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15 février 2019 

Parler plus, pour prescrire moins

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Source : Le Temps

En Suisse, près de 1000 médecins se réunissent régulièrement, avec un pharmacien, pour analyser les médicaments qu'ils prescrivent. Et faire diminuer les coûts de la santé

La nuit est tombée depuis près de deux heures sur l'EMS des Lilas, à Domdidier (FR). Pas un bruit ne court dans l'établissement fribourgeois. Au rez-de-chaussée, Martine Ruggli s'active: cette pharmacienne installe des chaises pour la réunion qu'elle anime. En ce 4 février, elle attend neuf médecins. Ils forment ensemble un «cercle de qualité».

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La pratique, née au Japon dans les années 1970, consiste à réunir les membres d'une équipe afin d'analyser collectivement leurs résultats, chiffres à l'appui, et les améliorer. Pour ces généralistes de la Broye fribourgeoise, de la Sarine et du canton de Vaud, qui ont chacun leur cabinet, se réunir ainsi est une aubaine. Ils le font tous les trimestres, depuis dix-huit ans.

En cette soirée glaciale, les généralistes chevronnés Augustin Goumaz et Christian Michel s'installent, délestés de leur blouse et de leur stéthoscope. D'autres sont de plus jeunes praticiens. Leur participation compte dans leur formation continue obligatoire. Le but est de prendre du recul sur leurs pratiques de prescription. Pour ce faire, ils ne sont pas seuls: Martine Ruggli, également membre de la direction de PharmaSuisse, les accompagne avec sa bonne humeur, et un gâteau au chocolat.

210?000 francs

Les Fribourgeois ont été les premiers, en Suisse, à instaurer ces cercles de qualité dès 1997. Avec succès: en près de vingt ans, chaque médecin a fait économiser à notre système de santé plus de 210?000 francs, en prescrivant moins de médicaments et en préférant les moins chers - à efficacité égale. Depuis, les cercles ont fait florès: il en existe près de 200, essentiellement en Suisse romande, y compris ceux dans les EMS. Côté alémanique, les médecins vendent eux-mêmes les médicaments à leurs patients - comment les convaincre de réduire leurs prescriptions, dès lors que celles-ci augmentent leur salaire?

Les informations que l'on reçoit ici sont indépendantes des groupes pharmaceutiques. Ce n'est pas forcément le médicament le plus récent qui sera le plus efficace

Christian Apothélos, médecin à Avenches (VD)

A Domdidier, ce soir, on parle hypertension insuffisance cardiaque. Quels médicaments sont les plus efficaces? La séance commence par un graphique qui montre les prescriptions annuelles de chacun des médecins présents. Les écarts vont du simple au double! Martine Ruggli pointe gentiment du doigt ceux qui ont prescrit plus que la moyenne - 813 francs de médicaments par patient et par an. «Ma patientèle est plus âgée», se justifie l'un d'eux.

Etre meilleurs, avec moins

La discussion est animée... et pointue. L'olmesartan, par exemple, est une molécule utilisée pour faire baisser la pression artérielle. Mais elle peut provoquer des entéropathies, une maladie de l'intestin, explique Martine Ruggli. Son usage est donc risqué, sans compter que la tablette coûte presque deux fois plus qu'une autre substance plus efficace et moins dangereuse, le lisinopril. «Vous êtes encore nombreux à prescrire l'olmesartan, avertit gentiment la pharmacienne. Il faudrait changer petit à petit de traitement!»

«Le but est d'être meilleur, avec moins», explique Christian Apothélos, qui exerce à Avenches. «Avec mon emploi du temps au cabinet, je n'ai pas le temps de suivre toute la littérature scientifique, ajoute-t-il. Les informations que l'on reçoit ici sont indépendantes des groupes pharmaceutiques. Ce n'est pas forcément le médicament le plus récent qui sera le plus efficace.»

Cancer de la peau

Au sommaire des discussions se trouve aussi le diurétique hydrochlorothiazide, qui augmente de 30% le risque d'avoir un cancer de la peau à long terme, selon l'Agence européenne du médicament. Les médecins prennent des notes.

La pharmacienne ne donne pas de conseils à la légère. Elle s'appuie sur de la documentation collectée et vérifiée par huit spécialistes au sein de PharmaSuisse. «Contrairement à ce que les clients peuvent parfois penser, mon rôle n'est pas de vendre le maximum de pilules, affirme-t-elle en souriant. Je suis experte en médicaments et les médecins en pathologies: voilà un partenariat formidable, pour le bien-être du patient!»

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Manque de soutien

Pour animer les cercles de qualité, Martine Ruggli est rémunérée par un fonds paritaire entre Santésuisse, Curafutura et PharmaSuisse. Des coûts de fonctionnement faibles, des économies importantes... Pourquoi, alors, ces cercles ne sont-ils pas plus nombreux? Curieusement, ni les assureurs maladie ni la Confédération ne les soutiennent vraiment.

Selon Marcel Mesnil, secrétaire général de PharmaSuisse, «personne n'est disposé à engager des moyens pour encourager ce travail d'équipe. Seuls les assureurs maladie sont la clé d'un éventuel financement. Or, le système veut qu'ils cherchent surtout des rabais pour leurs propres assurés et soient nettement moins intéressés par les économies qui profitent à l'ensemble des assureurs. Il faudrait réviser la loi. C'est difficile, mais possible.»


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