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16 décembre 2019 

Walter Ceron, responsable de l'accueil: "J'ai pu constater que les jeunes qui viennent chez nous avaient un regard plus apaisé sur le VIH."

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Walter Ceron est le responsable de l'accueil au Groupe sida Genève. C'est donc à lui que revient la tâche de s'assurer que les personnes se sentent écoutées et adéquatement conseillées. Nous avons eu envie d'en savoir plus sur son travail qui requiert organisation, rigueur et intelligence relationnelle.

1 - Tu es le premier visage que voient les personnes qui franchissent la porte du Groupe sida Genève. Peux-tu nous parler de l'importance de cette première rencontre et de ce que tu mets en œuvre pour qu'elle se passe bien ?

Ça se passe beaucoup au feeling. Tout d'abord, il faut sentir dans quel état émotionnel est la personne qui franchit la porte. En quelque sorte, je dois souvent faire un travail de débroussaillage : les gens viennent avec un bagage émotionnel et cela demande des qualités d'écoute et d'empathie pour établir un rapport de confiance. Ce que je peux apporter à l'autre, ça varie d'une personne à l'autre. Certain-e-s ont besoin d'informations précises et poseront donc directement leurs questions, alors que d'autres ont d'abord besoin de se sentir mises en confiance avant de pouvoir formuler le fond de leur demande. Ça m'est par exemple souvent arrivé d'accueillir des personnes qui ont de prime abord dit être venues pour un conseil juridique ou un-e assistant-e social-e, mais, une fois qu'elles ont pris un café, qu'elles ont pu constater qu'on était dans le non-jugement, s'ouvrent pour me dire que ce qu'elles cherchent à apaiser une souffrance liée à la solitude ou à la dépression.

Néanmoins, il y a un point commun à tou-te-s : c'est la centralité de la thématique de la sexualité dans ce qui préoccupe les gens qui viennent au Groupe sida Genève. Il y a un tabou dans la société autour des questions liées à la sexualité qui fait que souvent, les gens ont peur de se sentir jugés s'ils en parlent ou posent des questions. Nous, ici à l'accueil, devons donc d'autant plus expliciter notre posture de non-jugement et de bienveillance, pour que l'usager-e puisse dépasser cette barrière de gêne.

2 - Au fil des années, est-ce que tu dirais que les situations auxquelles tu es confronté ont évolué ?

La principale différence c'est que ces dernières années, le vécu strictement lié au VIH, des personnes qui viennent s'est quand même un peu allégé, alors que paradoxalement leur situation de manière globale s'est complexifiée, en rapport surtout avec les institutions, les démarches pour les permis de séjour, les assurances, la précarité, etc. Autre chose, j'ai pu constater que les jeunes qui arrivent à mon comptoir avaient malgré tout un regard sur la maladie qui était plus apaisé que les plus âgés.

Depuis quelques mois, le Groupe sida Genève propose une consultation médicale. Depuis, nous accueillons un tout autre type de public, celui qui est venu voir son médecin et qui n'attend de nous - à l'accueil - qu'une bonne gestion et un bon suivi de son dossier. C'est une approche très différente mais aussi très enrichissante !

3 - Tu as également joué un rôle important dans la conception et la mise en place de la permanence PrEP. Peux-tu nous en parler?

Ce projet qui a démarré à la rentrée a encore une fois amené un public différent, plus jeune et plutôt bien informé. L'idée, c'est de lever les obstacles entre la PrEP et les personnes pour qui elle peut faire une différence. Le concept de cette permanence, c'est de réunir en un lieu un médecin (pour les prescriptions et le suivi), un assistant social (pour l'accès au traitement et au conseil) et un espace d'échange entre « prepeurs ».

Pour moi, c'est une forme de militantisme. Je prends moi-même la PrEP et je trouve important de participer à cette démarche communautaire. La communauté possède sa propre forme d'expertise et il faut savoir la valoriser. Quand on est soi-même une personne concernée, on peut partager beaucoup de choses avec les autres, on est au courant des nouveautés et ça me passionne de pouvoir transmettre tout ça.

4 - Pour toi, de quoi est fait l'avenir de la lutte contre le VIH ?

On dit souvent qu'il faut déconstruire les préjugés sur les personnes vivant avec le VIH. C'est vrai, mais en même temps il faut s'assurer que ce processus de normalisation n'ait pas d'implications pratiques négatives telles que le désengagement public pour la lutte ou encore l'invisibilisation des discriminations institutionnelles qui demeurent bien réelles. A mon avis, c'est le défi de ces prochaines années.


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