Lors des représentations, elle constate alors que les garçons s'assoient d'un côté dans le public, les filles de l'autre. Ce clivage amène la chorégraphe bâloise, née en 1978, à en faire spectacle: Pink for Girls & Blue for Boys, créé à Zurich l'an dernier, sera présenté la semaine prochaine à la ...
 
Sans Titre 97/17, du vendredi 1er décembre au dimanche 10 décembre, 20h, di 3 à 18h, di 10 à 15h (lu relâche), Théâtre du Galpon, Genève, www.galpon.ch

Table ronde et débat lundi 4 décembre, 18h30, «Regards croisés sur les corps sportifs et artistes», quels préjugés autour d'un corps performant?, avec Sami Kanaan, Mikel Aristegui, Louis Matte, Swann Oberson, Jacques Ménetrey et Yann Aubert.

Table ronde et débat mardi 5 décembre, 18h, «Une parfaite santé!», le point sur les réalités très variables de la perception et des soins du sida dans les différentes parties du monde, avec Alexandra Calmy, Bertrand Kiefer et Paolo Ducoli.


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