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8 juillet 2020 

Martine Baudin, nouvelle présidente du Groupe sida Genève: "les déterminants sociaux de la santé doivent absolument être mieux pris en compte"

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Le 30 juin dernier, l'Assemblée générale du Groupe sida Genève s'est réunie et a élu une nouvelle présidente en la personne de Martine Baudin, connue dans le réseau socio-sanitaire genevois pour avoir longtemps dirigé Première ligne, association de réduction des risques liés à la consomation de substances psycho-actives. Nous avons eu envie de parler avec elle de son parcours et de sa vision pour l'avenir de l'action du Groupe sida Genève.

Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

J'ai 51 ans et je suis Suisse d'origine vietnamienne. J'ai une formation en travail social faite à Genève il y a plus de vingt-cinq ans au sein de ce que l'on nommera plus tard la Haute école de travail social. Après mes études, je suis partie très vite sur le terrain et, jusqu'à aujourd'hui, c'est ainsi que je me définis avant tout : je suis issue du travail de terrain et n'ai pas de parcours universitaire, ni scientifique. J'ai travaillé avec des populations très différentes au cours des années - que ce soit les personnes en situation de polyhandicap, avec des troubles psychiatriques graves, avec des adolescents en foyer ou encore dans les questions d'insertion socio professionnelle - mais mon expertise principale, je l'ai acquise avec le Groupe sida Genève dès 1993, au sein du bus BIPS (à l'époque, le Bus Itinérant Prévention Sida), qui était la première structure de réduction des risques liés à la consommation de drogues, implantée à Genève.

J'ai ensuite participé à la première ébauche du concept d'une salle de consommation qui s'ouvrira en 2001 sous le nom de Quai 9, espace d'accueil et de consommation. Sous l'égide du Groupe sida Genève, j'ai participé à son ouverture, puis en ai pris la coordination dès 2003.

En 2004, l'association Première ligne a été créée et a repris le secteur de réduction des risques liés à l'usage de drogues, géré depuis 1991 par le Groupe sida Genève. Les liens entre ces deux associations ont perduré depuis, avec différents projets et des réflexions partagées.

Parlez-nous de votre important engagement en faveur d'une approche de réduction des risques en matière de drogues...

Ce projet est né de l'émergence du sida dans la fin des années 80, avec une politique fédérale en matière de toxicomanie, portée notamment par Mme Ruth Dreifuss et qui repose sur 4 piliers : la prévention, la thérapie, la répression et la réduction des risques. La réduction des risques est un concept qui tient compte d'une consommation avérée de substances psychoactives (drogues légales et illégales) en visant la réduction des risques de ces consommations et non un discours d'abstinence. A l'époque, il fallait en premier lieu éviter la transmission du VIH-sida par voie intraveineuse et permettre aux personnes usagères de drogues de rester vivantes. En 1991, c'était une politique avant-gardiste. C'est avec un ensemble d'acteurs - pharmaciens, politiciens, médecins -que le Groupe sida Genève a défendu et mis en place des mesures de réduction des risques visant la responsabilisation des consommateurs de drogues, sans approche paternaliste ou moraliste. Ces derniers ont su se mobiliser et devenir des acteurs, responsables de leurs consommations et de leurs comportements

Sous quel signe souhaitez-vous placer cette présidence du Groupe sida Genève que vous entamez aujourd'hui ?

Ce qui fait que j'ai rejoint le Comité du Groupe sida Genève et, aujourd'hui sa présidence, c'est une histoire de conviction. Le rôle de présidente est de soutenir le travail de terrain en premier lieu. Les constats arrivent du terrain, on les formalise et on dialogue avec l'Etat à partir de ces réalités. Aujourd'hui, il est essentiel de considérer les personnes dans leur globalité. Il ne s'agit plus de parler uniquement du virus ou de la consommation de drogues, il s'agit de travailler les contextes de vie et les mécanismes de vulnérabilisation. La question de l'isolement est, par exemple, fondamentale, qu'elle soit due à la migration, au statut légal ou encore à la présence du VIH ou des hépatites. Il s'agit de défendre une vision de santé globale. Les questions médicales doivent continuer à être développées mais les déterminants sociaux pour les publics en situation de vulnérabilité doivent absolument être mieux pris en compte. Cette vision globale est défendue par le Groupe sida Genève depuis des années, menée sous la présidente sortante, Heide Dávila Jimenez.

Que signifie pour vous l'approche communautaire ?

J'ai toujours défendu cette approche qui prend en compte, d'une part, la diversité des communautés et, d'autre part, intègre ceux-là mêmes qui sont issus de ces communautés en les considérant comme des acteurs à part entière. Le travail associatif doit s'adapter aux réalités et aux besoins des communautés, et non le contraire

Le Groupe sida Genève est un lieu idéal pour faire des liens, des passerelles non seulement entre les communautés, mais également avec le réseau. C'est le lieu d'une action collective.

Propos recueillis par Inès El-Shikh


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