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30 septembre 2019 

Céline Le Roux Schaer, travailleuse sociale: "Il faut que l'on renforce le travail de questionnement des représentations que l'on a du VIH aujourd'hui."

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Crédit Photo: Gabriel Balagué

Céline Le Roux Schaer est chargée des projets communautaires du Groupe sida Genève. Nous avons eu envie de recueillir ses impressions autour de sa vision de la lutte contre le VIH, des représentations autour de la séropositivité et du nécessaire travail de sensibilisation.

Est-ce que tu peux nous parler des projets communautaires du Groupe sida Genève ?

Ces dernières années, les projets ont beaucoup évolué vers plus d'implication des personnes concernées par le VIH de la conception à la réalisation. Par exemple, le projet Regards Croisés sur le VIH, qui existe depuis cinq ans et qui sensibilise les jeunes au sujet de la lutte contre les discriminations, a été co-construit par un groupe d'intervenant-e-s vivant avec le VIH qui ont développé un modèle spécifique d'intervention. Dans ce projet, on questionne les représentations et on échange de manière horizontale au sujet des expériences diverses au lieu d'avoir un orateur actif et un public passif, comme dans le format « traditionnel » de l'intervention témoignage.

Nous avons également développé des ateliers sur la santé qui sont sur une optique participative. Alors qu'avant, nous avions l'habitude d'inviter des professionnel-le-s de la santé qui venaient « délivrer leur savoir », nous avons fait évoluer le format pour qu'il soit propice au partage d'expertises et de compétences, sans hiérarchie entre les différents types de savoir. Dans ce projet comme dans d'autres de l'association, il a été important pour nous que les personnes qui fréquentent l'association aient une place qui ne soit pas uniquement celle du « bénéficiaire », mais également une place active, avec une reconnaissance de leur expertise. En résumé, cette démarche communautaire que nous appliquons dans nos projets, vise à encourager le pouvoir d'agir des personnes (l'empowerment).

Quelles sont les valeurs qui te tiennent à cœur et qui guident ton action au sein du Groupe sida Genève ?

Pour moi, la valeur principale qui guide mon travail c'est la conviction qu'on a tou-t-e-s quelque chose à partager, à valoriser. Ce dont j'essaie de m'éloigner au maximum, c'est une posture paternaliste, qui me placerait comme une professionnelle qui « sait mieux » que les personnes qui fréquentent l'association. En tant que travailleur-se social-e, on est souvent conditionné-e, que ce soit au cours de notre formation ou par la suite, à penser qu'on est là pour les gens, pour les aider et que donc il est possible, de manière bienveillante, de faire des choix pour eux, à leur place. Pour moi, il est important d'entreprendre de manière consciente un travail sur soi qui permette de dépasser cette vision qui mène à une relation déséquilibrée.

Ça fait 10 ans que tu travailles ici, est-ce que tu as l'impression que la perception du VIH a évolué à Genève ?

Ce n'est pas facile de répondre simplement à cette question. Bien sûr, il y a une évolution de la perception des gens sur le VIH. Par exemple, au sein du projet Regard Croisés, j'ai été heureuse de constater que les jeunes (qui ont entre 15 et 20 ans) ont en grande majorité une perception bienveillante des personnes séropositives. Pourtant, à côté de ça, quand nous recevons des personnes qui viennent de découvrir leur séropositivité, elles y associent souvent des représentations liées à la mort, comme dans les années 80, et elles apprennent ici qu'il est possible, avec des traitements, d'avoir une vie normale, avoir des enfants, etc. Par exemple, ça peut être le cas pour les personnes migrantes que nous rencontrons et qui viennent de pays où existent des contextes et des représentations sociales de la séropositivité qui les empêchent de se projeter vers l'avenir.

Aussi, quand je réponds à la ligne info du Groupe sida Genève, je me rends compte qu'on nous pose encore souvent les mêmes questions qu'il y a 10 ou 20 ans, dénotant notamment de faibles connaissances sur les modes de transmission (« Est-ce que le VIH se transmet en embrassant une personne séropositive ? », pour ne prendre qu'un exemple). Cela montre qu'il faut que l'on renforce ce travail d'information et de questionnement des représentations que l'on a du VIH et des personnes vivant avec aujourd'hui.


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